Micheline déménage - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Micheline déménage

illustration Fleur-Lise Palué
Marie David 24 juillet 2024
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Cet été les Muche déménagent.

Et dans la vie, pour les déménagements (comme pour le reste d’ailleurs) il y a deux équipes : l’équipe de Micheline, et l’équipe de Jeannine, sa copine. Parce que oui, Jeannine déménage aussi cet été, figurez-vous ! Et dans la même grande ville que Micheline, en plus. Et pour les mêmes raisons, même. Mais, curieusement, pas du tout de la même manière.

Celles qui ont déjà vécu cette merveilleuse expérience qu’est un déménagement à l’autre bout de la France (ou de la ville) le savent : en vrai, un déménagement, ça dure six mois dans la tête. Il faut trouver un nouveau logement, des écoles pour les enfants, un travail parfois, un déménageur (c’est mieux) et puis ensuite il faut faire les cartons, les mettre dans un camion, suivre le camion, défaire les cartons et installer la nouvelle maison.

Micheline, ça ne lui faisait pas peur du tout, soit parce qu’elle n’a peur de rien, soit parce qu’elle est (légèrement) insouciante. Jeannine, ça ne lui faisait pas peur non plus, parce qu’elle est organisée.

Février : Le soir où la décision a été actée, Jeannine s’est installée devant son ordi avec son mari Jeannot. Ils ont ouvert un tableur et mis à plat le rétroplanning des mois à venir. 

Le soir où les Muche ont pris leur décision, Micheline a décidé de s’acheter un joli carnet pour s’organiser, puis Jean-Claude et elle ont ouvert une bouteille de champagne pour fêter cette nouvelle et fait la liste de tous les trucs cool qu’ils devaient faire avant de partir. 

Deux approches sensiblement différentes, donc.

Mars : Jeannine a trouvé un super déménageur pas cher, bouclé son dossier pour un logement, inscrit ses enfants dans une bonne école. 

Micheline n’a toujours pas réussi à se décider, elle hésite entre deux carnets pour noter ses listes et son rétroplanning, mais elle n’a pas rien fait non plus, hein, elle s’est renseignée auprès d’une copine de copine pour connaître les quartiers sympas.

Avril : Jeannine commence ses cartons, sous l’œil goguenard de Micheline (elle a trouvé son carnet, mais pas d’école) qui trouve absurde de faire des cartons quand on ne sait pas où on va habiter. 

Mai : Micheline coche consciencieusement dans son beau carnet (à fleurs vertes, si vous voulez tout savoir) toutes les choses qu’elle voulait faire : un dernier barbec’ avec les Untel, une dernière visite au musée Machin, une dernière balade sur la falaise Bidule et organise les pots de départ de juin. Faut pas croire, elle est vachement organisée, Micheline. 

Pendant ce temps Jeannine commence à paniquer :

ils n’ont toujours pas trouvé de logement, elle a du mal à décrocher des entretiens d’embauche, n’a pas de mode de garde pour le petit dernier « parce qu’il faut se déplacer pour remettre les papiers à la crèche madame » (mais comment on fait quand on habite à 800 km ?), et le déménageur lui a fait un devis astronomique, et elle n’aura jamais assez de cartons… Micheline propose à son amie un petit spritz pour se détendre, essaye de la rassurer en lui montrant qu’elle non plus n’a pas beaucoup avancé (du tout), mais que tout va bien se passer. Devant l’ampleur de l’inactivité de sa copine, Jeannine reste un instant sans voix avant de déclarer

« Mais tu es folle, bouge-toi voyons, ou tu ne vas JAMAIS y arriver ! »

Elle est rigolote cette Jeannine, mais elle connaît mal notre Micheline. En 3 jours Micheline (bon, surtout Jean-Claude en fait, mais c’est ça, le mariage, on partage tout) a réussi à trouver un déménageur, choisi un quartier où s’installer et lancé des démarches pour trouver un logement. Le sens du devoir accompli, elle retourne à ses spritz, qu’elle sirote en notant dans son joli carnet (un peu vide) la liste des changements d’adresse à faire. 

Juin : Jeannine et Jeannot ont trouvé un logement, réservé une nounou, calé une date pour le déménagement et les états des lieux, organisé un mode de garde pour leurs enfants pendant le chargement/déchargement du camion, leur maison est pleine de cartons, ils peuvent enfin profiter de l’été (oui, parce qu’ils habitent dans le sud hein, où l’été n’a pas attendu juillet pour débarquer) et des barbecues avec les copains. C’est juste un peu compliqué de cuisiner quand les poêles sont déjà dans des cartons ou d’occuper les enfants quand leurs jeux sont rangés dans des boîtes à la cave, mais bon, ils sont sereins.

Chez les Muche l’ambiance se tend sensiblement…

S’ils ont une date de départ, ils n’ont pour l’instant pas de date d’arrivée, parce qu’ils n’ont pas d’adresse d’arrivée, tout simplement.

Micheline répond en riant à ceux qui l’interrogent, paniqués pour elle, qu’elle commencera à stresser s’ils n’ont rien trouvé le 15 juillet, en attendant qui veut un Gin Tonic ? (Micheline a commencé à trier sa maison, et retrouvé des merveilles dans ses placards [mais pas la deuxième bottine rouge qu’elle cherche depuis un an, ça, c’est un mystère.]) Pour l’école, Micheline a décrété que le public ce sera très bien, ils ont toujours de la place, on peut même s’inscrire en septembre haha ! Et s’ils n’ont pas de place ? Pour répondre à cette question, notre amie a une technique très simple : elle creuse un trou dans le sable et met sa tête dedans. La technique de l’autruche, donc. 

1er juillet : Chez Jeannine la maison est en carton (les escaliers sont en papier hihi), tout le monde dort sur des matelas gonflables, Jeannot a le dos bloqué, les enfants ont rouvert les cartons à la recherche de jeux, déclenchant la furie de leur mère (qui n’avouera jamais qu’elle a dû elle-même rouvrir pas mal de caisses pour remettre la main sur le chargeur de son ordi et les slips de son mari.) Tout le monde a pris 2 kilos parce que comme toute la cuisine est vidée de ses ustensiles, on commande des plats tous les soirs. 

Micheline aussi a pris du poids, à force d’enchaîner les dîners d’adieu (et les apéros),

Jean-Claude a le dos bloqué, mais c’est le stress. Sa femme a décrété que « les cartons, c’est 10 jours avant, 3 jours après, pas plus » et donc elle attendra le 5 juillet pour s’y mettre. En attendant, elle ne se tourne pas les pouces : elle a entrepris un gigantesque tri des affaires de bébés (il y a le tas pour la benne à vêtements, le tas pour Emmaüs, le tas pour Vinted, le tas pour les copines et le tas pour « quand on aura des petits enfants »). Et puis elle a lavé tous les rideaux, plaids, tapis, coussins, nappes, serviettes de table, serviettes de bain et refait d’autres tas. C’est un peu encombrant, mais Micheline assure que dans sa tête tout est très organisé (elle n’arrive pas à remettre la main sur son carnet…).

5 Juillet : Jeannine a préparé la valise des vacances et la valise des papiers nécessaires dans laquelle elle a méthodiquement rangé les factures prouvant la valeur de ses meubles, au cas où ils seraient abîmés par les déménageurs. 

Inspirée par sa copine, Micheline a elle aussi voulu mettre de côté ses papiers et s’est donc lancée dans le rangement du bureau.

Elle a passé deux heures assise par terre entourée de feuilles (organisées en tas, bien sûr) à regarder les photos de ses enfants bébés et à prendre des décisions terribles : quel cadeau de fête des pères/mères garder ? Quels premiers dessins jeter ? Et si je faisais un album photo ? Pour le coup, en rentrant du travail, Jean-Claude n’a pas su s’il devait s’énerver ou pleurer. « Ma Michounette, je t’aime, tu es le soleil de ma vie et j’admire ton optimisme et même tes talents de scrapbooking, mais là tu vois, je suis fatigué, dans dix jours les déménageurs seront là, il n’y a pas un carton de fait, on doit tout repeindre avant de partir, on ne sait toujours pas où on va habiter, ni où caser les enfants pendant le déménagement… S’il-te-plaît Micheline, sort ta tête de ce seau de sable, et viens on s’y met »

6 juillet : Piquée au vif Micheline a passé la journée à s’activer. Elle a fait trente cartons : les chambres des enfants sont vides. Jean-Claude est parti en cachette balancer tous les tas de vêtements de bébé à la benne, Micheline est partie en cachette récupérer le sac de vêtements pour les petits enfants qui arriveront peut-être dans vingt ans. Tout le monde est content. 

10 juillet : Jeannine sirote des spritz sur la plage, ses enfants sont partis, elle attend les déménageurs dans trois jours, elle n’a rien à faire d’autre que profiter. Micheline, elle, s’agite tellement qu’elle a reperdu ses deux kilos, elle court partout comme une poule sans tête, mais il ne lui reste plus que la cuisine et les salles de bain à mettre en carton. Il n’y a pas à dire, elle est rudement efficace quand elle veut, Micheline. Jean-Claude dirait que c’est dommage qu’elle ne veuille pas plus souvent, mais il est très mauvaise langue. Oh ! Et puis c’est bon, les Muche ont trouvé un chouette appart « Tu vois, je t’avais dit que ce n’était pas la peine de stresser ! »

14 juillet. Micheline et Jean-Claude ont dit au revoir à Jeannine et Jeannot, repeint toute leur maison, rebouché les cent cinquante-huit trous qu’ils avaient faits pour la déco, ciré les sols, brossé les plinthes, fait les carreaux, nettoyé les flaques de peintures faites par Gudule quand elle a renversé les pots en jouant au bowling, nettoyé l’intérieur des placards, lessivé les portes, désinfecté les interrupteurs, rouvert les cartons pour retrouver Concon le doudou, regardé le feu d’artifice, refermé les derniers cartons, ouvert à nouveau des cartons pour faire une valise pour les vacances de Jean-Claude, retrouvé tous les jeux de clefs et le carnet de Micheline (mais toujours pas de bottine), décidé que tant pis on achèterait des culottes sur la route, pas la peine de rouvrir encore des cartons, écrit « vrac » puis « bazar » puis « bordel » sur les derniers des derniers cartons. Et puis à trois heures du matin, ils se sont assis sur la terrasse où ils ont été heureux (et malheureux aussi parfois) pendant des années, ils ont contemplé une dernière fois leur maison, la vue sur le cerisier des voisins, ils ont versé une petite larme sur ces années belles et difficiles et enfin ils se sont couchés dans leur lit sans draps (ah crotte, ils sont dans quel carton déjà ?) parce que demain, dans quatre heures, les déménageurs seront là. 

La morale de cette histoire c’est que, comme dirait Otis, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de déménager, il y a juste celle qui te convient.

Parce que Jeannine a eu beau trier ses cartons par ordre alphabétique, elle n’a pas réussi à empêcher les déménageurs d’embarquer les valises des vacances (haha c’est pas grave madame, on se revoit dans trois jours) ni à éviter la casse de sa jolie lampe en forme de théière (la rumeur raconte que Jeannot avait donné des consignes en ce sens…).

Et Micheline a eu beau répéter partout que ça ne sert à rien de stresser ou de s’y prendre trop en avance, elle n’a pas pu faire sans quelques nuits d’insomnies. Et surtout maintenant que les déménageurs sont partis avec leur poubelle remplie de papier bulle, de cartons et du joli carnet à fleurs vertes, elle se demande quel carton « bordel » ouvrir en premier pour retrouver un tire-bouchon. Parce que c’est à nouveau l’heure du spritz !

On aura tout le temps d’installer les cartons dans cette nouvelle maison ! (ça ne sert à rien de stresser…)



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Cet article a été écrit par :
Marie David

Après des études d’histoire Marie est devenue femme au foyer, elle habite en Corse avec son Fabuleux et leurs 4 enfants. Un jour, quand les planètes seront alignées, elle reprendra un poste d’enseignante. En attendant elle profite de son quotidien pour inventer des aventures à Micheline Muche.

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