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Mère-fille : en chemin vers une relation apaisée

Même lorsque les tensions sont (trop) nombreuses, il y a toujours une possibilité de faire un pas l’une vers l’autre pour s’aimer mieux.

Pour certaines, c’est une fusion, un partage de tous les instants. Pour d’autres, c’est une blessure qui n’en finit pas de se raviver, à coup d’incompréhensions, de critiques sous-jacentes, de rivalités et d’oppositions interminables.

« Ma mère m’exaspère depuis l’adolescence, livre ainsi Géraldine. Rien de ce que je fais n’est assez bien pour elle : mon métier, mes choix sentimentaux, ma façon d’agir face aux problèmes… Elle me met une pression folle, me donne à penser que je suis sans cesse dans l’échec. En fait, j’ai grandi en me sentant inférieure à elle. C’est une femme sûre d’elle, élégante, brillante dans sa vie sociale et professionnelle. Elle ne se reconnaît pas dans ma timidité et mon manque de confiance en moi. De mon côté, j’ai toujours eu l’impression de la décevoir en ne lui ressemblant pas. »

Que la relation soit bonne ou mauvaise, il nous est difficile de nous défaire de l’influence de son jugement. Car oui, le rapport à notre mère est l’un des liens les plus complexes qui soient. Tantôt, on recherche désespérément son affection, tantôt on aimerait qu’elle lâche un peu la bride, pour nous permettre de voler enfin de nos propres ailes.

Pourquoi c’est si compliqué entre nous ?

« Parce que c’est une relation hypersensible qui peut nous mettre sur la défensive, explique Patricia Delahaie, psychosociologue et coach de vie, auteur de « La relation mère-fille », aux éditions Leduc. s. Les mots de l’une et de l’autre ont une résonance mille fois plus forte que s’ils venaient de la part de quelqu’un d’autre. Le rôle d’une mère est d’aider sa fille  à devenir elle-même, de l‘accompagner dans la construction de sa personnalité, dans l’épanouissement de soi. Un positionnement que certaines mères, parfois, du fait de leur propre histoire, n’arrivent pas à tenir. »

Parce qu’on est devenue mère trop tôt, parce qu’on n’a pas su laisser assez de place à ses enfants, parce qu’on a trop manqué d’amour maternel pour pouvoir en donner à son tour, le lien mère-fille ne s’est pas créé.

On grandit alors l’une à côté de l’autre, dans la douleur. On se cherche comme on se fuit. On se rapproche comme on se divise. On ne se comprend pas, on s’aime mal et on se fait du mal.

Pour Marie, c’est une blessure à vie :

« J’ai toujours eu une relation compliquée et tendue avec ma mère. Au fond, je pense qu’elle n’était pas prête à être mère. Je suis fille unique et mon arrivée était un accident (je connais très peu mon père qui ne m’a pas élevée) : elle m’a longtemps laissé penser que j’avais gâché sa jeunesse, que sans moi elle aurait pu trouver un meilleur travail, avoir un meilleur avenir etc.. Ce sont des mots qui laissent des traces… »

La bonne nouvelle, c’est que même quand la relation est fragile et ne tient plus qu’à un fil, il y a toujours une possibilité de la faire évoluer dans le bon sens. Parfois, cela ne peut se faire qu’après une période de remise en question, voire de rupture, qui nous oblige à réfléchir.

« On revient vers sa mère de manière plus équilibrée, en ayant appris entre-temps à aimer sa propre personnalité et réussi à trouver sa place dans la vie », note Patricia Delahaie.

Pourquoi c’est souvent plus facile de se parler, adultes ?

Parce qu’on se connaît mieux, parce qu’on sait quels sont nos besoins et ce qui nous détruit. Parce qu’on sait mieux poser des limites face à une mère envahissante, critique ou trop peu présente. Parce qu’on ose s’affirmer et dire davantage les choses comme elles sont. Parce qu’on est enfin sur un pied d’égalité.

«  Une fois adulte et mère, on comprend que sa propre mère a été humaine, qu’elle a pu faire des erreurs comme on en fera aussi, confie la psychosociologue. On prend du recul, on apprend à vivre pour soi et cette distance aide finalement à redéfinir un nouvel équilibre dans nos rapports. Plus on vieillit, plus la relation s’équilibre. »

Patricia Delahaie l’a observé lors de ses consultations : souvent, nous tendons la main à notre mère au moment où nous-mêmes devenons mères.

«  C’est une période où l’on a envie de transmettre son histoire, sa généalogie et où l’on souhaite donner à sa mère la chance d’être une bonne grand-mère. »

La mère de Marie a ainsi su saisir cette opportunité pour déployer des capacités d’amour qu’elle n’avait pas su exprimer avant et offrir une « réparation » à sa fille :

«  Lorsque j’ai eu mon premier enfant, j’ai eu peur que cela ne renforce nos désaccords. Mais il s’est passé l’exact contraire : ma mère s’est assagie et a enfin pris une place de mère et de grand-mère. Le changement a été spectaculaire, comme si ma maternité l’avait réveillée. Elle s’occupait de mon fils dès que j’avais besoin, nous cuisinait de bons plats, se montrait à l’écoute de mes angoisses etc.. Des discussions plus profondes ont pu avoir lieu. Elle a reconnu qu’elle n’avait pas été tendre avec moi, plus jeune, et s’est excusée. Aujourd’hui, j’arrive à lui pardonner en la voyant si bonne grand-mère. Même s’il reste encore des points de désaccord entre nous, nous avons maintenant une vraie relation mère-fille. Je n’aurais jamais pensé que l’on puisse un jour se rapprocher autant. J’ai bien fait de lui donner une chance. Car oui, on peut le dire, elle s’est rattrapée. »

Comment parvenir à l’apaisement ?

Patricia Delahaie nous livre ainsi ses clefs :

  1. Tout d’abord, essayons de comprendre d’où vient le problème : est-ce que ce sont les jugements, les critiques, les nouvelles qu’on ne se donne pas ou l’excès de présence ? Osons parler de ce qui fâche et éclaircir les incompréhensions !
  2. Déterminons ensuite ce que l’on attend de notre mère et faisons le deuil d’une relation idéale. Même si l’on va pas faire du shopping ensemble tous les mois et qu’elle ne garde pas nos enfants spontanément, cela n’empêche pas de continuer à mieux se connaître.
  3. Ciblons tous ces moments où l’entente est bonne. Est-ce au cinéma, sans trop se parler ? Plutôt au téléphone ? En groupe ? En tête-à-tête à l’extérieur autour d’un café ? Profitons des moments d’harmonie et évitons les occasions de discorde ! L’important est de trouver la bonne façon de fonctionner ensemble et elle est propre à chacune d’entre nous. « La relation mère-fille est une longue histoire qui comprend, comme en musique, des silences et des soupirs. Elle n’est jamais complètement fermée, rappelle la psychosociologue. On peut se croire fâchées à jamais et à l’occasion d’une naissance, d’un mariage, d’un déménagement, d’une maladie, d’un décès, parvenir à se parler, se réajuster, à réinventer la relation. »
  4. Restons enfin optimistes sur l’évolution de cette relation (oui, on peut toujours rattraper le temps perdu !) mais aussi sur nos capacités à être une bonne mère pour nos enfants, même sans avoir eu un modèle de mère très satisfaisant.

Des obstacles au rapprochement ?

Ce sont les critiques, les faux-semblants, les mensonges, les non-dits, qui pourrissent inévitablement nos liens.

« 10 % des relations mère-fille sont exceptionnellement bonnes. 10 % sont exceptionnellement mauvaises. Entre ces extrêmes, il y a surtout des relations imparfaites avec des hauts, des bas mais souvent beaucoup d’amour. La clef de la relation mère-fille, c’est l’attention et la délicatesse. Un peu plus de bienveillance – des deux côtés – favorise souvent l’apaisement », conclut Patricia Delahaie.

Mères ou filles, nous avons finalement les mêmes besoins : être appréciées, aimées, validées, valorisées.

Et même quand cela a été douloureux par le passé, sachons reconnaître les petits pas susceptibles de donner naissance à une nouvelle relation plus apaisée et plus apaisante, pour mieux avancer ensemble.

Cet article nous a été envoyé par une fabuleuse maman journaliste : Ariane Langlois.

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