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Vie de famille

Ma mère, mes enfants et moi

Valérie de Minvielle 20 mai 2019
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Mère envahissante, mère sacrificielle, mère parfaite, mère aimante, mère absente ou partie trop tôt : nous avons toutes eu une mère. Et même si elle n’existe plus sur terre, nous en gardons une image, une empreinte.

Intrusives ou distantes, aimantes ou maltraitantes, les relations que nous avons eues avec notre mère se cristallisent à l’occasion de la naissance de nos enfants, nous influençant souvent beaucoup plus que nous le pensons dans notre façon de vivre la maternité.

C’est parfois vécu avec gratitude, parfois avec angoisse.

En tous cas, la question est toujours la même :

« Comment faire avec ma mère pour inventer la mère que je suis avec mes enfants ? »

Alice me parle de sa mère parfaite avec agacement : 

« J’aimerais ne pas être influencée par ma mère mais je ne peux pas m’en empêcher : elle bosse beaucoup, elle cuisine divinement bien, elle est amoureuse de son mari depuis le début, sa maison est toujours impeccable et elle a un corps de reine malgré son âge. Dès que je suis en sa présence, je me retrouve dans un état de grande tension. Je me sens nulle, et comme je ne supporterais pas qu’elle me fasse des remarques sur la façon dont j’élève mes enfants, je la fuis. »

Sylvie, quant à elle, souhaite, après une reconversion professionnelle, un déménagement à l’étranger, et avec trois enfants en âge d’école primaire, se remettre à travailler. Ensemble, nous décelons rapidement une ornière de taille :

Sa relation à sa mère.

Sylvie a subi toute son enfance des mots assassins de la part de cette dernière, une pression énorme, une relation que je qualifie de “maltraitance morale”.

Ce lien malade provoque non seulement une remise en question permanente sur sa relation avec ses enfants – « Suis-je une mère suffisamment attentive ? » – mais, en plus, la paralyse dans l’élaboration de sa nouvelle vie professionnelle, où elle aspire à exercer un métier dont sa mère dit avec mépris : « C’est pas un métier, ça ».

Une fabuleuse a contacté la rédaction avec cette question :

« Ma mère est décédée un an avant la naissance de ma fille. Alors certes, ça peut aider de ne pas avoir le regard comparatif d’une mère sur soi en tant que mère, mais c’est aussi très dur de ne jamais entendre sa mère dire : “bravo je suis fière de toi, quel beau bébé !”. Et puis j’aurais tellement voulu savoir ce qu’elle avait fait, elle, en tant que mère, car même dans le cas d’un anti-modèle cela m’aurait donné un référentiel. Et sans référentiel qu’est-ce que je fais ? Je tombe dans le perfectionnisme ».

Au fond, quelle que soit notre situation, chacune d’entre nous est placée face à ce défi :

Inventer son rôle de mère.

En faire un costume sur-mesure. Vos enfants et votre compagnon, faisant partie du système, contribuent à façonner votre place de mère.

Mais parmi les femmes que j’accompagne, pas une ne fait l’économie d’interroger sa place de mère.

C’est une première étape pour inventer sa façon d’être mère : réfléchir à sa propre part de responsabilité dans la fidélité à ce lien mère/fille.

En devenant mère, on enfile la veste de celle que l’on a aimée,

puis rejetée, parfois haïe, et dont on s’est plus ou moins séparée. Ou celle qui, partie trop tôt, nous manque tant. Plus largement, interroger sa fidélité à ses parents, c’est se poser des questions qui aident à une saine séparation :

  • Dans quelle mesure suis-je en train de faire des choix pour entretenir l’amour que mes parents me vouent ?
  • Dans quelle mesure suis-je en train de faire des choix uniquement pour marquer ma différence vis-à-vis d’eux ?
  • Qu’est-ce que je porte comme obligation de réparation, quel héritage affectif suis-je en train de transmettre ?

Interroger sa fidélité à ses parents, c’est aussi un premier pas vers l’acceptation : accepter la relation à ma mère comme elle a été, reconnaître que ma mère a fait ce qu’elle a pu comme elle a pu, et lui pardonner les choses douloureuses.

Une deuxième étape peut être…

…de nommer le plus important de que vous souhaitez apporter à vos enfants. Voici quelques questions pour vous aider :

  • Qu’est-ce qui compte le plus pour moi ?
  • Qu’il se sentent toujours libres de discuter avec moi ?
  • Que mes enfants aient le sens du courage ?
  • Qu’ils se sachent aimés quoi qu’il arrive ?
  • Qu’ils apprennent à se débrouiller pour devenir des adultes responsables ?

Oui, tout cela semble important, mais à vous d’isoler ce que vous souhaitez garder comme ligne directrice, qui sera le fil rouge de vos efforts éducatifs.

Car avec ou sans mère, il me semble primordial de s’affirmer toujours comme responsable de sa vie et de ce qu’on transmet à ses enfants.

Ultime étape,

la plus difficile sans doute mais aussi la plus puissante : celle de s’attacher à devenir une bonne mère pour soi-même. Là encore, quelques questions pour vous aider à avancer :

  • Qu’est-ce que j’aimerais tant obtenir de ma mère ?
  • Un regard admiratif ?
  • Une compréhension à 100% de mes choix ?
  • Un soutien inconditionnel ?

Alors, ce dont j’ai besoin, plutôt que d’attendre, dans le meilleur des cas, que cela vienne de ma mère, je peux décider de me l’offrir à moi-même.

Ce passage, il vous faut – il nous faut toutes – le traverser :

Celui de se mettre sur la voie de la tendresse envers soi-même.

Claire, par exemple, après la naissance de son 3ème enfant, me dit :

« Je suis crevée, avec mon mari c’est difficile, et nous avons prévu cette semaine en amoureux, j’avais trouvé un bel endroit et c’est tombé à l’eau : on ne peut plus partir en amoureux. J’ai très mal réagi, c’est nul, j’ai agi comme une enfant capricieuse. »

J’interromps Claire et l’invite à s’épargner ce jugement qui l’abîme pour, à la place, s’offrir un baume. Sa réaction est intéressante : elle parle de ce qui compte pour elle. Je l’engage à se parler ainsi :

« Ma réaction était tellement forte ! J’imagine que si j’ai été très frustrée de ne pouvoir partir en amoureux c’est que j’en ai vraiment grand besoin. Je vais proposer à mon mari que l’on fixe une semaine bientôt tous les deux. Et puis peut-être que ça veut aussi dire que l’on ne partage pas assez de moments amoureux au quotidien ? Je vais y réfléchir.

En tous cas je note que j’ai été très frustrée et je me pardonne pour cette réaction. Je demande pardon à mon mari aussi car j’ai fait un esclandre bruyant, et puis je me demande pardon à moi-même, de m’être si peu écoutée, de m’être jugée ».

La meilleure mère qui soit pour vous, celle qui peut vous apporter l’amour, la reconnaissance, la tendresse dont vous avez besoin, c’est… vous ! Être une « bonne mère » pour soi, c’est non seulement devenir capable de laisser tomber cette quête permanente de reconnaissance, mais en plus devenir, sans s’en rendre compte, une mère encore plus aimante pour ses enfants.



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Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Après 20 ans d’expérience en psychologie clinique et art-thérapie, Valérie de Minvielle fonde en 2015 Ma Juste Place, une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent trouver leur équilibre et se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale.
https://www.majusteplace.com/

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