Chère Rebecca,
Dans ton dernier article, tu racontes un épisode datant d’il y a quelques semaines. Après un dérapage dans un échange de mails, tu as pris une décision courageuse : demander pardon à ton amie.
Dans cette lettre ouverte, j’aimerais réagir à ton texte.
Parce que cette amie… c’était moi.
Je me souviens exactement où j’étais, quand ton mail est arrivé dans ma boîte de réception. Je l’ai parcouru rapidement, et puis, mes yeux se sont arrêtés sur un mot. Un mot, un seul. Un bouton rouge qui a fait battre mes tempes comme si je traversais la rue au milieu d’une techno parade à Berlin (ça, c’est pour la petite réf allemande totalement hors sujet ; là où tu vis on devrait plutôt parler de Schlagermusik mouhahaha).
Bref, il y a eu ce mot qui m’a fait perdre toute contenance.
Comme j’étais entourée de collègues, je suis allée m’enfermer dans les toilettes. Comment ce mot-là avait-il été capable de me mettre dans un tel état ? Étais-je redevenue la drama queen que je m’efforce de ne plus être depuis tant d’années ?
J’ai essayé de penser à autre chose. Au bout d’un moment, mon agenda si chargé finit toujours par anesthésier les émotions dont je ne veux pas…
Mais trois jours après, mon malaise ne s’était toujours pas dissipé. À 4 heures du matin, je me suis enfin résolue à faire la seule chose que je sais faire dans ces cas-là :
écrire.
J’ai tenté de t’expliquer pourquoi ce mot m’avait fait tomber dans le trou noir de la peur — pourquoi il avait réveillé des blessures non cicatrisées, qui n’avaient rien à voir avec toi mais qui me faisaient paniquer. Est-ce que je devais te mettre dans le même sac que ces gens ? Est-ce que je devais me méfier de toi ?
J’ai rédigé une première version sans filtre. Je l’ai ensuite éditée dix fois. Et encore relue dix fois de plus. En vrai, cette affaire m’a pris une bonne semaine d’espace mental.
Et puis, le vendredi, je me suis dit que je n’allais pas encore me pourrir le week-end avec ça. Je tremblais en appuyant sur “envoyer”. J’étais contente de m’être autorisée à te parler de la vraie moi, mais j’étais terrorisée à l’idée de te perdre.
Moins d’une heure après, ta réponse était là.
Je n’ai pas osé l’ouvrir tout de suite. Je savais bien que je venais de déverser sur toi un énorme camion-benne de plus de 6.000 caractères (déformation professionnelle bonjour). Je savais bien que tu avais largement de quoi te braquer. Pour un mot de travers, on en était arrivées là :
ça passe ou ça casse.
Ta réponse à mon mail, je l’ai lue d’une traite, comme on avale une eau citronnée bien fraîche après une randonnée en plein cagnard.
Par tes mots, voilà ce que tu as fait :
- tu as entendu ma douleur, et tu l’as même reformulée pour l’accueillir,
- tu m’as demandé pardon pour l’utilisation maladroite de ce mot,
- tu m’as proposé des solutions pour sortir de l’impasse.
En résumé, ton mail a été — pour reprendre ton expression — comme une écharpe de laine dans laquelle me blottir.
Tu aurais pu te justifier.
Tu aurais pu faire comme si de rien n’était. Tu aurais pu recentrer le débat sur tes émotions à toi (et elles devaient être grandes). Mais tu as choisi le courage de demander pardon, le courage de me demander pardon, à moi.
Tu le sais, mon cœur est encore écorché par de récents événements qui m’ont profondément déçue. En t’écrivant, j’avais besoin de savoir qui j’avais en face de moi. De savoir si je pouvais compter sur toi.
Et toi, tu as eu la présence d’esprit de répondre à ma question :
oui, notre relation est sécure.
Non, on n’a pas tout cassé à cause d’un mail. Oui, on a su retrouver l’équilibre de notre (vieille) amitié, en l’espace de 53 minutes.
Si je t’écris, c’est pour te dire merci.
En me demandant pardon pour ce si petit mot, tu m’as offert un cadeau si précieux. Tu as su te tourner vers moi et reconnaître ma blessure. En quelque sorte, tu t’es faite la porte-parole de ceux qui, très certainement, ne me demanderont jamais pardon. Pour moi, ça a tout simplement été guérissant (en témoignent les larmes qui m’ont accompagnée tout l’après-midi, jusqu’à la sortie de l’école).
Si je t’écris publiquement (avec ton autorisation évidemment),
c’est parce que, comme tu dis, “c’est comme ça qu’on apprend”. Alors voilà, j’espère sincèrement que l’une ou l’autre de nos Fabuleuses trouvera, elle aussi, le courage de demander pardon la première. Pas pour devenir une carpette qui s’excuse de tout et de rien… mais pour être une grande dame, mature, puissante et aimante, prête à faire le premier pas dans une relation qui en vaut la peine.
Moi en tout cas, j’ai été impressionnée et inspirée par ta réaction et par ton guide fabuleux de la demande de pardon réussie.
Si je t’écris, c’est aussi pour te dire : merci ma big sista pour ce lien d’amitié qui sait résister aux tempêtes.
Je t’aime fort.
Hélène





