Les conseils de ma mère m’ont culpabilisée - Fabuleuses Au Foyer
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Les conseils de ma mère m’ont culpabilisée

trois générations de femmes
Une Fabuleuse Maman 15 octobre 2023
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Ma mère a toujours été de ces mères qui s’oublient dans la maternité. Dévouée pour ses deux enfants, avec cet amour maternel exacerbé. Celui qui est nécessaire pour aimer pour deux. Pour aimer comme une maman… et comme un papa. Son propre papa décédé trop tôt, mon papa défaillant dans son rôle paternel.

Ma mère, mon pilier.

Depuis toujours et encore aujourd’hui, ma mère est mon rocher, ma boussole, mon phare. Une mère prête à sacrifier son temps et son énergie pour le bien-être de ses enfants. Pour mon bien-être. Le climat du couple parental étant pénible à la maison, ma mère faisait son possible pour que cela ne pèse pas sur nous. Les sorties au fast-food d’un centre commercial le vendredi soir pour échapper à l’ambiance morose avaient des allures de restaurant étoilé. Nos anniversaires fêtés au parc pour ne pas rester dans notre appartement faisaient rêver les copains. Son matelas sur le sol de ma chambre chaque nuit pour avoir un peu de tranquillité me réjouissait. Elle me répète encore aujourd’hui qu’elle a fait comme elle a pu pour nous protéger et je lui en suis reconnaissante.

Mais s’oublier en tant qu’individu est-il vraiment un exemple pour ses enfants ? Une mère ne trouve-t-elle pas les ressources nécessaires pour élever ses enfants dans l’estime qu’elle a pour elle-même ? Une chose est certaine, c’est que l’exemple de cette mère dévouée et rongée par la culpabilité de ne pas en faire assez allait être le modèle que mon frère et moi, futurs parents, nous apprêtions à suivre.

« Un enfant a besoin de sa maman »

Passionnée par la maternité, ma mère a entrepris une reconversion totale en se lançant, à l’aube de ses 45 ans, dans des études de pédopsychologie. Sa vocation : accompagner les enfants sur le chemin de leur bien-être et guider les parents pour qu’ils s’épanouissent dans leur rôle. Quelle belle perspective pour moi qui éprouvais un puissant désir de maternité ? J’allais profiter de ses nombreux conseils et d’un accompagnement maternel sans faille. Je ne savais pas que cela allait, au contraire, ternir la relation que nous avions.

Le jour J est arrivé. Je suis devenue maman à mon tour. Un petit garçon dont les traits étaient identiques aux miens. Un shoot de bonheur en pleine face. Je me sentais déjà accomplie et à ma place : c’était décidé, je serais une maman mi-cool, mi-poule. Je profiterais de mon fils avant de reprendre sans culpabilité le chemin du travail, parce que la maternité m’épanouissait autant que ma vie sociale, professionnelle et amoureuse.

Ma mère fut la première à rencontrer mon fils à la maternité. C’est ce jour-là qu’elle est devenue grand-mère… avant d’être mère. Riche de ses formations en tout genre, ma mère avait décidé de m’apporter toutes les clés pour être une mère parfaite. De m’inonder de sa présence et des conseils qu’elle n’avait pas reçus lorsqu’elle était elle-même maman.

Elle avait décidé de guérir ses fissures en étant une grand-mère parfaite et de soigner ses propres failles maternelles en m’imposant la lourde tâche d’être son médecin.

Ma mère s’est oubliée. Puis ma mère m’a oubliée.

Je ne pourrai jamais le lui reprocher : ma mère était une grand-mère fière et aimante. Elle semblait trouver une nouvelle source de joie dans ce rôle. Mais peu à peu, les conseils maternels se sont faits plus culpabilisants. Faire garder mon fils à seulement quatre mois ? Une folie qui nuisait au processus d’attachement. Cinq jours sur sept ? Encore pire. Partir me ressourcer une nuit pour profiter d’un peu de repos ? Mauvaise idée avant 12 mois minimum. « Ma fille tu sais, il y a un temps pour tout. Ton bébé a besoin de toi pour le moment. Penses-y. » Mais c’était tout réfléchi : ma mère avait forcément raison. Elle avait été elle-même maman et en plus, elle était une professionnelle de la petite enfance. Peu à peu, j’ai perdu confiance en moi et je n’arrivais plus à toucher du doigt mes propres envies. 

Alors je me suis oubliée pour me jeter à corps perdu dans le bien-être de mon fils, terrorisée de ne pas en faire assez lorsqu’il s’agissait de prendre la moindre décision. J’ai l’ai gardé le plus possible avec moi, demandant un congé parental qui me stressait beaucoup, financièrement parlant. Mais ce n’était pas grave, car cela faisait de moi une bonne maman présente, comme ma mère me l’avait conseillé imposé. Je suis restée collée à lui pendant 18 mois. 18 mois sans un seul moment pour moi ni pour mon couple. 18 mois sans soirée pour souffler, parce que c’était ce qu’il y avait de mieux (du moins, j’essayais de m’en persuader). Je voulais me convaincre que cette idée venait de moi. Mon fils en a subi les dommages collatéraux : ceux causés par les émotions d’une maman qui voulait être parfaite aux yeux de la sienne, mais qui étouffait, qui culpabilisait, qui stressait, qui se perdait.

Et moi dans tout ça ? 

Cette évolution de notre relation avec ma mère a créé un vide en moi, une sensation d’isolement et de solitude dans mon rôle de parent. J’avais l’impression d’être devenue une simple figurante dans ma propre vie, reléguée au second plan derrière la lumière éclatante de ma mère et de ses grands principes. La blessure était d’autant plus profonde que je n’avais jamais douté de l’amour de ma mère pour moi, mais il semblait qu’elle avait choisi de mettre son énergie émotionnelle ailleurs, en faisant abstraction de mon bien-être de mère, de femme, de fille. 

Avec le recul, je me rends compte que ma mère n’a jamais agi avec malveillance. Elle était tout simplement en train de rejouer ce rôle de mère qui n’avait pas été reluisant à ses propres yeux, lorsqu’elle pensait à tout ce qu’elle n’avait pas pu nous apporter. Elle m’apprenait comment être une mère parfaite. Elle pensait me tendre la main qu’elle aurait aimé qu’on lui tende 30 ans auparavant. Sûrement n’était-elle pas consciente de l’impact que cela avait sur moi et je ne l’étais pas non plus.

Ma fille, ma prise de conscience. 

À la naissance de ma fille, trois ans plus tard, j’étais encore cette petite fille qui obéissait à sa maman. Pour ne pas la décevoir, j’ai pris neuf mois pour rester avec mon bébé. J’ai quitté mon travail, je me suis lancée à mon compte pour préparer un terrain idéal aux exigences de ma mère. C’est suite à un énième conseil de ma mère, me stipulant cette fois-ci que, quitte à être à mon compte, autant garder ma fille jusqu’à ses trois ans avec moi, que ce costume de fille parfaite a craqué. J’ai craqué. J’ai hurlé. Trois ans de bide tordu. Trois ans de nœuds au cerveau. Trois ans de soumission ont explosé. Je ne voulais plus ternir le bonheur d’être maman avec ce désir de perfection à tout prix.

J’avais besoin de ma mère ! Pas d’une grand-mère qui veille à l’intérêt de ses petits-enfants contre moi. J’avais besoin de son amour et de son soutien. Le même qu’elle m’apportait lorsque j’étais enfant. J’avais besoin que ma mère pense à MON bien-être. Car une maman qui va bien, ce sont des enfants qui vont bien, j’en étais persuadée or je n’allais pas bien, rongée par la culpabilité de ne pas atteindre la perfection que je poursuivais.

Communiquer pour avancer.

Cette réaction a scotché ma mère. Moi, si docile ! Mais c’est ce jour-là qu’elle a compris et qu’elle s’est excusée. «  Je ne savais pas », « Je ne pensais pas », « J’aurais dû faire attention ». Et moi de lui répondre « J’aurais dû te le dire », « J’avais besoin de ma maman ».

Le week-end d’après, ma mère me proposait de garder mes deux enfants (avec mon bébé qui avait seulement neuf mois, quel effort a-t-elle dû faire !) pour nous offrir une escapade en amoureux. Cela n’a pas été des plus facile pour ma fille, mais ma mère ne m’a fait aucune remarque, si ce n’est : « Avez-vous bien profité ? », » Vous avez pu vous reposer ? », « Si vous avez de nouveau besoin de moi, ce sera avec plaisir ».

Bien que ces trois années de maternité aient été compliquées pour moi, et que les liens avec ma mère se soient distendus au fur et à mesure, je choisis de retenir l’amour inconditionnel qui nous lie. De retricoter solidement notre relation, plus saine, plus ouverte. Chaque chapitre de notre histoire, bien que complexe, est une partie essentielle de qui nous sommes devenues. Je travaille à m’écouter et à me faire confiance. Ma mère travaille sur ce besoin de réparation auquel elle a tenté de répondre à travers moi.

Je réalise que ce constant besoin d’approbation m’avait fait perdre mon propre jugement. Aujourd’hui, je retrouve peu à peu cette confiance en moi, ma légitimité à élever mes enfants à ma manière et j’arrive doucement à me reconnecter à mes envies et mes convictions. Je parviens à me détacher des exigences de ma mère, à ne plus être une petite fille docile, mais une femme sûre d’elle-même, prête à tracer sa route !

Ainsi, chère Fabuleuse, je t’invite à prendre conscience de l’importance de communiquer, de partager tes préoccupations, tes attentes, et de chercher le soutien dont tu as réellement besoin. Je réalise également que chacun de nous est en constante évolution, façonné par les expériences et rattrapé par son passé, même nos parents. J’ai compris qu’il faut oser se faire confiance dans notre maternité pour l’apprécier sans la subir et que la main que l’on nous tend ne doit être là que pour nous guider et nous accompagner, sans nous juger.

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, Margaux D.



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