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Épuisement maternel : le piège du mi-temps

Le travail à mi-temps, un rempart contre l’épuisement maternel ? Non, juge Moïra Mikolajczac, coauteure de « Le Burn-out parental : l’éviter et s’en sortir », dans cet entretien avec Hélène Bonhomme.

Contrairement aux idées reçues, le travail à mi-temps est loin d’être un rempart contre l’épuisement maternel. C’est ce qu’a pu constater Moïra Mikolajczac, coauteure de Le burn-out parental : l’éviter et s’en sortir (Odile Jacob, 2017). D’après les travaux de cette chercheuse belge, le travail à mi-temps constitue au contraire un important facteur de risque pour les parents épuisés. Pourtant, on pourrait penser que, pour concilier au mieux vie personnelle et vie professionnelle, l’idéal est de couper la poire en deux.

D’après vos recherches, le travail à mi-temps augmente le risque de craquer ?

Moïra Mikolajczac : Nos recherches montrent en effet que, contrairement aux personnes qui travaillent à temps plein, celles travaillant à mi-temps sont moins nombreuses à ne pas être en burn-out (44 % pas du tout en burn-out, contre 54 % chez les personnes travaillant à temps plein).

Il apparaît surtout que les personnes travaillant à mi-temps sont plus nombreuses à se tenir sur les franges à risque.

Ces résultats montrent, une fois de plus, que beaucoup de présupposés sur les causes de burn-out parental sont en fait faux. Parmi ces stéréotypes, on trouve l’idée que les femmes qui travaillent à plein temps ou celles qui sont au foyer à plein temps seraient plus exposées. En réalité, le travail à mi-temps est un facteur de risque important et trop peu compris.

En quoi le travail à mi-temps est-il épuisant pour les parents ?

Le mi-temps est un piège.

Il est extrêmement commun que l’employeur distribue au salarié rémunéré à mi-temps des missions exigeant bien plus que la moitié du temps de travail réglementaire. Il n’est pas rare que des employés à mi-temps ne fassent plus de pause de midi ou participent à un nombre de réunions trop élevé, fournissant ainsi un travail proportionnellement plus élevé que leur salaire.

Or du côté de la famille, le conjoint (et les enfants !) ont également des attentes trop élevées :

  • Tu ne travailles qu’à mi-temps, donc tu as le temps de cuisiner tous les jours.
  • Tu ne travailles qu’à mi-temps, donc tu as le temps d’aller chercher les enfants.
  • Tu ne travailles qu’à mi-temps, donc tu as le temps de t’occuper des lessives.
  • Tu ne travailles qu’à mi-temps, donc on ne va pas engager une femme de ménage…
  • Tu devrais être disponible à 100 % pour ta famille.

Fondamentalement, s’il s’agissait uniquement des lessives ou de la cuisine, la personne travaillant à mi-temps aurait le temps de gérer ces tâches. Mais on lui demande de tout faire… Elle est donc prise au piège d’attentes trop élevées, du côté professionnel comme du côté familial.

Croire que l’on peut tout gérer, n’est-ce pas avant tout se mentir à soi-même ?

Tout à fait. Le véritable piège se referme lorsque ces attentes extérieures sont internalisées : on devient persuadé qu’on doit être en mesure de tout faire, puisque l’on ne travaille qu’à mi-temps. Plus on est dans cette culpabilité, plus on s’agite et plus on s’épuise.

Ce risque concerne-t-il les femmes avant tout ?

Oui, au sens où elles sont plus nombreuses à travailler à temps partiel. Mais il faut bien comprendre que le burn-out est le produit d’une balance personnelle entre des facteurs de risque (ex. : idéaux parentaux très élevés, faibles compétences émotionnelles, naissances multiples…) et des facteurs de protection (ex. : soutien du conjoint, capacité à déléguer…). Le burn-out arrive lorsqu’un individu compte plus de facteurs de risque que de facteurs de protection ; or le travail à mi-temps est un facteur parmi d’autres.

À partir du moment où les hommes prennent part à la charge parentale, ils sont autant sujets au burn-out que les femmes. Cela dit, il est évident que les femmes sont plus nombreuses à travailler à mi-temps : à ce titre, elles sont plus exposées à ce risque en particulier.

Que faire pour sortir de cette spirale infernale ?

Encore une fois, le burn-out est le résultat d’un déséquilibre entre de multiples facteurs de risque et de multiples facteurs de protection. Autrement dit, décider de travailler à plein temps ou décider de ne pas travailler du tout ne réglera pas automatiquement votre problème !

Pour s’en sortir, le parent doit avant toute chose réguler la pression qu’il se met à lui-même : « J’ai le droit de ne pas tout faire. »

Il est assez évident que si vous n’êtes pas convaincu de vos droits en entamant une conversation avec votre conjoint ou votre employeur, vous ne serez pas très convaincant.

Plus on internalise la pression, plus on est vulnérable à la culpabilisation : un employeur qui connaît votre penchant perfectionniste ne se gênera pas pour vous mettre la pression !

Après (et seulement après), ce travail de régularisation intérieure, qui peut être faite à l’aide d’un professionnel, il faut pouvoir communiquer sa réalité à son conjoint d’une part, et à son employeur d’autre part.

Avant de vous adresser à ce dernier, soyez préparés ! Le mieux est d’arriver avec des faits : « Preuve à l’appui, je ne fais pas 50 % de moins, mais 25 % voire 10 % de moins que mes collègues. » Le dialogue avec votre conjoint ne pourra évidemment pas être aussi factuel, mais il est essentiel que vous puissiez lui exprimer clairement les raisons de votre épuisement et l’aide que vous attendez de sa part.

Cet article a été publié initialement dans la tribune d’Hélène Bonhomme au Point.

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Hélène Bonhomme est auteure, conférencière, fondatrice du site fabuleusesaufoyer.com et chroniqueuse sur lepoint.fr. Après une Khâgne, des études de philo, plusieurs années d’enseignement et plusieurs autres de rédaction web, elle devient mère au foyer. Elle commence à interviewer des femmes inspirantes et à mettre par écrit des pensées motivantes. C’est ainsi qu’ont vu le jour ce blog en mars 2014, puis en mai 2015 son livre collaboratif pour révéler la fabuleuse en chaque maman et en octobre 2016 son petit guide de l’imperfection heureuse. Elle est mariée à David le fabuleux et maman de Roman et Adelin. Sa mission : aider les mamans qui veulent sortir la tête de l’eau, prendre un peu de recul sur leur quotidien et commencer à aimer leur vie imparfaite mais fabuleuse.

 

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  • Cécile B

    Oh, comme je me reconnais là-dedans. Après la naissance de notre premier garçon, j’ai repris à 60% (de 35h, soit 21h/semaine, au lieu de 40 environ avant). Alors le salaire s’était bien réduit, mais pas la charge de travail ni la pression. N’étant pas remplacée à mon poste précédent, j’avais bien la pression, la frustration de ne rien finir. Sans compter les remarques des collègues qui pointent mes retards ou qui m’accusent de ne rien vouloir faire parce que je dis non à la plupart de leurs sollicitations. Et en plus, pause déjeuner réduite, presque plus de temps de pause conviviale avec les collègues, parce que j’ai encore 1000 trucs à finir avant de partir récupérer mon fils chez la nounou… Enfin, là je savoure mon congé parental pour le 2e enfant, et j’ai bien expliqué à mon chef que si je revenais, ce ne serait pas dans ces conditions là… En tout cas, on apprend à lâcher prise !

  • lili

    merci, je comprends mieux ce qu’il m’est arrive..ca n’a reste pas moins extrement honteux et culpabilisant..j’ai encore du boulot a faire pour accepter tout ca et trouver comment y remedier!2 ans apres mon burn out, la sante physique et mentale revient doucement..je me reconnais pas encore vraiment mais ca laisse plein de defi a relever et a remporter!Bon courage a nous toutes!

  • Camille Kirmann

    Pour avoir travaillé depuis la maison pendant 12 ans, je confirme, on entend à longueur de journée « comment ça il est encore au périscolaire ? Enfin tu travailles de chez toi… », « Quoi tes valises ne sont pas prêtes ? Pourtant tu travailles de chez toi… », « Ah c’est pas toi qui l’emmène à l’école ? Mais tu travailles de chez toi… »
    Un vrai piège. Si mon conjoint a compris assez rapidement que lorsque je travaillais, je travaillais (et c’est le principal après tout), moi qui déteste me justifier, il m’a fallu du temps pour que les réflexions extérieures passent au-dessus…