Le sapin, côté verso - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Le sapin, côté verso

Anna Latron 3 décembre 2019
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J’adore le sapin de Noël. Pas les sapins de Noël en général : LE sapin de Noël en lui-même.

J’aime tout le concept :

L’étoile en haut de la cime, les guirlandes – lumineuses ou pas – les boules – magnifiques en verre ou assez moches en papier mâché, confectionnées par les enfants – l’odeur qui envahit le salon, les épines qui jonchent le sol au bout de trois jours.

Quand j’étais petite, je passais un mercredi après-midi chez mes grands-parents spécialement pour l’occasion : décorer leur sapin. Il était absolument énorme, pas riquiqui posé sur une table basse comme chez mes parents. Ses branches envahissaient tout le salon. Ses décorations remplissaient deux cartons entiers que mon grand-père remontait de la cave avec toutes les peines du monde.

Chacune avait sa propre histoire :

  • une petite crèche rapportée d’Allemagne par mon père lors de son premier voyage linguistique ;
  • une étoile en verre de Murano offerte par une amie italienne de mes grands-parents ;
  • une collection de boules bariolées réalisées par chacun des petits-enfants et qu’il fallait absolument toutes accrocher histoire d’éviter l’incident diplomatique.

Et puis, j’ai grandi et fait ma vie avec un fabuleux qui n’a pas DU TOUT la culture du sapin. Pour vous dire : il y a quelques semaines, quand j’ai commencé à évoquer le sujet du sapin, il a osé me suggérer :

“Et si on achetait un sapin synthétique cette année?”

Autant vous dire que j’ai frisé la syncope.

“Arrière, satan ! Nan mais ça va pas ??”

Moi vivante, jamais je ne laisserai entrer une caricature de sapin sous mon toit. S’il y a bien une chose avec laquelle une Alsacienne ne rigole pas, c’est la magie de Noël.

Cette année encore, j’ai donc pu décorer le sapin.

Un sapin 100% naturel, je vous rassure, là-dessus je n’ai pas cédé d’un poil. Sur fond de playlist de Noël, j’ai pu me livrer à mon sport favori du mois de décembre : tenter mille acrobaties pour y attacher les guirlandes – trop courtes – et les boules auxquelles il manque des paillettes. Pour accéder à une branche un peu excentrée, j’ai été obligée de passer derrière le sapin.

Et voilà que j’ai ouvert les yeux sur une réalité du sapin : son côté verso.

  • Ce côté que l’on a volontairement mis face au mur parce qu’il était moins touffu.
  • Ce côté tout moche, où on n’accroche aucune boule parce que personne ne le verra (et puis parce que de toutes façons je n’ai pas des tonnes de décorations : chaque année je dois me battre avec mon fabuleux pour acheter une étoile supplémentaire).
  • Ce côté triste parce qu’il ne revêtira pas ses habits de fête.
  • Ce côté imparfait qui jure avec la tentation du Noël instagramable.

Assise sur l’escabeau, moi, l’experte en sapin, je me suis posée cette question : et si, cette année, pour Noël, je ne cachais plus ce côté verso du sapin ?

Et si, au contraire, je le mettais à l’honneur ?

Plus largement, voilà les questions résultant directement de cette petite philosophie d’escabeau :

  • Et si on osait se montrer sans décorations, c’est-à-dire sans sourire de façade autour du champagne, et opter plutôt pour un regard rempli de gratitude ?
  • Et si on osait dire à notre belle-soeur qu’on est crevée (alors qu’elle est femme de marin et qu’elle a le droit de l’être, elle) ?
  • Et si on osait dire à notre mère ou à notre belle-mère qu’on ne restera “que” 3 jours ?
  • Et si on osait aller faire la sieste malgré la cuisine à ranger ?
  • Et si on foutait la paix à nos enfants pour ne pas les recoiffer 10.000 fois le  jour J pour les photos ?
  • Et si on les laissait ouvrir les cadeaux en pyjama ?
  • Et si on faisait baisser la pression en acceptant de déguster une bûche toute prête apportée par la grand-mère (qui n’a que ça à faire) plutôt que de pourrir l’ambiance en s’échinant à réaliser soi-même une ganache en chocolat bio ?
  • Et si on osait demander à notre beau-frère au chômage comment il va vraiment ?
  • Et si on osait inviter cette voisine seule à partager le dessert du 26 plutôt que de ne jamais l’inviter le 25 à midi ?
  • Et si on préparait un petit-déjeuner de fête avant de partir chez les grands-parents plutôt que de se plaindre de ne jamais pouvoir fêter Noël en petit comité ?

Chères Fabuleuses, cette année, je vous invite à passer derrière le sapin, à oser changer de perspective… pour un Noël “côté verso” !



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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