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L’amour en charentaises

l'amour en charentaises
Hélène Dumont 7 novembre 2022
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« Je ne sais pas si j’aime faire l’amour. De temps en temps oui, mais en réalité, j’ai souvent la flemme. »

Cette confidence, déposée par certaines femmes que j’accompagne, est régulière. Le sexe ne semble pas les intéresser. « Des caresses », « un  câlin », quelques retrouvailles : ce rapprochement tendre leur convient. Mais faire l’amour, chercher de la complicité sensuelle, ajouter un peu de nouveauté dans les caresses et les baisers, ça non. Elles préfèrent dormir, papoter sur le canapé, regarder une série à deux, cuisiner un bon repas ou faire l’amour, mais en mode « étoile de mer ». C’est-à-dire, tranquillement et, soyons franche, un brin passives. Il s’agit d’accueillir l’autre, de lui donner du plaisir et d’en recevoir, sans forcément chercher à faire durer ce moment, qui reste agréable au demeurant.

Quand le couple est aligné sur la question, cela ne pose pas de problème.

Après tout, chacun est libre de choisir le rythme de ses rencontres et sa façon de les vivre. Cela devient source de tension quand l’un rêve d’étincelles et de régularité tandis que l’autre préfère s’endormir calmement, un bon roman entre les mains.  

Dans un premier temps, revenons à l’expression « avoir la flemme » : si nous ouvrons le dictionnaire, nous trouvons « grande paresse, avoir envie de ne rien faire. » Quand je demande aux femmes de me préciser ce qu’elles entendent par « flemme » dans le contexte de la sexualité, je reçois plusieurs réponses.

Pour Marion « avoir la flemme » signifie ne plus avoir assez d’énergie et de motivation pour s’investir dans quoique ce soit. En fin de journée, la fatigue physique et nerveuse l’envahissent trop pour qu’elle puisse se projeter autrement que dans son lit, vêtue de son pyjama en pilou, sa tisane à la main. « La sexualité demande un minimum de mouvement, d’investissement et de concentration » me dit-elle.

Pour vivre un moment d’amour de qualité, il lui faut donc être en forme. 

Pour Laure « avoir la flemme » est ambivalent : elle a ET n’a pas envie de faire l’amour. Si son homme ne fait pas preuve de détermination, ils finiront par s’endormir. Si celui-ci est motivé, elle voudra bien se laisser faire et « adviendra ce que pourra » : au mieux, son désir et sa sensualité s’éveilleront et ils passeront un bon moment de complicité amoureuse. Au pire, elle baillera en cours de route, ce qui a le don d’agacer son mari et de tout arrêter. Laure admet ne pas être celle qui porte le désir dans le couple, ce n’est pas son truc.

Et puis, dans ses représentations, c’est à l’homme de lui faire la cour. 

Pour Clara et son compagnon, la flemme est assumée : il font l’amour de temps en temps, « en mode papy-mamie », de préférence au moment de la sieste ou dès 20h15 pétantes, dès que les enfants sont au lit, et ce jusqu’à 20h30 ou 45 les jours de bonne humeur, histoire de ne pas se coucher trop tard. Pour reprendre leur expression, ils font l’amour « en charentaises ». C’est aussi douillet, tranquille et pépère qu’une bonne pantoufle intemporelle dans laquelle on se glisse avec plaisir pour se poser au coin du feu. Et cela leur convient. Il font l’amour « un peu » : pas trop souvent, pas trop vite et toujours dans le même ordre. D’abord elle, puis lui. Cela les rassure et ça les rassemble : « N’est-ce pas l’essentiel ? », me demandent-ils.

La flemme est souvent liée à la fatigue, chez un couple qui ne parvient pas à penser le sexe autrement que le soir, dans un scénario sophistiqué quatre étoiles, fait de longues caresses, de baisers fougueux et de changements de positions. Cette façon d’appréhender les choses est l’un des écueils de notre société où l’on devrait faire l’amour souvent, de façon variée, agrémentée d’orgasmes à en déchirer le ciel. 

Appétissant, certes, mais pas très engageant :

l’injonction s’infiltre dans les draps. Il n’en faut pas plus pour réduire le désir à néant et le mettre sous pression. Il n’en faut pas plus pour décourager une femme — ou un homme — déjà lessivé(e) par sa journée, rincé(e) d’avoir couru de droite et de gauche. L’injonction à la performance sexuelle conduit les couples, finalement, à ne rien faire du tout.

Ce qui m’intéresse est le changement de paradigme.

Tout comme Clara et son compagnon, l’important est d’être à l’aise avec sa manière de faire et de cesser de croire avec angoisse que le couple se construit sur le bel édifice de la sexualité. « Si nous ne faisons l’amour que deux fois par mois, est-ce grave ? », puis-je parfois entendre chez certaines personnes, homme ou femme, comme si le nombre de rapports sexuels par mois pouvait déterminer le nombre d’années que le couple passerait ensemble. En réalité, il n’y a pas de rythme, pas de règle.

Ce qui est vrai pour les uns ne fonctionne pas pour les autres. 

L’idée est de ne pas culpabiliser et d’être heureux de faire l’amour quand cela vous chante. 

Si vous aussi ressentez de la flemme rien qu’à l’idée de vous imaginer en pleine partie de jambes en l’air, et si vous désirer l’interroger, je vous invite à l’explorer à travers ces trois points de réflexion : 

1. Tout d’abord, est-ce que la sexualité me manque, nous manque, ou bien ce que nous vivons me satisfait-il ?  

2. Si j’ai la flemme, suis-je capable de dire pourquoi ?

Exemples : Je suis fatiguée / Ce n’est pas la bonne heure / Rien que l’idée de me mettre en action dans un long scénario m’épuise et me stresse / J’ai besoin d’être courtisée pour me mettre en action / J’ai besoin de journées légères et de vide pour faire l’amour … / pas envie de faire un effort pour un homme qui n’en fait pas pour moi…

3. En fonction de ces réponses, je vous propose de discuter avec votre conjoint.

Que pouvons-nous changer ? (Heure, scénario, communication,… ) Est-il possible de varier nos façons de faire l’amour ? (Faire l’amour tranquillement une fois et grimper aux étoiles la seconde.)

Faire l’amour en charentaises est une façon de vivre l’amour, ni plus, ni moins, une variante ou une constante. Mais si vous préférez les pointes d’une danseuse étoile, ou les baskets d’un coureur athlétique, libre à vous de choisir :

l’essentiel étant de le signifier à l’autre et de l’assumer !



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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