« Je ne suis pas aussi forte que vous le croyez » - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

« Je ne suis pas aussi forte que vous le croyez »

Anna Latron 8 septembre 2020
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« Tu es tellement forte d’avoir traversé tout ça, je t’admire et je me sens gênée avec mes petits soucis. » Voici ce que j’entends souvent quand je confie un peu mon histoire et lève le voile sur certaines épreuves qui la jalonnent.

Merci, chère Fabuleuse amie, confidente ou lectrice que je ne connais pas. Mais je ne me sens pas “forte”, pas plus qu’une autre, et surtout pas au point de ne plus entendre ce que chacun traverse. Au contraire.

Les épreuves rencontrées m’ont certes enseigné la résilience et la pugnacité, mais ça n’est pas d’abord cela. Le chemin parcouru m’a enseigné que la vulnérabilité est une valeur largement partagée et qu’elle n’est pas proportionnelle à ce que l’on traverse. Mais quand on consent à se laisser embrasser par elle, on découvre un cadeau incroyable : une humilité qui nous rapproche des autres.

Oui, si je devais faire un bilan et noter “LA” chose que les épreuves m’ont enseignée, c’est bien l’humilité. Après certaines épreuves, nous nous retrouvons comme des pierres dont les angles auraient été arrondis, polis, révélant cette nouvelle facette de notre humanité.

L’humilité permet d’abord de faire face, car quand on est dans l’oeil du cyclone, la seule force ne suffit pas : une certaine douceur, une forme de malléabilité face à ce qui nous arrive sont nécessaires.

L’épreuve nous met face à notre vulnérabilité et, une fois le gros de la tempête passée, cette vulnérabilité se transforme en humilité. Humilité face à ce qui peut nous arriver…mais surtout humilité face à ce qui arrive aux autres.

La dernière chose que je souhaite lorsque je confie mes épreuves à quelqu’un – que ce soit ou non pour la première fois – c’est qu’il n’ose plus me confier ce qu’il traverse. Qu’il n’ose plus se sentir proche de moi car je serais dans un autre camp que lui.

Qu’il me mette sur une sorte de piédestal de l’épreuve, un podium sur lequel serait inscrit :

« Elle en a bavé, tu ne lui arrives pas à la cheville. »

Non, mille fois non !

Quand quelqu’un me confie une épreuve, je veux rester capable de lui dire que je comprends, sans lui donner l’impression d’avoir la solution, ni lui laisser entendre que franchement ça n’est pas si dur que ça. Mais je ne peux pas cacher ce que j’ai vécu, et je ne le veux pas non plus : ces “casseroles” font partie de moi, de qui je suis. C’est une part – une part, seulement – de mon identité.

Et puis, chère Fabuleuse, ces épreuves ne sont pas quelque chose que l’on traverserait une bonne fois pour toutes. Certainement pas ! Elles sont là, comme un fil conducteur, comme un fil d’Ariane, aussi, qui nous reconnecte de temps à autre avec notre histoire et ses émotions. De temps en temps, ces épreuves s’éloignent, ces casseroles se font moins lourdes. Et parfois, elles reviennent nous frapper de plein fouet, pèsent de tout leur poids, comme pour nous rappeler à notre humanité. Comme pour nous rappeler que le chemin n’est pas terminé, et qu’il reste encore des routes caillouteuses à monter.

Mais, sur ce chemin, il y a aussi des haltes, des descentes plus faciles et des plats pour se reposer. Ces haltes, ces descentes, ce sont celles que nous offrent l’amitié, la proximité avec d’autres, la compassion, ou tout simplement un sourire reçu gratuitement. Ces haltes sont aussi celles que nous nous accordons lorsque nous osons dire – parfois simplement à nous-mêmes :

« J’en bave », « C’est dur », « Quand est-ce que ça va s’arrêter ? »

Chère Fabuleuse, l’humilité, c’est un peu comme une fragilité qui est pourtant forte. En fait, c’est comme une cicatrice. Un thérapeute m’a dit un jour que la peau de la cicatrice est plus forte que celle qui n’a pas été blessée… et pourtant, elle marque nos corps et on ne peut pas oublier qu’on a été “blessé” quelque part.

Cette cicatrice, je ne tiens pas l’arborer à tout prix, mais elle fait partie de mon histoire et elle est un signe, tout simplement, que je ne suis pas parfaite. Je suis juste humaine.

Et toi, quelle est ta cicatrice ?

Maladie, deuil, séparation, licenciement, rejet, blessure d’enfance ? Et comment peux-tu t’en servir pour rester connectée aux autres ?



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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