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La résilience est un chemin

Nous avons toutes nos blessures. Nous traversons toutes la souffrance. Nous vivons toutes des épreuves. Pas question ici de les comparer.

Plutôt que de “mesurer ta douleur à celle des autres, ni même de comparer ta manière de la gérer avec celle des autres”, comme le dit si bien Rebecca Dernelle-Fischer, laisse-moi aujourd’hui te prendre par la main et te proposer un petit voyage au pays de la résilience.

La résilience, késako ?

En physique, la résilience traduit l’aptitude d’un corps à résister aux chocs et à reprendre sa structure initiale. Adaptée à la psychologie, elle désigne la capacité d’un individu à surmonter les moments douloureux de l’existence et à se développer, en dépit de l’adversité.

Autrement dit, la résilience consiste à prendre acte d’un traumatisme (quel qu’il soit), à apprendre à «vivre avec» et à rebondir en changeant de perspective, voire à se délivrer d’un passé empoisonnant pour en sortir grandi.

Boris Cyrulnik, à qui on doit la popularisation de cette notion, décrit la résilience comme “l’art de naviguer dans les torrents”.

Il ne dit pas que la résilience est un acquis, il précise bien que la résilience est un art. Sa définition comporte de plus la notion de navigation. Si tu as déjà fait une croisière, tu le sais bien : on a beau connaître la destination, on met du temps à l’atteindre. On se prend des vagues, on tire des bords et on fait des détours. Bref, on échoue.

On échoue mais, à force de s’améliorer, on avance.

Pour ma part, j’ai longtemps eu une fausse croyance à propos de la résilience. Je la voyais comme une injonction supplémentaire : celle de surmonter à tout prix les difficultés que je vivais… et de le faire une bonne fois pour toutes !

Cette fausse croyance m’a fait beaucoup de mal. Après avoir guéri d’un cancer, j’entendais certaines personnes de mon entourage se confondre en admiration :

“Quelle force ! Tu dois voir la vie bien différemment maintenant !”

Je me voyais tout simplement faible et effrayée par tant de choses (parmi elles, la perspective de reprendre le travail, ou tout simplement de retrouver une certaine forme de légèreté dans mon quotidien). Autant dire que j’avais beaucoup de mal à accepter l’admiration que l’on pouvait me témoigner !

Et quand j’ai compris que mon aîné était différent, ce fut encore pire : je me suis sentie à mille lieues de cette résilience qui, à mes yeux, consistait en une forme d’héroïsme. Cette fausse croyance fut à l’origine d’un jugement impitoyable sur moi-même, qui engendra une profonde dureté envers moi-même mais aussi envers les autres.

Une dureté qui m’a durablement isolée dans la culpabilité, puis dans le perfectionnisme. Pourquoi ? Parce que j’avais peur de montrer au monde à quel point je ne me sentais pas héroïque pour un sou.

Au final, je me suis retrouvée profondément seule et terriblement en colère.

Et puis, peu à peu, j’ai compris : la résilience n’est pas une destination. La résilience est un voyage. Un voyage au cours duquel on peut se perdre. La résilience est un chemin. Un chemin sur lequel on peut tomber. La résilience n’est pas un acquis, qui nous ferait dire : “Je prends cette épreuve une bonne fois pour toutes sur mon dos et j’accepte de la porter pour le reste de mes jours”. La résilience est un processus, un espoir.

La résilience est une forme d’acceptation de notre vulnérabilité. La résilience est une promesse : celle de ne pas avancer seule.

“ La résilience n’est pas un catalogue de qualités que posséderait un individu. C’est un processus qui, de la naissance à la mort, nous tricote sans cesse avec notre entourage.” Boris Cyrulnik

La résilience n’est pas une guérison “une bonne fois pour toutes”. La résilience est comme une cicatrice.

“ Nous portons les cicatrices de nos blessures. À nous de les honorer, car elles disent aussi que nous avons survécu et qu’elles nous ont rendus plus forts ou plus lucides.” Jacques Salomé

Aujourd’hui, je ne me sens pas plus forte.

Mais je suis plus lucide. Je sais que je suis capable d’avancer. Je ne suis pas définitivement guérie des blessures qui ont été les miennes, qui sont les miennes et qui resteront toujours les miennes.

Comme le dit encore Boris Cyrulnik : “La blessure est enfouie, maîtrisée, transformée, mais elle ne guérit jamais complètement.”

 

profil anna latronDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 9 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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