Je m’occupe de tout, qui s’occupe de moi ? - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Je m’occupe de tout, qui s’occupe de moi ?

Hélène Bonhomme 28 juillet 2019
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Ça m’arrive à peu près tous les soirs, quand dans le noir, je les entends sombrer dans le sommeil. Après leur avoir lu le journal de Mickey en piquant du nez, je leur chante des berceuses qui me bercent surtout moi-même, et victoire, ils s’endorment, l’un après l’autre, juste là, sous mes mains qui caressent la peau douce de leur cou.

Le silence, enfin.

Et juste un filet d’air qui entre et sort de leurs poumons, et moi je reste là, dans le noir, parce que j’ai la flemme de descendre me mettre en pyjama, et je me dis que finalement je pourrais bien dormir ici, au milieu d’une armée de Playmobil.

Je suis fatiguée, mais je ne dors pas. Je pense. Je pense à ces histoires que je leur lis, à ces chansons que je leur chante, à ces câlins, ces bisous que je leur distribue sans compter, même quand ils me font ch*#&.

Je me repasse le film de ma journée, les allers-retours en voiture, le PQ racheté en dernière minute, les crises de nerfs que j’ai désamorcées, les bobos que j’ai soignés, les meurtres que j’ai évités, sans compter le boulot que j’ai tenté d’abattre, et ma to-do-list qui s’est rallongée plus vite que j’en coche les cases.

Et je me dis que moi aussi, j’aimerais bien que quelqu’un me lise une histoire.

Que quelqu’un me chante une chanson douce en me caressant doucement la peau du cou — même si la mienne est moins douce.

Comme Atlas, je porte le poids du monde sur mes épaules — j’ai parfois l’impression que cette famille est mon sac à dos, un sac à dos rempli de cailloux, de tubes de dentifrices et de paquets de café. J’aimerais bien que quelqu’un vienne, chaque soir, me border dans le noir.

Trop de fois, je m’endors tout habillée, comme une masse sur l’oreiller — avec de la bave, celle qui dégouline quand tu es trop fatiguée pour bien dormir. J’aimerais bien que quelqu’un soit là pour m’aider à vider mon sac de cailloux, m’aider à glisser dans le sommeil autrement… Comme lorsque j’étais enfant.

Quelqu’un pour prendre soin de « ma petite fille intérieure », comme disent les psys.

Je cours, et plus je cours, plus mes cibles s’éloignent.

Mon sac à dos est de plus en plus lourd. Je m’occupe de tout. Qui s’occupe de moi ?

Non, ceci n’est pas une revendication féministe de type « mon mec est un enfoiré qui me laisse tout gérer ». Certes, j’ai bien envie parfois de l’étrangler quand il regarde tranquillement sa série Netflix sans voir que je suis à bout. Mais raisonnablement, outre ces moments de colère intense où je pourrais lui balancer son écran à la tête, je sais bien que mon problème de charge mentale porte bien son nom : mentale, la charge. Une charge que je m’impose à moi-même, à cause de l’angoisse qui me guette dans le noir, cette peur profonde de ne pas être assez.

Mon fabuleux essaye, pourtant, de me calmer.

Ma psy aussi.

Mes amies aussi. Mais c’est drôle, quand ils me disent que « je suis bien assez » je n’arrive pas vraiment à les croire. Autant j’aimerais qu’on s’occupe de moi, autant quand les autres essayent de m’aider, je ne les laisse pas me rassurer. Le syndrome du panier percé : ils m’aiment, mais ça ne suffit jamais…

Dans mon monde à moi, je m’occupe de tout… Alors, qui s’occupe de moi ?

À force de m’épuiser, j’ai compris que j’avais besoin de moi. Besoin de moi pour me raconter des histoires le soir, pour me chanter des chansons, pour me faire des compliments, pour me tapoter l’épaule en disant :

« Good job, tu l’as gérée, cette journée. »

Besoin de moi pour me dire :

« Va prendre un bain chaud », « Fais un gros dodo », « Tout va bien aller ».

Ce câlin du soir dont la petite fille à l’intérieur de nous a tant besoin. Et qu’elle peut aller puiser, tout à l’intérieur, au fond de ses tripes. Cette petite douceur imméritée, qui ne dépend en rien de ce que tu as fait ou non dans ta journée. Cet amour que tu t’autorises à recevoir, juste parce que c’est toi. Ce murmure dans la nuit : « Tu es fabuleuse, et vraiment ça change tout. »

Et si tu veux plonger à fond dans la vague, en voyant dans cette situation inédite une magnifique occasion d’apprendre, de progresser, de grandir : sache que les portes du Village sont ouvertes, et que toutes les infos sont par là !



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Cet article a été écrit par :
Hélène Bonhomme

Fondatrice du site Fabuleuses au foyer, maman de 3 enfants dont des jumeaux, Hélène Bonhomme multiplie les initiatives dédiées au bien-être des mamans : deux livres, deux spectacles, quatre formations, la communauté du Village, une chronique sur LePoint.fr et un mail qui chaque matin, encourage plusieurs dizaines de milliers de femmes. Diplômée de philosophie, elle est mariée à David et vit à Bordeaux.

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