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Femme, mère : où placer le curseur ?

Hélène Dumont 9 mai 2022
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Être femme ET mère.

Les questions que soulève cette articulation ne sont pas nouvelles. Elles ne cessent de naviguer dans mon esprit depuis que je suis devenue maman. À la maison, je surfe sur la vague : un enfant me téléphone alors que je regarde mon agenda. J’attrape mon café et repense à la soirée que j’ai passée hier avec mon amoureux. Pour lui, j’avais troqué mon vieux pull, celui que je mets pour effectuer les courses au supermarché, contre un petit haut sympa. Il a ouvert de grands yeux quand j’ai joué avec le décolleté. J’aime bien ce regard qui tisse entre nous une intimité amoureuse qui me sort de mon boulot ou de mes préoccupations maternelles.

Femme et mère : je switche d’une facette à l’autre sans transition. 

Nous avons parlé de mes tiraillements : « Peut-être que je devrais ralentir pour aider les enfants à s’intégrer ? » Notre déménagement récent est à la fois source d’enthousiasme et de préoccupations. Chaque enfant réagit différemment, selon son âge et sa personnalité, et je sens bien que le cocon familial est important pour eux en ce moment. De mon côté, je n’ai pas cessé de travailler malgré ce changement, pour des raisons pragmatiques (je dois travailler) mais aussi d’équilibre personnel. Comment répondre à ce dilemme qui me semble parfois cornélien, entre mon désir de répondre à leurs sollicitations, la nécessité de contribuer au budget du foyer et la joie d’exercer un métier que j’aime ?

Mon homme adhère à ce que je lui partage, mais ne me rejoint pas dans la vague émotionnelle que cela provoque en moi, ni dans ma façon de la gérer. Il appréhende les choses plus simplement, avec une forme de linéarité que j’envie : il prend et vit effectivement les moments, tout comme les questionnements, les uns à la suite des autres, tandis que moi, je développe ce que j’appelle le syndrome du mille-feuilles : je les superpose.

Je pense à tout, tout à la fois.

Et même quand je n’y pense pas, les dossiers sont dans un coin de ma tête, prêts à s’ouvrir. Au menu, en vrac : cette petite robe rouge et or qui me paraît très élégante, les 21 ans de mon fils aîné, les mails en retard. Tout ça, posé là, entassé, sans queue ni tête : l’équilibre se cherche et ne cesse d’évoluer en fonction de ce que je vis, de ce que nous traversons. 

Je sais que dans ces tergiversations, je ne suis pas seule.

L’articulation mère-femme nous interroge et nous bouscule en permanence, nous, en tant que femme, sur ce que nous sommes et la place que nous avons, que ce soit dans la dimension sociale, amicale, érotique, relationnelle, ou encore corporelle.

Dans mon cabinet de conseil conjugal, je reçois de nombreuses femmes qui me confient leurs réflexions.

Combien sont-elles à me dire avoir mis de côté leur coquetterie depuis la naissance de leur(s) enfant(s) par manque de temps ou parce que la maternité les avait fait grossir ou maigrir ? Combien sont-elles à reconnaître que faire l’amour n’est plus d’actualité car claquées par les assauts de leur progéniture : « Je ne veux plus que l’on me touche. Le soir, j’ai besoin de me retrouver », me disent-elles. Combien sont-elles à culpabiliser de rêver partir seule une semaine sur une île déserte ? Enfin, combien sont-elles à reconnaître que « quelque chose » ne va pas, tout simplement : une partie d’elles-mêmes semble leur manquer. Est-ce la mère ou la femme ? « Je ne sais pas, me dit Juliette, maman de deux enfants. Ce que je sais en revanche, c’est que mes facettes de femme et de mère semblent tenter un bras de fer impossible duquel je ressors le plus souvent perdante. »

En effet, si être mère et femme est évident pour certaines, pour d’autres, comme pour Juliette, l’ambivalence demeure. Et cela me semble normal. 

D’abord, parce que rien n’est plus subtil et délicat que d’interroger son identité.

Être mère et femme ne coule pas de source.

Ce ne sont pas les mêmes parties de nous mêmes qui sont sollicitées, les mêmes énergies, les mêmes émotions, ni la même temporalité. C’est à chacune de se poser pour se demander ce qui lui conviendrait exactement. 

Ensuite, parce que cet équilibre dépend de nos représentations maternelles et féminines, souvent issues de notre histoire personnelle et familiale. Interroger l’articulation mère-femme équivaut à revisiter ce que les femmes de notre entourage nous ont transmis ou dit de “l’être mère” et de “l’être femme” à travers leurs choix, leurs convictions, leurs valeurs. Se positionner par rapport à cet héritage familial nécessite une force de caractère que nous n’avons pas toujours quand nous accédons à la maternité. Il arrive que nous souhaitions, par exemple, répéter un schéma familial, par affection ou par défi, alors que notre réalisation sera profondément différente. Prendre le temps de comprendre cela, sans culpabilité, est parfois l’œuvre d’un long cheminement personnel. 

Enfin, parce que nous n’avons pas reçu de modèle.

La condition de la femme a évolué beaucoup trop vite ces dernières années pour que nous puissions identifier assurément une articulation satisfaisante et applicable à notre façon de vivre. Notre génération se cherche. De ce tâtonnement ressort du très bon, comme le sont les diverses propositions de lieux pour trouver un équilibre, partager, s’entre-aider ; mais aussi de l’effrayant, telles les injonctions à devenir parfaitement mère, femme et amante.

J’aime représenter cette articulation à travers l’image d’un fil tendu entre deux extrémités, celle de la mère et de la femme. Sur ce fil, un curseur. Au fur et à mesure de nos journées et des différentes périodes de notre vie de femme, le curseur évolue. Tantôt, d’un côté, tantôt de l’autre.

C’est peut-être cela, être femme ET mère :

accepter de se balader sur ce fil tout en cherchant l’équilibre de façon permanente.

Quand le curseur reste bloqué sur l’un des deux pôles, nous pouvons nous interroger : « Qu’est-ce qui m’empêche d’explorer la femme que je suis ? » ou « Pourquoi ai-je du mal à investir le fait d’être maman ? »

Plutôt que d’opposer ces deux facettes de nous-même, l’idée serait de les mutualiser et de comprendre ce que chacune apporte à l’autre. « J’ai gagné en patience et en souplesse depuis que je suis devenue mère » me dit Aurélie. « Ma formation professionnelle m’aide à être une maman super organisée et sans pression », me partage Sacha.

Afin d’explorer votre propre articulation, peut-être de mieux la comprendre si vous en ressentez le besoin,

je vous propose quelques pistes de réflexions, parmi d’autres : 

– Quels sont les moments qui vous nourrissent en tant que femme ?

– Quels sont les moments qui vous nourrissent en tant que mère

– Quelle facette de vous même aimeriez-vous vivre autrement ou de façon plus apaisée ?

– Sauriez-vous identifier une activité, une personne, une idée qui pourrait vous y aider ?

(Exemple : je souhaiterais être délestée des courses pour passer plus de temps qualitatif avec les enfants le week-end / Je souhaiterais aller marcher 1 heure par semaine pour m’aérer et mettre mon corps de femme en mouvement / Je souhaiterais m’offrir une soirée entre amies par mois, rejoindre un groupe de mamans pour partager mes préoccupations / Je souhaiterais organiser un pique-nique chaque vendredi soir pour les enfants, afin de vivre une soirée moins chargée et passer plus de temps avec mon homme …)



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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