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Et quand ça ne fonctionne pas ?

Quand ça a commencé à foirer, je ne savais plus trop bien lire les panneaux routiers de loin, rien de grave… mais le temps passé devant mon ordinateur à écrire mon mémoire n’avait pas aidé.

J’ai fait un test de vue lors d’une visite médicale pour le travail. La doctoresse m’a dit clairement :

« Ah et bien c’est le processus de vieillissement du corps qui commence ».

J’ai avalé de travers, répondu :

« Attends ma cocotte, je t’explique, j’ai 20 ans là ! » 

Début de myopie, super ! Bon pas de panique, j’ai pris un rendez-vous chez l’ophtalmologue, «vous avez besoin de lunettes, blablabla… » j’ai été acheter mon nouvel objet «beauté intellectuelle» et je l’ai porté fièrement quand c’était nécessaire (juste assez pour passer mon temps à les chercher).

Mon chef m’a vu arriver au boulot, il m’a dit en riant :

« Incroyable Rebecca, si tu te taisais tu aurais même l’air intelligente avec tes lunettes » (mouhahahaha, tout ça parce que j’adore raconter n’importe quoi).

Bref, tu vas me dire « merci Rebecca, mais pourquoi me parles-tu de tes problèmes visuels ? Je croyais qu’on parlait de sexe ici, tout le monde sait que quand on voit moins bien, on se pointe chez le docteur et on en ressort probablement avec une ordonnance de lunettes » (c’est ce que mon ado me dirait en tout cas).

Alors voilà, il y a une telle acceptation sociale du fait d’aller consulter un médecin/un spécialiste en cas de «problème de vue, bras cassé, rage de dents, bronchite, gastro, allergies… », que mon histoire est évidente.

Nous sommes entourés d’experts plus ou moins compétents,

de médecins réputés ou pas dans leur domaine. On se refile les adresses les uns aux autres, on se demande des nouvelles. Maintenant imagine-toi cette conversation :

« Et toi alors, tu vas chez quel sexologue ? »

« Oh ben j’ai trouvé quelqu’un de super, c’est à une demi-heure d’ici, j’ai attendu un peu avant d’obtenir un rendez-vous mais vraiment ça valait la peine. »

« Je me demandais si je ne consulterais pas aussi, parce que là pour l’instant au niveau relations sexuelles c’est pas évident, depuis mon épisio les rapports sont douloureux, ma gynéco pense que ça pourrait être un peu psychologique ».

Bon, tu es d’accord avec moi ? C’est plutôt rare ce genre d’échanges, non ?

C’est ce que j’appelais dans un article présentant le « tabou d’en parler vraiment ». Non seulement nous n’en parlons pas vraiment mais en plus, s’il se présente un problème ou l’autre et que ça ne « fonctionne pas ou plus comme avant », la tendance à se taire devient plus forte. Un cercle vicieux par excellence !

Au lieu de se rassurer

(ah ben non, nous ne sommes les seules à vivre des difficultés dans le domaine)

et de découvrir qu’il peut y avoir des solutions, on se retrouve seule à lire sur internet ce qu’un million de gens non-formés nous livrent sur les problèmes les plus variés qu’il existe. Imagine un instant un homme qui fait une recherche sur google sur « éjaculation précoce » (tiens j’essaie : temps de recherche 0,32 secondes, environ 418 000 résultats).

Pas sûre que c’est là qu’il trouvera de quoi l’aider.

Pourquoi est-ce si facile d’aller chez l’ophtalmologue et si difficile de se dire « peut-être qu’un expert pourrait m’aider ? ».

  • Peut-être que nous pensons que « c’est pas si grave au fond, que ça va passer, qu’il n’y a rien à faire de toute manière ».
  • Peut-être que nous n’avons pas confiance : pas facile de parler de pénétration douloureuse à quelqu’un (même à un thérapeute), et si c’était un pervers (ma petite dame si vous saviez ce qui se passe dans ce monde ?).
  • Peut-être que nous avons fait de mauvaises expériences au niveau médical et que ça nous a laissé une forte crainte, de gestes non délicats, de remarques blessantes.
  • Peut-être qu’il nous manque les finances… et le temps… bref les ressources.

J’ai envie de te dire : OSE !

Je suis une vraie phobique des rendez-vous médicaux, j’ai ce qu’on appelle si joliment « le syndrome de la blouse blanche ». Face au médecin, ma pression sanguine s’emballe, je ne dis que des conneries (ne demandez pas confirmation à mon mari il adorerait vous en parler) et je cause sans arrêt pour me calmer (le pauvre dermato à qui j’ai dit « je suis psy mais phobique des médecins, faut que je parle pour me calmer, d’ailleurs ma culotte et mon soutien-gorge ne sont pas accordés et blablabla… ».

Bref, je te dirais de faire ce que je ne fais pas facilement (je force mon mari à téléphoner à ma place pour me prendre mes rendez-vous médicaux et j’explique tout de suite aux docteurs que j’ai un petit problème d’angoisse dans les situations de consultation).  CHERCHE DE L’AIDE si tu en as besoin.

Si quelque chose dans votre vie sexuelle est problématique, demandez à votre médecin traitant s’il connaît un sexologue (cherchez une adresse dans votre région parmi les thérapeutes agréés). Ça vaut la peine de chercher des solutions ou encore simplement de chercher un cadre de discussion SAFE, sécurisé ou quelqu’un triangule vos échanges. Que ce soit un problème plus mécanique ou plus psychologique, il y a tant de solutions qui peuvent être envisagées, et pas seulement la petite pilule bleue pour monsieur et le tube de lubrifiant pour madame.

On n’a qu’une vie, n’oublie pas !

Ne perds pas ton temps et ton plaisir pour des raisons sociales stupides qui sont :

« M’enfin ça ne regarde personne, je m’en sortirai toute seule ».

Point un : Confiance 

Parfois nos demi-solutions, nos compromis nous empêchent de vraiment essayer de changer une situation. On se contente de relations sexuelles peu satisfaisantes. C’est comme prendre des antidouleurs régulièrement pour faire taire la douleur dentaire sous-jacente… On se contente de quelque chose de moyen, d’un peu cassé, d’un peu fade. Parce que parfois ce que l’on connaît est plus confortable que de se donner la chance de vivre mieux.

Tu mérites mieux que ça.

Point deux : Courage  

Parfois il faut être courageux pendant 30 secondes, donner tout, oser ce qu’on ne voudrait surtout pas faire pour gagner beaucoup. Le courage de demander à ta gynécologue ce qu’elle, qu’il en pense, le courage de proposer à ton partenaire de consulter à deux, le courage de prendre le téléphone et de prendre rendez-vous, le courage d’aller mieux…

Point trois : Découverte 

On vit avec des plans dans nos têtes, des cartes que l’on connaît bien, que l’on maîtrise. Ce ne sont pas toujours les plus beaux paysages, et on y trouve bien peu d’aventure, mais au moins : ça on a déjà vu, on sait qu’on survit, qu’on s’en sort. Et si tu quittais les sentiers battus ? Il y a au-delà de ce que tu as vécu toute ta vie un horizon très large à découvrir, à savourer. En tout cas moi, je l’apprécie bien mieux depuis que je porte des lunettes. 😉

Confiance, courage et découverte

Pour la France :  Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle.

Pour la Belgique : Société des Sexologues Universitaires de Belgique

rebeccadernellefischerD’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Psychologue indépendante, auteure de Und dann kam Pia et mère au foyer pleine d’entrain, elle garde de ses études en psychologie positive un regard bienveillant sur la femme et la famille. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive d’une petite fille porteuse de trisomie 21. Découvrir le site de Rebecca (en allemand).

 

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