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Elle va encore tout faire mieux que moi !

« Non non, je ne suis pas jalouse… »

Ce jour-là, je raccroche mon téléphone avec un pincement au cœur. Elle est enceinte. Elle me l’a annoncé, je l’ai félicitée : « Oh, super, enfin, tu vas être maman. Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi signe.» Et j’ai pensé : « Ben voilà, elle a la chance de tout recommencer du début. Elle va encore tout faire mieux que moi. Mieux gérer, mieux éduquer, mieux habiller, mieux photographier… et son bébé va être le bébé du siècle. » Voilà comment une bonne nouvelle devient un sujet de déprime.

J’aimerais tant vous écrire autre chose. Vous écrire qu’âgée de 37 ans, mère de trois filles, psychologue, femme de pasteur, je me réjouis toujours du bonheur des autres ; que toute ma force se trouve dans la sérénité que j’ai trouvée aux cours des années ; que je n’ai plus l’impression que l’herbe est plus verte ailleurs.

Pas tout à fait. Je me surprends encore parfois à envier les autres et à me dire que pour eux tout est plus facile, plus glamour, plus cool.

Anodine mais destructrice

Pourtant, j’ai fait beaucoup de progrès. « En théorie », je sais bien que la jalousie ne fait que pourrir mes propres trésors quotidiens. Je sais qu’il vaut mieux l’éviter d’emblée et ne pas la laisser me pousser dans le piège de la comparaison. Facile ? Ben non, justement.

Parce que la jalousie est petite, rapide et file à toute allure. Parfois elle se manifeste comme une sensation corporelle incontrôlable, parfois c’est une pensée que nous suivons et laissons grandir. Elle se faufile, surtout quand on ne fait pas attention et encore plus quand on est frustrée, fatiguée, qu’on a l’impression de ne pas gérer.

Elle passe à la loupe nos manquements, nos rêves ratés, nos bourrelets et font apparaître les autres comme des êtres PLUS CHANCEUX, PLUS BEAUX, PLUS MINCES, MOINS chaotiques, moins impulsifs…

C’est à nous-mêmes, à nos enfants et nos familles qu’elle fait le plus de mal. En son sein naissent les remarques blessantes.

Elle paraît si anodine mais peut devenir tellement destructrice. Et en un rien de temps elle nous fait dire des horreurs à ceux qu’on aime : « forcément, avec le mari qu’elle a », « regarde les autres enfants, tu ne peux pas faire un effort ? », « si j’avais le même standard de vie, évidemment que je ferais mieux ».

La jalousie nous fait paraître

Non seulement la jalousie nous empêche de savourer nos vies mais en plus, elle augmente le risque de vouloir paraître et de ne plus « être ». Or paraître, c’est fatiguant et ça nourrit nos angoisses : « est-ce qu’ils m’aimeraient quand même, s’ils pouvaient voir derrière la façade ? ».

On se construit une façade, on y cache nos peurs, nos faiblesses et nos défaites. On déforme notre réalité pour qu’elle puisse entrer dans la norme.

On essaye de porter des chaussures qui ne sont pas à notre taille (comme les belles-sœurs de Cendrillon qui se massacrent les pieds pour entrer dans la pantoufle de verre).

La jalousie nous sépare

La jalousie sépare là où nous pourrions être plus forts ensemble. Parce que le plus ironique dans tout cela, c’est qu’une façade à côté de l’autre, nées de la jalousie qui nous prend aux tripes, ça crée des villes fantômes autour de nous.

On s’isole derrières nos écrans et on oublie que la force du « moi aussi tu sais », du « je te comprends », « ohhhh ben oui je connais ».

Votre enfant est déjà tombé de sa table à langer ? Ben oui, moi aussi. Alors, le jour où je rencontre ce jeune papa qui m’avoue en tremblant que son bébé vient de tomber de la table à langer alors qu’il était à côté, et bien je mets ma main sur son épaule et je lui dis « ohhhhh oui, c’est terrible, ça m’est aussi arrivé une fois, qu’est-ce qu’on se sent mal après. Comment va la petite ? ». On se bat tous avec la même réalité. Chacun à sa manière.

Alors si on faisait un rêve ensemble ?

Le rêve d’une société qui nous laisse « être » et qui encourage la diversité.

Le rêve de mamans qui parlent de leurs problèmes sans avoir peur d’être constamment jugées ou encore jalousées.

Le rêve d’une communication vraie, où le positif comme le négatif peut être dit.

Le rêve de réseaux de mamans qui se serrent les coudes quand tout va mal et qui font la fête ensemble quand la vie leur sourit.

Le rêve de pouvoir dire à quelqu’un sans se sentir gêné « je suis tellement fière de mes enfants » ou encore « je me réjouis avec toi ».

Le rêve d’un antidote universel contre la jalousie, contre la compétition à outrance, contre la médisance, contre la comparaison entre les mamans, leurs enfants…

Mais peut-être que la recette de cet antidote existe déjà. Peut-être qu’une dose d’authenticité, une pincée de compassion, un zeste d’empathie et une bonne poignée d’humour nous aideront à vaincre les poux émotionnels que sont les sentiments de jalousie.

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  • Floriane Héritier

    trop beau et trop vrai. Merci!

  • Adeliine Arcenciel

    tt a fait d’accord !!!!! tellement vrai !!!