Entre l’envie d’élever des enfants autonomes et d’avoir une maison tirée à quatre épingles, Sandrine se retrouvait chaque soir, excédée, à crier sur ses enfants. Une séance de coaching plus tard, elle découvre que le problème ne vient pas de ses enfants mais de ses propres besoins et exigences.
La scène se répète chaque soir, immuable.
Les enfants rentrent de l’école. Le couloir se transforme instantanément en champ de bataille : cartables jetés, manteaux abandonnés, baskets valsant au-dessus de l’escalier. Les gourdes restent pleines, les boîtes à goûter non vidées.
Sandrine, d’un naturel méticuleux et ordonné, se crispe inévitablement : « As-tu accroché ton manteau ? », « As-tu enlevé tes chaussures ? », « La gourde, c’est à TOI de la laver ! ».
Les rappels s’enchaînent, les voix montent, la tension s’installe.
« Les CARTAAAABLES ! Vos CHAUSSUUUUUURES ! Les MANTEAUUUUUX !!!! »
« Je me rends compte que je passe mon temps à me répéter mais que cela ne sert à rien. Tous les soirs, c’est la même histoire : ils savent quoi faire mais ne le font pas, et ça me rend vraiment dingue. »
Lors d’une séance, Sandrine choisit de travailler sur ce moment délicat de la journée : la routine du retour de l’école. Fatiguée de devoir crier pour que ses enfants s’exécutent, elle cherche une autre façon de se faire obéir.
Le truc, c’est que Sandrine prend l’éducation de ses enfants très à cœur. Elle a des principes.
Prise en étau entre le besoin de s’organiser, de faire tourner la maison, et la nécessité de lâcher prise, elle culpabilise.
« Je veux les armer pour plus tard. En faire des êtres capables et autonomes. Mais je me rends bien compte que je les stresse. Comment savoir si je suis trop exigeante avec eux ? »
Cette jeune maman est prise dans un paradoxe.
Tout en voulant inculquer à ses enfants la discipline et la rigueur, elle a conscience de leur imposer une contrainte qui, à ce moment précis de la journée, va tendre l’atmosphère pour tous.
Pourtant, elle y tient à cette routine. Elle s’évertue à la faire respecter. Elle met un point d’honneur à ce que les rituels soient suivis.
Le nœud du problème : une histoire de besoins.
Dans cette zone en tension, dans ce couloir jonché d’affaires en vrac, dans ce chaos de la fin de journée, se trame bien plus qu’une simple injonction à faire respecter des principes.
Cette problématique, Sandrine est loin d’être la seule à s’y frotter. C’est le quotidien de milliers de mamans épuisées. Je lui suggère donc une petite introspection pour tenter d’avancer :
« Qu’est-ce qui est mis à mal chez vous, lorsque cette routine n’est pas respectée ? »
« Mon besoin d’ordre est malmené. J’aime les choses rangées, propres et à leur place. C’est plus fort que moi. Et puis, ce sont autant de tâches que je dois faire en plus du reste. »
En verbalisant la chose, Sandrine réalise que ce qu’elle demande à ses enfants en rentrant de l’école ne correspond pas à leurs besoins, mais aux siens.
À ses propres exigences.
Aux attentes qu’elle a envers elle-même selon ses principes de vie — des règles qu’elle a internalisées depuis toujours.
« Et quels sont, selon vous, les besoins de vos enfants au retour de l’école ? »
Sandrine évoque leur envie de se délester du poids des cartables comme des contraintes : « Ma fille, du haut de ses 9 ans, me dit que c’est trop dur le soir de faire comme à l’école, de suivre des protocoles, d’être le bon petit soldat… Qu’elle a envie de jouer. Et je la comprends. »
Manifestement, et Sandrine est encore loin d’être un cas isolé, les enfants n’ont qu’une envie en rentrant : décompresser, jouer, loin des pressions vécues à l’école.
Renverser la perspective.
Et si les gourdes n’étaient pas vidées ? Les mains pas lavées ? Les manteaux laissés à terre, froissés ? Les cahiers oubliés ? Les chaussures sens dessus-dessous ? Les chaussettes dépareillées ? Les cheveux en pagaille et les miettes du goûter éparpillées ?
Quelles conséquences à ce petit bazar ?
Sandrine réfléchit. « Il n’y aurait pas de répercussions fâcheuses à court terme. Je vois des incidences éventuelles sur le plan de l’hygiène, mais laver les gourdes une fois par semaine devrait suffire. »
Chemin faisant, Sandrine prend conscience qu’il n’y a que peu de conséquences pour ses enfants à ne pas respecter la “routine du retour d’école”.
Résoudre le conflit.
Sur le terrain de la discorde entre maman et enfants rincés par une grande journée d’école ou de travail, il y a, heureusement, des pistes de réconciliation.
J’invite alors Sandrine à réfléchir à une solution conjointe pour :
- Répondre aux besoins de ses enfants (détente, relâche).
- Répondre à ses propres besoins (ordre, discipline).
Quel dispositif pourrait-elle imaginer pour transformer ce moment discordant en un moment positif et constructif, pour elle et sa progéniture ?
Elle qui a tant à cœur d’éduquer ses enfants dans les règles de l’art, comment peut-elle utiliser cet instant crucial du retour de l’école pour en faire un pilier de sa pédagogie familiale ? 🙂
Une idée surgit : celle du panier.
Sandrine décide de faire une expérience : installer un grand panier près de l’entrée et annoncer haut et fort : « Désormais, tout ce qui traîne – manteaux, gourdes, chaussures – on le met là, en désordre. Avant le dîner, au moment de se mettre la table, l’un de vous s’occupe de trier et ranger le contenu du panier. »
Derrière l’expérience : des compétences.
L’idée du panier est simple, sans chichi. C’est un outil comme un autre. Face à l’adversité, chaque fabuleuse maman dispose de ses propres ressources !
Dans ce contexte qui lui est propre, Sandrine y a vu l’opportunité de bâtir un système vertueux permettant de responsabiliser ses enfants.
En inversant le regard, en le portant sur une potentielle solution plutôt que sur l’impasse de la communication, elle leur donne une opportunité précieuse :
celle de développer des compétences.
- La compétence de la négociation : « On peut discuter pour trouver des solutions qui arrangent tout le monde. »
- L’art du compromis : « Le panier, c’est notre façon de respecter les besoins de chacun. »
- L’intelligence collective : « Ensemble on a de meilleures idées que tout seul. »
La fin de la séance approche.
Dans un sourire, Sandrine fait le bilan.
« Je n’avais pas conscience que ma difficulté à lâcher prise exprimait mon propre besoin de sécurité. Que celui-ci m’appartient et que mes enfants n’ont pas à y répondre. Finalement, en voulant les armer, je les mets sous pression alors qu’il suffit peut-être d’un panier pour que tout rentre dans l’ordre. »
En faisant un pas de côté, Sandrine a trouvé le moyen de dépasser le nœud du conflit et de transformer une situation de blocage en une opportunité d’apprentissage.
Elle leur apprendra désormais des choses que l’on n’apprend pas sur les bancs de l’école : la souplesse dans les relations, les vertus de la remise en question, l’art de se renouveler pour faire le choix de la paix.
Quelles plus belles armes leur offrir pour la vie?





