Contre toute attente : ma meilleure vie aux urgences - Fabuleuses Au Foyer
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Contre toute attente : ma meilleure vie aux urgences

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Agathe Portail 24 août 2022
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C’est non pas une, mais deux virées aux urgences en une semaine pour deux de mes enfants que je vais vous raconter. Le reste de l’année, je ne fréquente pas ce lieu hautement festif, mais je ne sais pas ce qui s’est passé cette semaine-là : j’ai songé à prendre une carte de fidélité.

Les urgences, vous savez, ce lieu où vous savez que vous allez passer trois, quatre heures à attendre sans aucune distraction pour votre bambin parce que, vous, vous êtes partie aux urgences sans délai. Sans penser à choper le doudou, l’album de coloriage, le chargeur de téléphone ni le goûter… Je me souviens d’une infographie très drôle que j’avais vue au sujet des éléments déclencheurs d’une virée chez le médecin selon qu’on a un, deux ou trois enfants. Ça donnait :

Premier enfant : Toux

Deuxième enfant : Toux + Fièvre

Troisième enfant : Toux + Fièvre + drôles de boutons violets

Pour les urgences, difficile de dire si ça suit la même gradation, et en plus j’ai quatre enfants…

Mais là on faisait face à de la blessure ORL pour l’une le mercredi et une suspicion de fracture du poignet avec hurlements force 220 (décibels) pour l’autre le jeudi, donc je n’ai pas trop réfléchi et j’y suis allée.

Sans ma carte vitale, sans batterie, sans monnaie pour le distributeur de boisson, sans bouquin.

On pourrait se pencher sur cette cruelle loi des séries, qui m’envoie deux jours de suite dans ce fabuleux endroit parfumé au camphre, traversé par d’angoissants brancards chargés de patients amochés voire agonisants. En réalité, alors que je suis toujours bien disposée à m’apitoyer sur mon sort, j’avais la trouille et je n’ai donc pas tellement pris le temps d’en vouloir au destin. J’étais trop occupée à conduire droit, avec mes mains moites et l’angoisse de devoir affronter un médecin qui me regarde par en-dessous en me demandant pour la troisième fois de décrire précisément les circonstances de l’accident. Des fois que ça ne serait pas vraiment un accident, ‘voyez c’que j’veux dire.

Le bilan des courses dans les deux cas :

  • Oui, la pédiatre m’a étrillée parce que j’avais eu l’inconscience de laisser ma fille jouer avec une baguette en plastique qu’elle s’est enfoncée dans la bouche. Je n’ai pas cherché à me justifier (déso, madame, quand je suis aux chiottes je ne fais pas entrer mes quatre enfants dans la salle de bain pour les avoir à l’œil). J’ai dit oui oui et je l’ai remerciée pour son conseil avisé. Elle est pédiatre aux urgences, pas coach chez les Fabuleuses : je n’avais pas donc d’attente particulière sur sa compassion pour moi en tant que fabuleuse mère imparfaite. Wahou, il y a quelques progrès à noter en termes d’autoflagellation ! Je me suis félicitée de ce progrès inattendu.

  • Ma fille puis mon fils ont été adorables : un peu groggy, en demande de câlins, j’ai passé deux heures à les bercer tranquillement sans qu’ils sautent partout et touchent à tout. Ça m’a ressourcée, bizarrement.

  • Par peur de ne plus avoir de batterie pour donner des nouvelles à mon mari, j’ai laissé mon téléphone dans mon sac. Mes enfants ont donc bénéficié de ma pleine et entière présence. J’ai même raconté des histoires et chanté des comptines à l’oreille de ma fille pendant les deux heures d’attente.

  • Sur le retour, l’un comme l’autre se sont endormis après m’avoir dit, chacun à leur manière : t’as été gentille maman.

J’ai la chance immense que ça n’ait pas été grave et que l’attente ait été raisonnable. L’autre chance a été de pouvoir compter sur mes voisins chez qui j’ai largué la marmaille sans état d’âme à l’heure du déjeuner, l’estomac vide. Mais ça aurait pu être l’enfer quand même. Contre toute attente, j’ai passé un vrai moment de qualité avec chacun de mes deux enfants, alors que sur le papier j’aurais mille fois préféré me pendre plutôt que d’endurer le supplice de l’attente aux urgences avec un enfant qui geint et qui s’ennuie.

Est-ce qu’il y a un enseignement à tirer de tout ça ? Aucune idée.

Mais ça m’a fait penser à toutes ces “obligations” qui nous enthousiasment autant que la perspective de se faire épiler le maillot. Rester à l’anniversaire du copain de Jean-Kevin pour donner un coup de main à l’organisatrice submergée par exemple. Eh bien, qu’on veuille le croire ou non, ça peut aboutir à un vrai bon moment. Contre toute attente. 



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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