Comment j’ai renoncé à faire l’unanimité - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Comment j’ai renoncé à faire l’unanimité

Marie Chetrit 27 mars 2022
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Certains naissent remplis de confiance en eux. Ils sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits. Chaton, mon fils de 8 ans, est ainsi.

Il est un maître en assurance.

Il parle aux adultes comme si c’était ses potes, va héler l’institutrice de son frère dans la cour de récré pour lui demander, « Alors, comment ça se passe le CP de Lapin ? » ; crie dans la rue, « Salut Caroline, ça va ? » sauf qu’il ne parle pas à une copine mais à sa mère, me confie « Je viens de ratatiner Papa aux échecs » avec un petit sourire en coin, rétorque « C’est toi la mytho » à sa grande sœur.

Bref, il est hyper à l’aise et n’a peur de rien. Franchement, je l’admire.

Il n’hésite jamais à insister, répéter, argumenter, redemander quand il tient à quelque chose avec une constance et une assurance qui me rendent admirative. C’est le roi de la négociation. Parfois, j’avoue que cela m’agace un peu et que j’aimerais lui rabattre son caquet, car cet enfant n’a jamais aucun doute sur la validité de son point de vue (à 8 ans, il a le temps d’apprendre la nuance). Mais franchement, n’est-ce pas une sacrée force dans la vie de partir avec un tel aplomb ?

Moi, j’ai mis longtemps à construire mon sentiment de confiance en moi.

J’étais plutôt une grande timide, plus à l’aise planquée derrière un livre que debout devant une classe pour un exposé. Défendre mon point de vue a toujours été un exercice difficile, surtout à l’oral. Je suis la spécialiste du « Eh merde ! mais pourquoi je n’ai pas répondu ça, et ça ? Mais c’est ça qu’il fallait lui répondre, bien sûr ! » Je ne compte plus le nombre de conversations que j’ai refaites dans ma tête, en changeant ma propre partition qui, sur le coup, avait été fort peu convaincante — au moins à mes yeux. 

Je me questionne toujours beaucoup :

sujette comme de nombreuses femmes au complexe de l’imposteur, je doute systématiquement de mon point de vue. 

  • Et pourquoi le mien serait-il plus juste que celui de mon interlocutrice ?

  • Et si elle avait raison, et moi tort ?

  • Est-ce que vraiment, mon raisonnement est assez fouillé, construit, argumenté, logique ?

  • Et si je continue à défendre mon bout de gras, est-ce qu’on ne va pas me trouver hargneuse ? Que va-t-on penser de moi en tant que personne ?

Et puis, un jour, j’ai compris que mûrir, c’était accepter de ne pas être d’accord avec tout le monde.

Accepter de ne pas faire l’unanimité.

Accepter que tout le monde ne m’aimera pas et même : renoncer à être aimée de tous.

Le jour où j’ai compris que ma peur de m’affirmer était liée à une peur de ne pas être aimée, j’ai vraiment grandi. Et je peux te dire que c’était il n’y a pas si longtemps.

Les réseaux sociaux sont une source d’enseignements infinie dans ce domaine :

apprendre à être soi, et s’affirmer face aux autres.

Nous y sommes confrontées à des personnes qui ne sont pas forcément nos meilleures copines dans la vraie vie. Parfois, ces personnes nous disent le fond de leur pensée avec plus ou moins de délicatesse. Plutôt moins, que plus.

À chaque fois que cela m’arrivait, je m’effondrais intérieurement et je gémissais : « Mais pourquoi elle ne m’aime pas ??? »

Mais voilà : je ne peux pas être aimée de tout le monde.

Mes réflexions sembleront toujours criticables pour certaines. Dois-je pour autant jouer au caméléon et tenter de brosser tout le monde dans le sens du poil ? Certes non, ce ne serait ni respectueux de moi, ni de mes interlocutrices.

Sur les réseaux sociaux, il m’arrive aussi de ne pas pouvoir, matériellement, répondre à tout le monde, ni de manière aussi détaillée que je l’aurais souhaité, parce que je n’ai pas le temps, et que prendre du temps à ma famille, ou racler encore un peu plus sur mes moments de ressourcement personnel (c’est-à-dire, mon temps de lecture du soir après la lessive et la paperasse) pour le consacrer à des inconnues n’est bien sûr pas souhaitable. Alors, je fais au mieux dans le temps que je peux y consacrer, et j’accepte que peut-être, on m’en voudra pour ça.

J’accepte d’être limitée dans mes possibilités.

J’accepte que parfois, j’écrirai des boulettes (et c’est sans doute déjà fait), ou je me contredirai. Je ne suis pas un algorithme doublé d’un moteur de recherche, mais une personne faillible.  

J’accepte de ne pas être d’accord avec tout le monde, et le dire. Ce faisant, je renonce à faire l’unanimité : comme dit le proverbe, l’ami de tout le monde n’est l’ami de personne.

J’accepte de ne pas être comprise, d’être comprise de travers, que mes propos seront parfois déformés en toute mauvaise foi. C’est ainsi. J’accepte de ne pas pouvoir tout contrôler, et je renonce aussi à contrôler parfaitement tout ce qui pourrait découler de mes paroles.

Toutes ces petites renonciations, mises bout à bout, me permettent de sortir de la volonté de plaire, pour entrer dans l’acceptation de moi et de mon imperfection. Tout le monde ne m’aimera pas. Mais je suis suffisamment aimable pour celles et ceux qui comptent vraiment pour moi. Et en premier lieu :

je m’aime suffisamment pour me dispenser d’avoir besoin de l’amour de tous.

Comme moi, tu aimerais t’aimer assez pour ne pas (trop) te soucier de ce que les autres pensent de toi ? Raconte en commentaire !



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Cet article a été écrit par :
Marie Chetrit

Scientifique de formation et de profession mais littéraire de cœur, Marie Chetrit partage sur son blog de petits textes sur les moments rigolos ou exaspérants de sa vie familiale. Elle et son fabuleux époux ont chacun un grand d’une première union et deux petits diablotins ensemble.
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