Coincées dans la salle d'attente - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Coincées dans la salle d’attente

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Un an et aucune fin à l’horizon. Depuis plus d’un an, nous faisons face, mondialement, localement, individuellement à la montagne du Covid. J’ai d’abord pensé titrer cet article « Il est temps de relever la tête ». Mais en vrai, je me dis surtout qu’il est temps de se cacher au fin fond de son lit et de se réveiller quand tout sera passé !

Quand quelque chose d’inattendu nous surprend, nous fonçons la tête dans le guidon et n’avons pas toujours ni le temps ni les forces d’analyser notre réaction, de la planifier, de la modeler. Le premier confinement nous a tous plus ou moins surpris : on nous a poussé dans l’eau.

Il a fallu réagir sans trop réfléchir, s’adapter constamment aux nouvelles contraintes, essayer de survivre un jour après l’autre sans péter tout le temps des câbles. Ont suivi la deuxième vague, le deuxième confinement. On essaie de garder la tête hors de l’eau… mais c’est long, très long, trop long. Et à un moment donné, on doit commencer à réfléchir à la façon dont nous allons pouvoir nager dans un environnement tel que celui que le covid nous impose.

Comment tenir dans cette pandémie sur le long terme ?

  • Comment ne pas s’essouffler dès le matin ?
  • Comment ne pas être tellement sur les nerfs que notre entourage paye cash ?
  • Comment ne pas devoir fuir la réalité sur le net, dans un verre d’alcool ou une barre de chocolat ?
  • Comment ne pas perdre notre joie de vivre, notre légèreté ?
  • Comment ne pas nous faire constamment bouffer par la colère ou la peur ?
  • Comment ne pas complètement perdre les pédales ?
  • Ou encore comment ne pas se reprocher en permanence de ne pas mieux gérer ?
  • Comment ne pas perdre de vue que ça changera un jour ?
  • Comment ne pas constamment regretter tout ce qui n’a pas lieu ?
  • Comment être l’architecte de ses plans de vie malgré tout cela ?
  • Et puis, comment ne pas rendre la situation encore pire pour ceux qui nous entourent ?

J’ai l’impression qu’on nage dans un entre-deux, dans une situation hautement inconfortable pour beaucoup. On n’était pas prêt, on n’en avait pas envie, et tout cela peut se révéler hautement traumatique pour beaucoup d’entre nous : nos familles, nos enfants, nos parents et grands-parents, nos voisins.. 

On en souffre tous, plus ou moins fortement. Le poids de la pandémie pèse lourd sur toutes nos épaules et pourrait donner l’impression d’être en train de nous noyer.

On aimerait pouvoir fermer les yeux un instant, les rouvrir et ne plus rien savoir du pangolin, du corona, des particules aérosols, des masques FFP2.

J’ai essayé, ça ne fonctionne pas.

Bien entendu, on peut éteindre le journal télévisé et éviter le sujet sur les réseaux sociaux, ça aide à ne pas penser qu’au virus mais ça ne change rien à la réalité.

Un entre-deux qui s’éternise, la fin reste ouverte : personne ne peut dire quand on pourra enfin se faire la bise sans hésiter, souffler sur un gâteau d’anniversaire sans se dire que c’est un sport à haut risque. J’ai mis du temps à comprendre que je me sentais comme dans une salle d’attente. Et puis, ça m’a rappelé le processus d’adoption de notre petite Pia.

Quand tu commences à reconnaître un truc que tu as déjà vécu, tu peux tout doucement te dire :

« Je me souviens et même si je me sentais coincée et que je pensais que jamais ça ne s’arrêterait, je m’en suis bien sortie, je peux y arriver ».

Laisse-moi te raconter un petit peu ce qui s’est passé chez nous il y a 10 ans. Le 6 décembre 2011, l’assistante sociale nous avait dit que notre dossier était accepté et que nous étions donc aptes à devenir les parents adoptifs d’un enfant. Elle nous avait demandé : « Êtes-vous prêts tout de suite ou avez-vous besoin d’une pause d’abord ? ». Et comment, j’étais prête ! J’attendais ce bébé, je le voulais au plus vite, de préférence avant Noël. À chaque fois que le téléphone sonnait, je sursautais, les filles demandaient :

« Un bébé ? Un bébé ? ».

On était tous en état d’alerte.

On n’attendait que ça, qu’on nous appelle pour nous dire qu’enfin on ferait connaissance avec notre troisième enfant. On nous avait dit que les enfants porteurs de trisomie 21 devaient parfois attendre pour qu’une famille adoptive se présente. J’en avais déduit que tout irait vite. Et pourtant, rien. Les jours ont passé et aucun coup de fil ne dérangeait ma routine. Les semaines sont devenues des mois et j’avais horreur de cet entre-deux :

  • Tu attends, mais tu ne sais pas combien de temps, en fait, tu ne sais même pas si un jour tu auras ce troisième enfant.
  • Tu essayes de faire des projets mais tout peut constamment tomber à l’eau.
  • Tu sais que le jour où le téléphone sonnera, tu devras sauter dans ta voiture et ce sera « ton accouchement ».

Aucun plan de grossesse, aucune date probable de naissance, tu ne cnnais ni le sexe, ni l’âge de ton futur enfant, ni ce à quoi ta vie ressemblera quand tu seras maman d’un enfant porteur de trisomie 21.

Purée, j’ai perdu le nord plus d’une fois durant ces quelques mois.

  • Je ne savais pas si je devais profiter à fond des derniers moments avec mes grandes filles qui savaient monter les escaliers seules, ne portaient pas de couches et n’étaient pas compliquées pour un sou…
  • Je ne savais pas si je voulais continuer à travailler plus, si je voulais tenter l’aventure du doctorat, si je pouvais caler des dates de conférences.
  • J’étais coincée dans un entre-deux dont je ne pouvais même pas deviner l’issue.
  • J’ai dû réapprendre à vivre au quotidien, au jour le jour, à réduire mon niveau de nervosité, à apaiser mes angoisses sur l’avenir, à soupeser mes envies de carrière, à trouver mon centre, à conserver une communication constructive et apaisée avec mon mari, à aider mes filles à vivre au mieux l’attente et puis la transition que nous amènerait l’arrivée éventuelle de ce bébé.

Se retrouver dans un entre-deux, être l’adulte qui prend une décision pour sa vie. Ne pas dépendre trop de la situation extérieure. Se soucier d’avoir un sol assez solide sous ses pieds. Être là pour transmettre à ses enfants que « ça va », que « ça va aller », qu’on est avec eux et qu’on va y arriver. Arriver à attendre, arriver à accueillir, arriver à aimer, arriver à vivre heureux, tous ensemble…

Alors, oui, j’ai été secouée, j’ai fait des tours de carrousels internes et j’ai eu peur, j’ai douté, j’ai pleuré, mais j’ai cherché un soutien, des réponses, un réseau d’amis qui m’ont aidé à passer toutes ces turbulences. Et qu’est-ce que j’ai mis comme temps pour comprendre que chaque jour dans l’entre-deux était simplement un jour à vivre et qu’il était plus important que je protège mon équilibre pas à pas que de me projeter dans un avenir que je ne pouvais pas prédire !

Et si on faisait pareil aujourd’hui ? 

Si on s’arrêtait pour se demander comment nager calmement, en confiance et sereinement durant les heures, les jours, les semaines, les mois à venir ?

  • Comment être en équilibre pour passer au travers de cette épreuve sans avoir l’impression de perdre sa vie ?
  • Comment ne pas surprotéger nos enfants ? Comment ne pas les surexposer ?
  • Comment leur offrir un foyer rassurant, encourageant, plein d’amour et d’humour tout en naviguant dans la pandémie ?

Chère Fabuleuse,

Commence par te rappeler que ta réaction à la situation actuelle va influencer la manière dont elle sera vécue dans ta famille. Tu ne peux pas changer les autres mais tu peux travailler sur toi, sur ta réponse… et ce travail, par ricochet, va avoir une influence sur l’ambiance chez vous, sur ta santé, sur ton environnement.

Ne sous-estime pas ton importance, l’importance de ton bien-être et de ton équilibre durant cette pandémie.

Priorise autrement

En 2020, j’ai dit non à tout ce qui semblait à mal mettre mon équilibre si durement gagné. J’ai réduit mes attentes envers moi-même dans certains domaines et j’ai cherché les valeurs que je voulais porter durant ces mois d’entre-deux. Et j’ai décidé que le succès, durant cette phase, ce serait non pas d’écrire un prochain livre, de commencer trop de projets ou de « sauver le monde », mais de nourrir et préserver la joie, la reconnaissance, la légèreté et la confiance dans ma maison.

Donne-toi des permissions,

Permission de ne pas être méga efficace, permission de faire des balades au lieu de nettoyer le sol de la cuisine, permission de regarder les films Marvel avec les grandes quand la petite dort déjà au lieu de répondre aux mails, permission d’être parfois super fatiguée et de m’asseoir dans un fauteuil une demi-heure pour avoir un peu de pep’s quand Pia rentre de l’école, permission de pas trop m’en faire pour les « kilos corona » (comme mon mari les appelle si bien), permission de ne pas regarder les infos, permission de faire les trucs qui détendent les muscles de mes épaules (qui me font mal dès qu’un conflit interne devient trop important), permission de trouver mon bien-être important, permission de ne pas donner 100% dans tous les domaines, permission de me réjouir et d’être fière de mes ados et de notre relation, pétrie d’humour, de livres, de blagues idiotes, de musique et de regards qui tuent, de refus de bisous au réveil, de choses qui traînent partout…

Vis

Commence par des petits trucs, comme bien t’ancrer dans ton présent, checker si tu es détendue, regarder autour de toi, boire un verre d’eau en savourant sa fraîcheur, toucher le coton de tes coussins, prendre conscience que le sol te soutient, écouter ce qui se passe autour de toi.

  • Chercher à être vraiment dans le moment que tu vis.
  • Remercier ton corps pour tout son travail, ton coeur de battre depuis tant d’années sans interruption.
  • Réfléchir à tes rêves d’enfants, devenir le Sherlock Holmes de ton bien-être. 
  • Reconnaitre ce qui te détend, te nourrit, t’aide à vivre une belle journée.
  • Trouver des aides pratiques qui te boostent au quotidien. 

Comme une application de méditation qui t’aide à te concentrer de temps en temps sur ta respiration ou avec des citations qui t’encouragent chaque jour.

Nourris-toi du bon, du challenge qui t’entraîne à « aller plus haut » que tes limites actuelles, qui te donne envie de trouver ton style de nage, ton rythme, ta tribu.

Sois bienveillante envers toi-même, parle toi gentiment, sois une bonne maman pour toi-même, celle qui t’encourage, qui te trouve trop géniale et qui croit en toi !

Tu pourrais aussi rejoindre le Village des Fabuleuses

Tu investirais pendant un an dans un programme qui t’offre des outils ainsi qu’une communauté bienveillante. Je pense que cette année plus encore qu’une autre, au milieu de notre quotidien au goût amer du covid, les contenus qu’Hélène, Anna et toute l’équipe proposent seront d’autant plus utiles.

Cela pourrait justement être ce qui t’aide à trouver ton cap, ton équilibre, à prendre consicence de ta zone de confort et à oser en sortir.

Ce n’est pas une thérapie et ce ne sont pas des cours où il faut « montrer qu’on réussit ». Le Village, en plus d’outils concrets pour avancer, c’est une communauté qui bouge avec toi, dans le même sens, avec une grande bienveillance les uns envers les autres.

Parce qu’il nous faut parfois plus que nos propres outils, nos propres habitudes pour apprendre à nager confortablement au travers des événements de vie qui s’imposent à nous.

J’aimerais tant par cet article t’encourager et ne pas te décourager. J’aimerais tant être la voix qui te dit : « Pose des limites avant de te noyer complètement », « Prends soin de toi », « Crois en ta capacité de vivre cet entre-deux sans te perdre », « Deviens ce modèle pour tes enfants qui leur transmet la confiance dans l’avenir, dans leur capacité à rebondir sur les difficultés, à trouver la joie au milieu des eaux troubles », « Tu vas y arriver, on va y arriver ».

Alors, relevons la tête ! Il est plus que temps !



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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