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Aux mamans héroïques

Aujourd’hui, mes règles me mettent K.O. La scène est pathétique : je suis pliée en deux, avec cette désagréable impression d’avoir une enclume à la place de l’utérus. Heureusement, comme je travaille chez moi, je peux m’allonger. Le ventre lesté d’une bonne bouillotte (oui, je sais, il ne faut pas, ça file des varices), je tente de continuer à travailler sur mon ordinateur.
Impossible. Les contractions, trop puissantes, m’empêchent de me concentrer pour terminer mon travail. Et l’heure qui tourne.

« Dans ½ heure tu dois être à la sortie de l’école, alors ressaisis-toi », me murmure ma petite horloge intérieure.

Et qui dit sortie de l’école, dit aussi enchaînement fatidique de la fin de journée

À savoir : aller récupérer n°1 à pied en sortant le chien, puis filer en voiture récupérer n°2 chez sa nounou, gérer la colère du petit et du grand quand il faudra rentrer à la maison. Puis, une fois à la maison, gérer leur excitation et leurs disputes, lancer le bain, éponger l’inondation que ne manquera pas de causer n°2, tout en préparant leur dîner, les mettre en pyjama (oui, n°1 – bientôt 7 ans – ne sait TOUJOURS pas s’habiller tout seul), faire des pieds et des mains pour qu’ils avalent les légumes verts que j’ai préparés (mais pourquoi je n’ai pas simplement fait des pâtes ?), inciter n°1 à débarrasser la table, jouer avec eux, raconter des histoires, les séparer parce que ça crie, étendre une tournée de linge avec n°2 dans les bras, leur raconter encore une dernière histoire, leur faire se laver les dents, changer la couche de n°2 pendant que je répète à n°1 d’aller faire pipi, les mettre au lit, rouvrir la porte une première fois pour donner à boire à n°2, une deuxième fois pour lui rendre son doudou qu’il a balancé à l’autre bout de la chambre, monter voir n°1 qui n’a pas encore éteint, lui raconter encore une histoire.

Et, enfin, accueillir mon Fabuleux avec le sourire, sans lui sauter dessus pour lui raconter à quel point j’ai été héroïque malgré la douleur.

Vous imaginez bien que cette rapide visualisation ne me fait pas aller mieux. Bien au contraire. Mais l’heure fatidique approche. Et puis d’un coup, cette image s’impose devant mes yeux : moi, au fond de mon lit après une chimio, jaune et vaseuse, une bassine à portée de main.

Et je me dis :
« La bonne nouvelle, c’est que je n’ai que mes règles. »
« La bonne nouvelle, c’est que demain ça ira déjà mieux. »
« La bonne nouvelle, c’est que je n’avais pas d’enfants quand j’ai été malade. »

Et je me sens ridicule, tout d’un coup

Car je pense à ces mamans qui sont vraiment malades. Qui sont malades tous les jours. Qui n’iront pas forcément mieux demain. Qui vont chercher leurs enfants à l’école après avoir vomi dans la cuvette des toilettes. Qui se relèvent pour câliner un bébé alors que leur corps aurait juste besoin de rester au lit pour reprendre un minimum de forces. Qui cuisinent pour leur famille alors qu’elles ont le cœur au bord des lèvres. Qui sourient à leur enfant tout en remettant dans une enveloppe la dernière analyse qui révèle un regain de la maladie. Qui vont donner un bisou à leur grand alors qu’elles viennent d’ingurgiter un médicament dont leur vie dépend.

Ma manière à moi de rendre hommage à ces guerrières du quotidien, c’est de m’inspirer de leur courage ordinaire.

Refermer mon lit, mettre mes chaussures et préparer le goûter de mon fils. Prendre mon chien en laisse et partir à l’école. Car je peux me tenir debout, marcher, sentir le vent sur ma peau, respirer tranquillement, malgré la douleur. L’enclume est toujours là, dans mon utérus. Mais j’ai retrouvé mon sourire.

Et j’en adresse un immense à cette maman, adossée à la barrière devant l’école et qui arbore un bonnet discret sur son crâne que je sais chauve. Son sourire est un baume. Son regard m’inspire. Il me pousse à marcher avec légèreté vers le portail de l’école pour vivre à plein cette redoutable tranche horaire. À dépasser ma frustration d’aujourd’hui pour embrasser le quotidien qui m’attend, là maintenant, tout de suite.

 

profil anna latron

Depuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village ». Mariée à son Fabuleux depuis 9 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 6 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 2 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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  • Marilyne Fournier

    Très joli texte qui nous guide à la réflexion, à relativiser, je trouve ca tellement vrai.
    Ce texte m’a émue aux larmes, peux être car d’en mon entourage une amie est atteinte du cancer avec 2 enfants et je la vois traverser cette épreuve avec tant d’humilité et sans plaintes, peux être parce que je vous trouve vous aussi fabuleuses de relativiser ainsi, et eux être que c’est ma façon à moi d’affronter les mauvais moments de vie, de leur donner sens en RELATIVISANT pour aller mieux. Merci pour ce texte vous êtes fabuleuses