Je ne dépense pas d'argent pour moi - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Je ne dépense pas d’argent pour moi

Maria Balmès 31 mars 2026
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Attention, sujet sensible. Pour te mettre à l’aise tout de suite, sache que j’ai un rapport complètement névrosé à l’argent.

Il faut le dire : j’ai un petit côté Picsou.

J’ai soigneusement épargné chacun des euros apportés par la petite souris pour mes dents de lait. Je n’ai acheté ni bonbons, ni cartes pokémons (oui, c’était l’époque), ni billes. Je me suis retrouvée à l’adolescence au sommet d’un formidable capital d’environ 20€ (je te passe les conversions liées au passage du franc à l’euro), qui m’a paru soudain dérisoire puisque je pouvais désormais gagner autant en une soirée de babysitting. J’aurais clairement dû me goinfrer de bonbons à 8 ans.

Mais j’ai continué à épargner.

Je crois que cela s’appelle de l’avarice et que l’Église catholique la compte parmi les 7 péchés capitaux (mais bizarrement, les curés n’en parlent pas trop dans leurs sermons).

Pourquoi je te raconte tout cela ? Parce que chez Fabuleuses, on apprend à prendre soin de soi, et que cela passe parfois par dépenser de l’argent. Or, chez moi, ça pique. Je ne te parle même pas ici de m’offrir une semaine de vacances au Club Med, ni même un massage.

Je te parle de ma vision déformée de la réalité,

qui m’empêche de m’acheter un livre ou un pain au chocolat quand je vais mal – ou qui me fait perdre un temps précieux pour trouver le panier optimal de vêtements d’occasion sur Vinted (au lieu, précisément, de lire un roman en mangeant un pain au chocolat).

Je constate chez moi un cercle vicieux.

Plus je vais mal, plus je devrais prendre soin de moi, y compris par des petites dépenses. Mais plus je vais mal, plus je me sens en insécurité, et moins je dépense. Je sais que certaines ont le problème inverse, celui des achats compulsifs. Je sais que d’autres ont de vrais soucis pour boucler les fins de mois. Je ne vous oublie pas (attendez la suite !). Mais je suis sûre qu’il y en a plein d’autres qui comme moi ont une peur irrationnelle de manquer. 

Mon avarice (assumons le terme) ne dit pas grand-chose de la réalité de mon compte en banque.

Elle reflète trois choses :

1. Une insécurité fondamentale,

2. Mon état émotionnel négatif du moment,

et 3. Un manque de considération pour mes besoins.

Alors, je me soigne. Je me confronte aux chiffres réels de mon compte en banque et je fais des budgets incluant un poste « Livres, pains au chocolat et assimilés ».

Je fais aussi confiance à mon mari quand je sens que je suis déconnectée de la réalité. Je colle des post-its dans mon appartement : « J’ai de la valeur, j’ai le droit de prendre soin de moi ».

Et puis parfois, je tente des petites folies

pour constater que tout se passe bien, et pour envoyer symboliquement un message fort à mon inconscient : « Je suis précieuse ! ».

Mais récemment, je me suis pris une claque.

On pourrait croire qu’en tant qu’avare de service, je suis au moins capable de bien profiter des petits plaisirs gratuits ?

Et bah, même pas ! Comme quoi, mon rapport à l’argent dit quelque chose de plus profond sur mon rapport à la vie ! Il y a pourtant plein de choses gratuites qui m’enchantent : marcher en forêt, faire un câlin, emprunter un livre à la bibliothèque (j’adore les bibliothèques)…

Quand je vais mal, je ne dépense pas, mais je ne goûte pas non plus à ces joies.

C’est ma capacité à recevoir qui est encrassée.

Ma psy m’a dit aujourd’hui : « On dirait que vous n’arrivez pas à profiter de tout cela parce que vous courez après autre chose : que cherchez-vous au fond ? »

Je n’ai pas su répondre. Et puis, je me suis souvenue du seul moment de ma semaine qui m’a vraiment profondément comblée : une discussion en cœur à cœur avec ma belle-sœur, où j’ai pu me montrer vulnérable, et où je me suis sentie aimée. 

Voilà. C’est ça. J’ai besoin de me sentir aimée.

Et l’amour, ça ne s’achète pas.

En revanche, il faut se laisser aimer. Tout commence par là. C’est en acceptant de se laisser aimer que l’on peut pacifier notre rapport à l’argent. L’amour permet de se sentir suffisamment digne d’intérêt pour s’offrir un livre qui nous fera du bien. L’amour peut aussi combler en nous ce vide qu’aucun achat compulsif ne saura combler (heureusement pour toutes celles dont le compte en banque avoisine zéro !).

Encore faut-il commencer par se laisser aimer.

Or, comme le dit souvent Hélène Bonhomme : 

L’amour est un mot de cinq lettres qui s’épelle t-e-m-p-s.

Se laisser aimer, cela veut dire notamment laisser de la place dans son emploi du temps pour des relations où l’on reçoit de l’amour. L’argent est une ressource rare, mais le temps l’est encore plus.

Au lieu de budgéter finement mon argent, et si je budgétais aussi mon temps ?

Et si je décidais cette semaine d’un créneau horaire pour voir ou appeler quelqu’un avec qui je peux être pleinement moi-même ? L’amour est déjà là. Et si je décidais de me montrer suffisamment vulnérable pour l’accueillir ?

J’ai commencé en te parlant d’argent et je te parle maintenant d’amour. Cet article est-il niais ? Je ne le crois pas.

Entre ces deux puissances qui régissent le monde, il nous faut choisir !



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Cet article a été écrit par :
Maria Balmès

Maman d’une petite fille, elle a vécu l'épreuve de la dépression post-partum. Ses textes cherchent à apporter beaucoup de douceur et d'espoir aux mamans dans la tourmente. Elle s'appuie sur son expérience thérapeutique (des psys, elle en a vu), sur des concepts philosophiques (c'est son métier) et sur les judicieuses remarques de son mari (qui ne perd jamais le nord dans les tempêtes).

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