Amande Marty : “Après la mort de son enfant, on peut retrouver un apaisement et la joie de vivre !” - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Amande Marty : “Après la mort de son enfant, on peut retrouver un apaisement et la joie de vivre !”

Hélène Bonhomme 4 juin 2019
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Amande, à l’initiative du projet “Et je choisis de Vivre”, a perdu son petit Gaspar, décédé à la veille de son premier anniversaire. Cette trentenaire, aujourd’hui maman de deux autres enfants, témoigne du long parcours qui lui a permis de renouer avec la joie de vivre et donne des clés aux personnes endeuillées ainsi qu’à leur entourage.

Votre objectif, dans ce film, est simple : réapprendre à vivre en vous inspirant de rencontres d’autres personnes ayant vécu la perte d’un enfant. Comment avez-vous eu cette idée ?

À la mort de Gaspar, avec mon conjoint, on s’est sentis tellement démunis ! On manquait d’informations sur ce qui nous attendait, sur ce qu’on allait traverser. Ce que nous vivions était tellement intense, tellement difficile, que je me demandais si un apaisement était possible. Nous avons été accompagnés par des thérapeutes, mais je ressentais l’envie de rencontrer des personnes qui pouvaient me dire que ça allait s’apaiser, qu’on allait pouvoir faire des projets, retrouver une joie de vivre… Je me suis dit : si moi j’ai ces sentiments aussi forts, je ne dois pas être ma seule à me poser toutes ces questions ! À l’hôpital, je ressentais déjà cette envie de partager avec d’autres personnes touchées par le deuil. Je me suis rendue compte qu’avec le papa de Gaspar, on avait de la chance d’être très bien accompagnés par nos familles, nos amis et des thérapeutes, mais à l’hôpital, j’ai rencontré des personnes très seules face à la perte de leur enfant. J’ai donc voulu penser ce voyage comme un moyen de partager le soutien que nous avions reçu.

Il y a des mots pour désigner le fait d’avoir perdu ses parents ou son conjoint, pas pour désigner le fait d’avoir perdu son enfant. Perdre son enfant, serait-ce une épreuve “tabou”, dont on ne veut pas parler ?

Oui, le deuil est une sorte de tabou. Ça n’est pas un tabou dans le sens où ça n’est pas mal vu par la société, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a un manque d’éducation sur le sujet du deuil en général ! Et plus largement, on a beaucoup de mal à parler d’intimité, de notre vie personnelle…et le deuil, lui, vient directement toucher à cette partie très intime. En plus, comme on ne connaît pas le processus du deuil, on ne sait pas comment en parler et encore moins comment l’accompagner ! Il y a véritablement une méconnaissance du processus du deuil et un immense besoin de se l’approprier : pour ceux qui le vivent directement, mais aussi pour l’entourage. Comment en parler ? Comment se rendre proche des personnes qui le traversent ? Ce sont des questions auxquelles le film souhaite répondre.

L’expression “faire son deuil” vous semble inappropriée ?

Dans le film, je rencontre le psychiatre Christophe Fauré, qui dit très clairement que faire son deuil ne veut rien dire et qu’il s’agit d’une traversée. C’est cette idée centrale qui nous a poussé à imaginer la plateforme “Mieux traverser le deuil”. L’idée, c’est qu’il n’y a pas de fin, mais qu’à un moment donné, un apaisement est possible. Le deuil est une histoire d’intégrer la perte, d’accepter de faire vivre l’autre autrement, et aussi de se laisser traverser. Il n’y a vraiment pas de fin, pas de moment où on dit “C’est fini !”.

Notre chemin est transformé, traversé, par l’expérience de ce deuil qui est toujours en nous. Ce qui va souvent de pair avec l’expression “faire son deuil”, c’est l’idée de l’oubli. C’est une fausse croyance ! Le deuil, c’est le processus qui permet d’intégrer la personne, sa perte, savoir qu’on n’a plus à la chercher ailleurs, à l’extérieur. Mais attention : dire que le deuil ne se termine jamais ne veut pas dire que la douleur ne disparaît jamais ! En revanche, cette souffrance qui nous fait douter de notre envie de vivre, qui nous fait penser que l’on arrivera pas à avancer, il y a vraiment un moment donné où elle est plus douce, moins présente au quotidien.

Au fil de votre parcours initiatique, vous trouvez peu à peu des clés pour traverser cette épreuve. Quelles sont-elles ?

Je pense d’abord à l’importance de la communauté, dans le sens d’ouvrir un espace de parole et d’en parler aux autres. C’est compliqué aussi pour les gens qui sont à côté de savoir comment bien faire… Du coup, j’encourage l’endeuillé à ne pas hésiter à ouvrir la porte et à dire ses besoins parce que souvent les autres ont peur de blesser. Exemple de ce que l’on peut dire :

“Ce que je souhaite, c’est de continuer à dire et à entendre son prénom, de recevoir un petit message pour les dates anniversaire, de planter un arbre ensemble”.

L’idée, c’est d’ouvrir la porte au partage et à la parole !

L’autre piste que j’ai découverte, c’est la mise en place de petits rituels. Le rituel relie, permet de partager et de ramener quelque chose de vivant.

Voici une autre clé que j’ai découverte à travers ces rencontres : prendre du temps pour son intériorité, cultiver un espace de présence à soi. C’est difficile d’en prendre conscience mais on a vraiment besoin d’être seul ! En ce qui me concerne, dans les premiers temps qui ont suivi le décès de Gaspar, je ne voulais jamais être seule : c’était trop inconnu, j’avais peur de me retrouver face à moi-même. Mais dès que c’est possible, apprendre à s’observer, à s’accueillir, à accueillir les sentiments et les émotions qui nous traversent. Je pense que plus on s’accueille, plus on accueille toutes les émotions qui nous traversent, plus ça favorise le processus.

Il s’agit d’accueillir toute forme d’émotion : la joie, par exemple ! Non, il ne faut pas être triste tout le temps : on a le droit ressentir toutes les émotions. Dès qu’elles sont plus légères, il faut s’autoriser à les vivre ! L’idée, c’est vraiment d’être dans une forme de non jugement envers ce que l’on peut ressentir.

Comment avez-vous vécu cette expérience en couple ? Comment respecter la façon dont l’autre fait son deuil ?

On a essayé de parler très régulièrement : là où on en était, comment on se sentait, etc. On s’est vite rendu compte qu’on n’avait ni les mêmes idées, ni les mêmes points de culpabilité, ni même les mêmes souvenirs de Gaspar.

Avec mon conjoint, on a pas mal travaillé sur nos besoins : moi, j’avais besoin de rencontrer des gens qui avaient vécu la même chose que nous, de lire beaucoup de choses sur la mort et le deuil, des témoignages de parents ayant perdu un enfant. Guillaume n’avait pas du tout envie : lui, il avait besoin de faire des choses, de se sentir utile. Écouter l’histoire des autres rajoutait à son angoisse ! J’avais tendance à le forcer à lire, pour qu’il “comprenne” la mort et le deuil…

En fait, j’avais simplement besoin de me sentir totalement comprise dans ce que je vivais. Du coup, quand j’ai compris ce besoin, on a pu mettre en place des petites choses en fonction du besoin de chacun. Exemple : on passe une demi-heure à parler, avec d’abord 15 minutes où l’un parle et l’autre écoute, puis 15 minutes où l’autre parle et le premier écoute à son tour. L’idée, c’est d’identifier son besoin et de mettre en place ensemble de quoi le nourrir.

Au début, mon conjoint ne voulait pas apparaître dans le film, mais il a évolué finalement, pour montrer qu’il avait participé au projet à sa manière.

Il y a cette question : “Vais-je oublier mon enfant ?”. Avez-vous trouvé la réponse à cette question ?

C’est lié à la question du deuil, et plus précisément à la question de l’intégration. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir intégré Gaspar : il est en moi, je peux me connecter à lui, à l’amour que j’ai pour lui et il n’y a pas d’oubli possible ! Un des témoins du film dit d’ailleurs : “C’est dans nos cellules!”

En tant que maman, de toutes façons, on ne peut pas oublier celui que l’on a porté. On peut oublier certains détails, mais au niveau corporel et au niveau des sensations, il y a quelque chose que l’on ne peut pas oublier.

Depuis la perte de Gaspar, nous avons eu deux enfants. L’envie d’avoir plusieurs enfants était déjà là avant son décès mais ce qui nous a guidés, c’est cette idée que la vie continue, au niveau professionnel, au niveau de nos amitiés, mais aussi au niveau de notre famille !

Pour notre premier enfant né après la mort de Gaspar, on voulait aller au-delà de la douleur. On ne voulait pas d’enfant de “remplacement”, mais c’est sûr que ça donne de la vie, ainsi que de nouvelles raisons de se lever le matin ! Ce qui nous a aussi aidé sur ce sujet, c’est que Gaspar n’a jamais eu de diagnostic, donc nous n’avons pas eu de peur spécifique concernant des grossesses ultérieures.

Au sein de notre communauté, certaines mamans ont perdu un ou plusieurs enfants. Qu’auriez-vous envie de leur dire ?

Je recherchais un espoir d’apaisement en faisant le film et, maintenant, j’en suis sûre : oui, un apaisement est possible et on peut retrouver la joie de vivre ! Il faut beaucoup de courage et de patience mais il y a encore de beaux moments à vivre. Ça vaut le coup d’accompagner le processus naturel qu’est le deuil – car il y a une force de vie qui oeuvre en nous pour la reconstruction – afin d’avancer plus rapidement et sortir de cette phase de détresse.

Bande annonce :

Au cinéma actuellement : Et je choisis de vivre,

un film de Damien Boyer et Nans Thomassey, avec Amande Marty.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Bonhomme

Fondatrice du site Fabuleuses au foyer, maman de 3 enfants dont des jumeaux, Hélène Bonhomme multiplie les initiatives dédiées au bien-être des mamans : deux livres, deux spectacles, quatre formations, la communauté du Village, une chronique sur LePoint.fr et un mail qui chaque matin, encourage plusieurs dizaines de milliers de femmes. Diplômée de philosophie, elle est mariée à David et vit à Bordeaux.

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