À toi qui vieillis, j’aimerais dire… - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

À toi qui vieillis, j’aimerais dire…

femme qui vieillit
Valérie de Minvielle 17 octobre 2022
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C’était hier, dans les vestiaires de la salle de danse. Elle me dit : « Je ne sais pas ce qui me prend, je n’y arrive plus. Je cours, je suis fatiguée, mon corps ne suit plus ». De quoi parle-t-elle ? 

Elle parle de l’âge qu’elle traverse. Elle parle de sa difficulté à se voir vieillir.

Elle vient d’avoir 46 ans. Je la trouve belle comme le jour. Elle se sent flétrie, rouillée. 

L’âge de mettre des enfants au monde est terminé. L’âge où elle n’avait besoin que de 24 heures pour absorber une fête trop arrosée est terminé. 

Après 45 ans, alors même que ses enfants ne la réveillent plus la nuit, elle dort mal, par tranches de quelques heures. Et ça l’énerve. 

Elle constate, en reprenant les cours de yoga après une interruption de deux mois, qu’elle n’arrive plus à faire les postures que pourtant elle réalisait avec facilité avant l’été. Et elle se juge : « Tu te rends compte : quelle violence je fais subir à mon corps avec toutes ces tensions ! Comment j’ai pu m’infliger ça ? ». Ses épaules s’affaissent : « En plus j’ai les hormones en pagaille, je ne sais pas si ce sont des signes de la ménopause qui s’annonce… Avec les enfants et la reprise du boulot, je ne m’en sors pas ». 

L’âge où elle se sentait pleine de vie est passé. Joues pleines, ventre plein, hormones abondantes.

Son utérus n’abritera plus la vie d’un enfant, mais il reste un berceau de création. 

Elle entre dans l’âge où elle va pouvoir rediriger sa créativité vers d’autres projets, peut-être en-dehors de sa famille.

Mais avant cela, il y a une transition à opérer. Les niveaux de fluide baissent, la peau se marque de sillons, les cernes se creusent. Elle voit apparaître quelques trous dans l’emploi du temps, des vides angoissants qui se superposent à ce qui, jusque-là, faisait le sens de sa vie. 

Elle est en plein sur le seuil de cette porte. 

Qu’est-ce qui l’empêche de la franchir ? La difficulté à renoncer à cette période “maternelle” ? La peur de vieillir ? d’être moins aimée, moins belle, rejetée ? La peur de ne plus être capable de travailler ? La peur de ce qu’elle va trouver derrière la porte ? 

J’ai envie de lui dire que cette nouvelle phase de vie comporte, comme chaque phase, ses défis et ses cadeaux, aussi. 

J’ai envie de l’encourager à questionner ses peurs, pour ne pas rester sur le seuil. 

J’ai envie de l’aider à abandonner ses jugements terribles sur elle-même, pour adopter une attitude de compassion : « Oui, je me sens fatiguée, perdue, moche. C’est désagréable à vivre et j’ai envie de m’occuper de ce qui m’arrive et que je ne comprends pas »

J’ai envie de lui demander : « Maintenant que tu as repris le boulot, tes dépenses d’énergie ont augmenté. Peut-être que cette fatigue te dit que ton corps, ton cœur et ta tête ont besoin d’être nourris d’encore plus d’énergie qu’avant ? »

Je la vois répondre à une jeune femme qui s’inquiète d’avoir oublié les chaussettes pour sa fille de 3 ans, haute comme 3 pommes dans un minuscule tutu rose éclatant : « C’est mignon, vous vous inquiétez pour l’oubli des chaussettes, ça n’a aucune importance, elle va danser pieds nus votre fille ». Puis elle se tourne vers moi, attendrie : « Ça me rappelle des souvenirs, ces moments, quand les enfants sont petits, où tu es sans cesse sur le pont et tu te perds dans des détails ».

Justement, j’avais encore envie de lui dire :

« Tu entres dans un âge où il s’agit moins de faire que d’être.

Tes enfants grandissent, ils gagnent en autonomie, tu prends du recul, tu ne laisses plus les détails t’encombrer la vie, tu assumes tes choix plus facilement, tu vas vivre un autre rapport au temps, et surtout, tu vas découvrir le plaisir de la présence. Ta présence aux autres, ta présence à toi-même, ta présence au monde. Celle qui est tissée de paix, celle qui se confond avec la nature, celle qui n’a plus besoin de se dire pour être transmise, car elle se sent, elle se dégage de toi comme la rose dégage son parfum délicat. »

J’ai envie de lui mettre une main chaude sur l’épaule et de lui dire, comme à la petite fille qui avait oublié ses chaussettes : « Vas-y comme tu es, avec tes rides et ta fatigue, écoute tes nouveaux besoins, abandonne-toi tout entière à ce nouveau chapitre de ton existence, car ta vie est loin d’être finie ! »



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Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Psychologue clinicienne, Valérie de Minvielle fonde après 20 ans d'expérience professionnelle "Ma Juste Place", une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Elle est également l'auteur de "Trouver ma juste place - dans le quotidien de 7 femmes inspirantes" paru en janvier 2020.

https://www.majusteplace.com/

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