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À propos de la masturbation féminine

Hélène Dumont 24 février 2021
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Le plaisir féminin est à la mode. Pour certaines femmes engagées, il signe l’un des grands progrès de la révolution féministe. Si les femmes se battent depuis des années pour revendiquer leurs droits, aujourd’hui elles réclament celui de jouir sans culpabilité. « Que veut la femme ? », se demandait Freud.

En 2021, la femme veut jouir : cela est devenu politique.

Et si d’aventure son sexe ne répondait pas aux caresses de l’autre, la femme ose désormais braver ce qui fut longtemps tabou ou décrié pour connaître la jouissance : la masturbation. Les blogs expliquant l’art de se donner du plaisir fleurissent. Non seulement la femme peut jouir, mais elle peut le faire seule. 

Un chemin vers soi.

La masturbation autorise un chemin vers soi. Elle permet à la femme d’apprivoiser son corps et de prendre conscience de son fonctionnement. À son rythme, enveloppée de son intimité,   elle découvre les zones érogènes de son sexe, les sensations corporelles agréables qui l’accompagnent ou les pensées érotiques qui en découlent. 

Au-delà du plaisir, ce peut être une façon de se réapproprier son corps pour conjurer avec douceur les peurs ou les interrogations liées à l’histoire de chacune. À travers la caresse, reprendre ce qui a été interdit, dénigré, parfois violé : « J’ai peur de l’expérience du plaisir, mais si je m’accompagne, je saurai peut-être la partager avec un homme », me confie une jeune femme marquée par une éducation restrictive où la sexualité n’était pas nommée. Il s’agit de renouer avec son corps avant de laisser à l’autre la liberté de s’en approcher.  

Un palliatif.

D’autres femmes me confient se masturber plus facilement lors d’une période de stress, de tension, d’anxiété : la masturbation les apaise. Les témoignages sont multiples : « J’ai réalisé que je me caressais davantage lors d’une échéance professionnelle importante », ou « Je me suis beaucoup masturbée enfant et adolescente, j’étais tellement angoissée. C’était la seule chose qui me contenait. »

En effet, plaisir et orgasme provoquent la libération d’un bouquet hormonal produit par le cerveau : dopamines, endorphines, sérotonine, ocytocines (…). Les vertus de ce cocktail sont aujourd’hui multiples et prouvées. À la fois antistress, antidouleur et antidépresseur, la masturbation favorise également la détente et l’endormissement

Un sentiment de solitude.

Pour autant, la masturbation ne résout pas tout.

« J’ai pris du plaisir, mais au final, je reste seule avec moi-même. »

La masturbation peut dénoncer un manque au lieu de le combler. Elle force à la réalité : « Ce moment d’excitation me renvoie à la situation pathétique de notre couple, nous ne faisons plus l’amour », me dit une femme de 50 ans. La jouissance devient souffrance de ne pas être partagée, de ne pouvoir s’entremêler avec celle de l’autre.

Au-delà d’une compréhension psychologique, l’explication serait également biologique. La quantité de prolactine, hormone de la satisfaction sexuelle, libérée après un orgasme, serait moins importante lors d’une pratique masturbatoire que d’un rapport sexuel. Ce qui pourrait accentuer le fait de ne pas se sentir comblée et d’éprouver une sorte de creux ou de vide en soi.

Un geste ambivalent.

La masturbation peut entraîner un sentiment de culpabilité. Certaines femmes ne se sentent pas en accord avec leurs croyances, ce qu’elles vivent ou souhaiteraient vivre. Je pense à l’une de mes clientes plongée dans une situation qui venait malmener ses convictions profondes. Tombée amoureuse d’un autre homme que son mari, elle vivait un conflit intérieur d’une grande intensité, tiraillée entre le désir de vivre une relation extraconjugale qui la faisait vibrer et celui de rester fidèle. La fidélité était l’une des valeurs essentielles de son engagement de couple. Tout ce qu’elle avait pu construire, croire, s’effondrait soudainement, provoquant une tension psychologique et sexuelle immense.

Ce qu’elle vivait était inadmissible à ses yeux, impossible à accueillir et surtout à partager avec quiconque, craignant d’être jugée. Seule dans sa problématique, la masturbation est apparue comme une échappatoire, un espace de décharge, fantasmatique, la renvoyant inexorablement à la complexité de son histoire et à la difficulté de se positionner, abîmant au passage son estime d’elle-même. 

L’impossible rencontre. 

Si la masturbation autorise une rencontre avec soi et invite à la rencontre avec l’autre, elle peut également devenir un frein. Parvenir à l’orgasme en se débrouillant seule est une chose, le vivre dans un cadre relationnel peut devenir plus complexe. Je me souviens d’une cliente qui peinait à s’abandonner à la spécificité des caresses de son conjoint, alors qu’elle n’éprouvait aucune difficulté à se donner du plaisir elle-même.

Le rythme du corps de son mari, sa chaleur, ses baisers, ne parvenaient pas à la rejoindre. La rencontre, imparfaite mais réelle, auprès de cet homme qu’elle aimait, ne lui semblait jamais assez proche de son propre désir, creusant un sillon de rancœur : « Je le trouve impotent, lent, je dois tout lui redire à chaque fois ».

La seule jouissance qu’elle savait recevoir était celle qu’elle se dispensait : maîtrisée, urgente, ficelée, protégée du désir de l’autre. Accepter le plaisir dans sa différence induit une forme de déception. En acceptant de me laisser toucher par l’autre, au sens propre comme au sens figuré, j’accepte de m’oublier un peu. Il est question de patience et de confiance. Jouir implique de vivre une expérience au carrefour de son propre désir et du désir de l’autre.

La question de la masturbation dépasse celle du plaisir librement donné.

Quelle que soit son intensité, elle ne peut se réduire au résultat efficace d’un mécanisme bien rodé : se caresser, plus fort, plus vite. Reliée à la conscience de chacune, en fonction de son histoire, de ses croyances, la masturbation est profondément intime.

En cela, elle se dispense de tout jugement lapidaire. Révélatrice d’un élan sexuel comme indicatrice d’une souffrance diffuse, la question qu’elle soulève est celle de l’épanouissement sexuel, d’un point de vue personnel et relationnel. Dans cette perspective, c’est l’intention qu’il faut interroger ou accompagner : 

« La masturbation est-elle vécue librement ou est-elle le résultat d’une injonction sociétale, d’une tension, d’une fermeture que je ne sais dépasser ? »



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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