À lire à 2 heures du matin - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

À lire à 2 heures du matin

Hélène Bonhomme 13 octobre 2019
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Les rayons orangés du lampadaire traversent les rainures du volet roulant. De l’autre côté de la pièce, le chargeur de mon ordi diffuse une petite lueur verte. À moins que ce ne soit la LED du téléphone fixe ?

Les chiffres rouges défilent sur l’écran de mon réveil.

Déjà 2h03. La pire heure, je trouve : deux heures, ce n’est ni vraiment tard le soir, ni vraiment tôt le matin. C’est l’heure où je devrais me reposer, comme tous les autres membres de ce foyer.

Mes yeux ouverts sont maintenant si bien habitués au noir que par mes pupilles dilatées, je peux distinguer le tas de vêtements sur la commode, les draps en boule sur le fauteuil et les détails du tableau accroché au mur. Il penche un peu vers la gauche ; demain, il faudra que je pense à le remettre droit.

2h15. Mon mari respire fort.

À ce stade, je ne dirais pas que ce sont des ronflements — simplement les mélodieuses allées et venues de l’air dans les poumons d’un honnête homme qui a bien mérité sa nuit de repos.

2h49. Cette housse de couette est vraiment ma préférée, même si elle sent tout sauf le frais. Demain, lessive de draps.

Au-dessus de ma tête, des pas sur le plancher. La chasse d’eau s’écoule dans un tuyau qui doit passer pas très loin de ma tête. Encore des pas, puis plus rien. Mon fils est allé se recoucher tout seul. Encore un qui dort du sommeil du juste. Et moi alors ?

3h06.

Il me reste combien de temps ?

Si je parviens à m’endormir bientôt, si la petite se rendort après la prochaine tétée et si j’arrive à gratter 20 minutes avant que les grands ne débarquent dans notre chambre, il me reste trois heures, grand max.

Trois heures. Ça fait juste, quand même.

J’aurais mieux fait de ne pas regarder l’heure : cet exercice de calcul mental m’angoisse encore plus que les cauchemars où je perds mes dents. Parce que même si je parvenais à m’endormir dans les minutes qui viennent, ça ne me dit toujours pas où je trouverai la force de traverser la journée de demain.

C’est quand même le comble :

être en manque de sommeil, n’avoir besoin que d’une chose — dormir — mais rester là, dans le noir, les yeux grands ouverts, à me demander ce qui beugue chez moi. Le fameux « je suis trop fatiguée pour dormir. »

Ma gorge est serrée, mon ventre noué, ma nuque verrouillée. Minute après minute, au rythme de la soustraction du temps restant, mon espoir de trouver le sommeil s’étrique. J’inspire. J’expire. Je me parle à toi-même : “Tout va bien se passer”.

Tandis que les chiffres s’entrechoquent dans les parois de ma tête, mes pensées vont à toutes les autres fabuleuses qui, à cette heure-ci, comptent elles aussi les minutes qui les séparent de l’heure fatidique où le réveil va sonner (sous forme de radio, d’alarme de téléphone ou de cris d’enfants).

Puisque de toutes façons, je ne dors pas, je décide de me lever.

Je suis la lumière verte, je récupère mon ordi et je me mets à écrire. Ça ne rechargera pas mes batteries de sommeil, mais au moins ça m’évitera cette lugubre session de calcul mental. Ça m’évitera aussi de serrer la mâchoire de jalousie, au son des ventilations de mon mari qui dort à poings fermés. Et puis, ça m’évitera de stresser au sujet de tout ce que je ne parviendrai pas à accomplir demain. Et ça m’évitera de faire défiler la vie des autres en story — traîner sur Instagram, ce n’est jamais aussi démoralisant qu’à 2 heures du matin.

Assise à la table du salon, je suis donc emmitouflée dans une couverture qui traînait sur le canapé, et je fais cliqueter les touches de mon clavier.

Je pense à toi qui es en train de faire chauffer un biberon ou d’allaiter ton bébé. À toi qui, après avoir rassuré un enfant apeuré, ne parviens plus à trouver le sommeil. Je pense à toi dont les membres sont tendus à cause de l’attente de résultats médicaux, à toi dont l’estomac est tordu parce qu’objectivement, tu n’as aucune idée de comment tu vas pouvoir cocher toutes tes tâches du lendemain, à toi qui n’arrives pas à dormir à cause de la dernière dispute avec ton conjoint.

Je pense aussi à toi qui ne sais pas pourquoi tu ne dors pas :

parfois, il n’y a pas de raison et c’est peut-être encore pire, parce qu’on se flagelle en se disant qu’on n’a pas d’excuse et que vraiment, on devrait dormir — que ce n’est pas normal d’être éveillée à une heure pareille.

Je pense à toi dont les yeux sont ouverts pour regarder la lune par une fenêtre du village voisin. À toi qui, sous un ciel étoilé de France, de Suisse ou d’un autre fuseau horaire, es en train de te triturer le cerveau, comme moi, pour savoir combien de minutes il te reste et quelle équation tu as manquée pour manquer à ce point de sommeil.

Je pense à nous toutes, fabuleuses de la nuit. Et je fais un autre calcul mental : combien sommes-nous, vulnérables plus que jamais, à errer dans le noir de nos maisons et de nos émotions ?

Je ne t’écris pas pour te donner des techniques qui t’aideraient à trouver le sommeil.

Les recettes, c’est encore plus angoissant. Plus on compte les moutons, plus on se met la pression, et moins on comprend pourquoi on ne parvient pas à se laisser tomber dans les bras de Morphée. 

Si je t’écris, c’est parce que le pire, la nuit, c’est ce sentiment de solitude, cette impression que “tout le monde y arrive sauf moi”, cette angoisse d’être la seule à faire face au démon de l’insomnie. Pourtant, tu n’es pas vraiment seule : nous sommes si nombreuses, à l’heure même, derrière nos écrans, à douter de nos horloges internes et à broyer le noir de la nuit.

Alors je t’écris, au cas où à deux heures du matin, tu serais en train de checker tes mails. Je t’écris, comme cette amie à qui tu rêves d’envoyer un texto pour te sentir moins seule, mais que tu n’oses pas réveiller. Je t’écris pour te dire que malgré les difficultés, tu es une super maman et que tu vas y arriver.

Car ce dont tu as besoin, là maintenant, entre 2 et 3 heures du matin, c’est de te lâcher un peu les baskets. De t’octroyer le droit de traverser une phase compliquée. Le droit de ne pas t’infliger une double peine, en te jugeant toi-même pour cette incapacité à trouver le sommeil.

Ce dont tu as besoin, c’est d’un peu de compassion… d’un peu d’auto-compassion.

Et si tu m’as lue jusque là, sache que sans le savoir, tu viens d’en découvrir les ingrédients fondamentaux. D’après le Dr Kristin Neff), l’auto-compassion c’est :

  • La pleine conscience :

c’est regarder la petite lueur rouge ou verte de l’autre côté de la chambre, écouter les grillons qui chantent dans le jardin, accueillir sans les juger le noeud dans ta gorge ou la tension dans ton dos. C’est développer une attitude équilibrée envers tes émotions négatives : ne pas les ignorer, ne pas les exagérer non plus.

  • La bonté envers soi :

c’est te montrer bienveillante et compréhensive envers toi-même quand tu souffres. C’est te dire à toi-même des phrases que tu dirais à une amie : “c’est vrai que ce n’est pas facile”, “tu as le droit de ressentir ça”, “j’ai confiance en toi”, “tout va bien aller”.

  • Et puis le sentiment d’humanité :

c’est reconnaître que la souffrance et le sentiment d’insuffisance font partie de l’expérience humaine. Reconnaître que tout le monde passe par là. Reconnaître que même si c’est désagréable, c’est normal… et ainsi cesser de te chercher des poux à 2 heures du matin : si tu ne dors pas, ça ne signifie pas que tu es à côté de la plaque !

Si tu ne dors pas, ça signifie simplement que tu es un être humain. Tu n’es pas seule ! D’où l’idée de réexpédier ce texte à une amie qui à cette heure-ci, ne dort peut-être pas non plus 😉

Mes paupières s’alourdissent.

Je crois que le marchand de sable n’est pas loin. Avant de sauter dans le train du sommeil, j’aimerais te dire ceci : grande ou petite dormeuse, tu es fabuleuse. Commencer à le croire est un petit ajustement qui, tu verras, a le potentiel de changer beaucoup de choses dans ta vie.

C’est pourquoi chaque jour (ou chaque nuit), je t’envoie un petit remontant spécial maman.

J’espère que ces quelques lignes, à défaut de te donner une formule magique du sommeil, t’auront au moins permis de penser à autre chose pendant quelques minutes — de t’emmitouffler dans une douce couverture de bienveillance envers toi, et de prendre soin de de la fabuleuse qui est en toi.

3h37 : bonne nuit.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Bonhomme

Fondatrice du site Fabuleuses au foyer, maman de 3 enfants dont des jumeaux, Hélène Bonhomme multiplie les initiatives dédiées au bien-être des mamans : deux livres, deux spectacles, quatre formations, la communauté du Village, une chronique sur LePoint.fr et un mail qui chaque matin, encourage plusieurs dizaines de milliers de femmes. Diplômée de philosophie, elle est mariée à David et vit à Bordeaux.

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