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J’ai encore perdu mon temps à me comparer sur Instagram

Dans la série, « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », voici la dernière en date. Récemment, après une fin de journée assez pourrie – je ne me souviens plus de l’enchaînement exact des événements mais ça devait être, au choix, une prise de bec avec Monsieur ou une énième colère de Numérobis – je me suis mise sous la couette avec un livre, bien décidée à m’offrir le moment calme que l’Univers tout entier semblait refuser de me donner.

C’est alors que la chose s’est produite.

Sans même m’en apercevoir, je me suis retrouvée à scroller pendant plusieurs minutes mon fil Instagram. Mes yeux balayaient l’écran en même temps que mon doigt. Je me remplissais les yeux de belles images, certes, mais celles-ci me ramenaient encore plus cruellement à ma triste fin de soirée. J’avais beau savoir que c’était un moyen d’exorciser, de me changer les idées en voyant de jolies images, que c’était même assez puéril de poursuivre plus d’une minute, je continuais.

Un peu comme si j’avais ouvert un pot de Häagen-Dazs, que je savais que j’allais le regretter, mais que je plongeais encore ma cuillère dans la seule crème glacée capable de me faire tout oublier : la fameuse, l’unique, l’irremplaçable « Macadamia Nut Brittle ».

Quand enfin j’ai eu ma dose, j’ai lâché mon téléphone, le regard encore plus amer sur mon quotidien.

Autant vous dire que j’ai mal dormi.

(Vous aurez saisi l’euphémisme)

Le lendemain, mi-honteuse, mi-moqueuse, je raconte l’anecdote à une amie qui, je le sais, saura m’écouter vraiment sans m’asséner des conseils du style :

Ohlala, mais tu sais, les réseaux sociaux c’est vraiment mauvais !!

Pourquoi tu ne désinstalles pas tout simplement l’application ?

Non, cette amie-là sait que j’ai besoin des réseaux sociaux pour travailler, qu’ils sont un moyen de saisir des tendances et de repérer les états d’esprit. Mais elle sait aussi les travers de la chose, qui sait jouer sur nos bas instincts, dont le pire, chez nous mesdames :

La comparaison.

C’est alors qu’elle me confie avoir le même réflexe, les soirs où son moral est au plus bas : dégainer son smartphone histoire de vérifier la météo du lendemain et, tout à coup, se retrouver à scroller son fil Instagram.

En tant que graphiste, elle voit ce réseau social comme une source d’inspiration pour son métier. Et pourtant : elle le consomme trop souvent comme la tablette de chocolat que l’on sort du placard après une journée bien pourrie, histoire de finir encore plus écœurée.

Alors bien sûr, me direz-vous, nous pourrions tout simplement ne plus du tout aller sur Instagram, désinstaller purement et simplement cette application, mais là n’est pas la question. La question, c’est celle de notre penchant naturel pour ce que nous n’avons pas sous les yeux. Pour ce qui nous semble nous échapper. Nous être interdit. Notre penchant naturel pour ce qui nous manque.

Mais reprenons. Avec mon amie, nous rigolons un peu jaune sur notre tendance commune à la boulimie virtuelle. C’est alors qu’elle me confie une autre anecdote sur le sujet. Dernièrement, elle a accompagné les premiers pas de sa mère, jeune sexagénaire, sur Instagram. Celle-ci ne connaissant rien au principe de ce réseau social basé sur la photo, n’avait aucune idée des comptes auxquels elle avait envie de s’abonner. En guise d’exemple, mon amie lui a alors indiqué les comptes qu’elle suivait.

« Tu aurais vu sa réaction ! Elle était tout simplement effarée de voir ce que j’avais sous les yeux toute la journée. »

Ce qu’elle avait sous les yeux ?

  • Une jeune blonde hyper bien foutue qui vit à Tahiti et qui prend en photo son mari (le sosie de Brad Pitt jeune) prenant une douche en extérieur avec leur bébé dans les bras ;
  • Une ravissante jeune femme qui fait le tour du monde avec son homme et qui, chaque jour, poste un selfie à l’arrière plan encore plus paradisiaque que celui de la veille ;
  • Une blogueuse culinaire qui poste des photos de ses plats toujours plus inventifs, toujours plus colorés (tandis que celle qui les a postées ne prend pas un gramme, bien entendu) et dans une cuisine toujours plus nickel.

« Ma chérie, tu n’as pas l’impression de te faire du mal en ayant ça sous les yeux à tout moment ? Ne vois-tu pas l’effet que ça a sur toi ? »

L’effet que ça a ?

On se sent juste nulle, on a le sentiment que notre vie est juste affreusement banale (parce qu’on ne vit pas dans un cottage sur la plage à Tahiti), que notre ventre est trop flasque (parce que nous, quand on mange des cannellonis à la ricotta, ça se voit) ou notre poitrine trop petite (parce que l’allaitement est passé par là).

« Quand j’avais ton âge, ces filles-là existaient déjà, sauf qu’elles ne me narguaient pas chaque jour ! »

Cette maman bien avisée a donc prescrit à sa fille un remède assez radical : se désabonner de tous les comptes qui avaient les effets suivants :

  • Comparaison ni fructueuse ni inspirante
  • Dépréciation de son quotidien
  • Amertume

Devant mon amie, j’ai fait la même chose :

  • exit les blogueuses culinaires maigres comme un clou (parce qu’elles ne mangent jamais ce qu’elles postent, évidemment)
  • exit les mamans blogueuses « parfaites » (celles qui font tous leurs biscuits maison et qui transforment leur intérieur super coquet en centre aéré chaque mercredi)
  • exit aussi celles qui commencent la journée par 100 abdos (et qui pourraient casser des noisettes en serrant simplement les cuisses).

À l’inverse, j’ai continué – ou commencé – à suivre toutes celles et ceux qui m’inspirent :

  • par une pensée féconde et dynamique
  • par leur goût du beau (qui ne se résume pas à des photos de plages de sable fin ^^)
  • par un regard doux porté sur le corps et l’apparence physique
  • par une vision de la vie qui autorise et valorise la vulnérabilité

Et vous savez quoi ?

Je continue à aller sur Instagram, mais je me sens bien mieux une fois l’application refermée. Au lieu de ressentir une forme d’écœurement, je me sens comme « affamée » : l’encouragement, la motivation et l’inspiration reçus me donnent encore plus d’appétit pour vivre ma vie.

 

profil-anna-chroniqueuseDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

 

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  • pouicpouic22

    merci!!!!

  • Marie

    Merci à 200 % pour ce post ! C’est un article que j’aurai pu écrire tellement il me ressemble ! Et une fois que je rallume mon téléphone (il est éteint le dimanche depuis quelques semaines pour éviter toute cette pollution …) Je me désabonne de ces comptes qui me narguent et me complexent quand je les regarde ! Merci merci merci !