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Vivre sa sexualité en souveraine

souveraine
Hélène Dumont 7 décembre 2022
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Elle a 37 ans. Elle est « adulte », me dit-elle, mais son cœur et son corps abritent encore la petite fille qu’elle a été. Heureuse, obéissante et sage. Dans sa famille, on pouvait parler de tout, du monde comme de l’amour, mais on ne parlait pas du corps dans sa dimension érotique et sensuelle, ni de sexualité. Quand un questionnement à ce propos devenait gênant, on lui répondait : « La sexualité, c’est pour les grands, chut. N’en parlons pas, ce n’est pas pour toi. ». 

Elle a grandi, la voilà devenue femme, mariée depuis 10 ans. Elle connaît son corps, son sexe « dans les grandes lignes », elle observe son cycle menstruel. De l’amour pour son mari, elle en a. Il est charmant, drôle et respectueux. Elle aime sa présence, son odeur, sa voix. Elle apprécie les étreintes, les caresses et les baisers. Il fait partie de ces hommes qui ne forcent pas.  

Cependant, le désir et le plaisir sont-ils devenus possibles ? 

Théoriquement, oui. Elle est majeure et vaccinée, elle a bientôt quarante ans, elle est amoureuse, mère de deux enfants, professionnelle épanouie : elle n’a plus rien à prouver. Théoriquement, oui, désormais elle peut accéder à la sexualité. Elle le peut, mais elle peine. Son désir joue à cache-cache, son plaisir semble paresseux. Sa chair, ses sens, son ventre, son cœur, tout en elle voudrait répondre, mais soudain, le chant s’arrête. Plus de musique, plus rien. « A-t-elle le droit de désirer ? », se demande-t-elle. Peut-elle souhaiter jouir ? 

Allons plus loin : peut-elle oser dire qu’elle rêve de sensualité, de vagues chaudes, de vivre cette expérience d’abandon dans les bras de celui qu’elle aime, afin de se laisser submerger par la puissance sensorielle de leurs corps ? Les mots de son enfance, murmurés à voix basse, résonnent et semblent l’enfermer dans une croyance qu’elle a du mal à dépasser :

« Ce n’est pas pour toi. Ce n’est pas de ton âge. Chut. N’en parlons pas. »

La petite fille qu’elle a été ne parvient pas à grandir. Elle se débat, mais l’interdit parental s’est introduit dans son intimité, dans son univers fantasmatique. Il apparaît comme un feu rouge à chaque fois qu’elle entraperçoit une lueur d’érotisme. Alors, elle renonce et fait marche arrière, souvent malgré elle. Elle ne comprend pas. 

« Comment devenir femme ?, me demande-t-elle. Je sens que je n’ai pas ouvert toutes les portes de mon intériorité. Je voudrais tant mieux me connaître !  » 

Il ne suffit pas de « lâcher prise » pour être soi, dans la sexualité, ni de porter de la dentelle. Cela n’a rien à voir.

Être soi dans la sexualité, c’est être souveraine,

s’emparer de la couronne pour devenir reine, établir son corps en royaume et se croire assez libre, digne et grande pour vivre un voyage érotique sans culpabilité. Se l’autoriser.

Devenir souveraine, c’est choisir d’être femme, cesser d’être la fille de sa mère sans cesser de l’aimer. C’est accepter de la dépasser, d’être parfois plus heureuse ou plus jolie. C’est penser avec conviction qu’on a le droit de s’élancer, de jouir et d’aimer ; c’est exercer son autorité envers soi-même avec bienveillance et à son rythme.

« Tu seras une femme, ma fille »

De nombreuses petites filles connaîtront la joie de devenir femme accompagnée de leur mère ou de toute autre femme leur donnant envie de grandir. De nombreuses mères transmettront une image positive de la femme, en étant tout d’abord elles-mêmes heureuses de l’être, puis en acceptant de se laisser doubler par leur fille, plus jeune, mais surtout différente. Pourtant, force est de constater que recevoir ou transmettre l’idée d’un sexe vibrant et vivant est souvent plus complexe. Les mots sont parfois maladroits ou ne semblent pas exister. 

Néanmoins, ils sont essentiels.

Voici en substance le message qu’ils pourraient contenir : « Tu seras une femme, ma fille, tu appartiendras à la communauté des femmes, tu pourras travailler, aimer, devenir mère, et tu pourras aussi jouir, découvrir en toi cette énergie de vie, cette puissance te révélant à toi-même, comme à l’autre. »

Ces mots, offerts comme une parole d’autorisation à grandir, représentent la couronne.

Et c’est peut-être bien cela, devenir femme. Se saisir de la couronne quand on nous la tend, ou s’en emparer quand personne n’est là pour nous l’offrir. 

Défi complexe, à en croire les relations parfois difficiles entre mères et filles, surtout lorsque les premières bloquent de façon subtile tout accès à la sexualité des secondes, nourrissant au passage des conflits de loyauté, des rapports fusionnels ou encore de domination. N’est-ce pas ce qu’illustre le conte de Blanche-Neige ? La reine, furieuse de constater la beauté de sa belle-fille, ordonne au chasseur de la tuer afin de garder la primauté. 

Quand cet accès au “devenir femme” est saboté, ce sera à la fille de s’affranchir de cette autorité et cela lui demandera du temps, de la maturité et du courage. Les hommes et les femmes de son entourage, ces personnes qu’elle aura repérées comme étant des figures positives et bienveillantes, pourront devenir des relais possibles et encourageants. C’est ainsi que pourra se dessiner la couronne, jour après jour.

Rien ne presse.

Et c’est ainsi que les portes s’ouvriront, guidant la femme vers un ressenti intime lui appartenant, l’appelant à devenir femme, dans sa dimension érotique

De nombreuses femmes me confient être encore cette petite fille qui aimerait grandir, mais qui ne sait pas comment s’y prendre. Doucement, je les encourage à découvrir à quoi correspondrait cette amante intuitive qui sommeille tout au fond de leur intériorité. Comment serait-elle ? Drôle ? Belle ? Intrépide ? Active ? Passive ? Lascive ? Spontanée ? Autoritaire ? Affranchie ? Délicate ? Audacieuse ? Inventive ? Que demanderait-elle ? Quel regard son homme poserait-il sur elle ? C’est en se prenant soi-même par la main, en s’écoutant patiemment, que l’on parvient à deviner une esquisse de ce visage inconnu, mais qui nous appartient. 

« Elle serait souveraine et fière de l’être, me répond cette femme. J’aime cette femme en moi, mais j’ai besoin de dialoguer avec elle et de l’apprivoiser. Quand je m’en approche, je constate que tout se passe bien et que cela me rend heureuse. » 

Être souveraine, dans la sexualité, c’est peut-être bien cela :

se sentir libre de grandir et de choisir ce que l’on veut vivre pour mieux se rencontrer, se connaître, se re-connaître et bien sûr, continuer de le partager avec l’autre, pour plus d’amour et de complicité.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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