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Soulagée, pas délivrée

Nous approchons. À l’arrière de la voiture, les enfants le sentent et s’agitent. Numérobis se fend d’un énième

« On arrive bientôt ? »

Sous les frondaisons, le petit chemin de terre apparaît bientôt et, avec lui, les vacances de mon enfance :

  • les parties de cache-cache dans la sous-pente,
  • les cabanes dans les bois,
  • les pique-nique au bord de l’étang,
  • les constructions d’écluse dans les cours d’eau,
  • les goûters avec les cousins,
  • les petits déjeuners interminables,
  • les soirées jeux de société au coin du feu.

Comme à chaque arrivée, un doux sentiment m’envahit : celui de l’appartenance et de la transmission.

Je suis heureuse que mes enfants vivent ici, eux aussi, des moments simples qui, au fil des ans, les attacheront à ce lieu emblématique de ma famille devenu son point de ralliement : la maison de famille.

Nous ouvrons la porte qui, depuis que je l’ai franchie alors que j’avais à peine quelques jours, émet toujours le même grincement sec. L’odeur qui saisit mes narines est semblable à celle qui règne ici à chaque début d’automne : celle du bois sec mêlé au parfum des pommes fraîchement cueillies.

Les garçons, eux, ont déjà filé à l’étage où ils retrouvent boîtes de Duplo et albums du Père Castor quinquagénaires.

Entre les balades dans les chemins couverts de feuilles mortes et les visites chez les cousins, le week-end file à toute allure et, bientôt, vient l’heure de la séparation.

Vacances scolaires obligent, nous laissons les garçons pour une grosse semaine à leurs Fabuleux grands-parents.

Place au ballet du départ.

Dernier câlin pour le petit comme pour le grand, dernière précision quant à la localisation du cahier de textes et des chaussons, dernier conseil de fille à mère pour gratter un quart d’heure de sommeil le matin, et nous voilà, mon Fabuleux et moi, en route vers…

….la liberté ?

C’est ce que j’aurais dit il y a encore 18 mois. J’attendais ces moments de pause avec une impatience frôlant la fébrilité. Ces quelques jours sans enfants, j’y pensais des semaines à l’avance, telle une bulle d’air qui me permettrait de respirer. Enfin. Si j’avais été maman de filles, j’aurais pu chanter intégralement « Libérée, délivrée ! » (en tant que maman de garçons, je maîtrise mieux le générique de la Pat’ Patrouille^^)

Sauf que j’étais incapable de légèreté, je me sentais juste honteuse.

Florilège des petites phrases qui me trottaient dans la tête au moment où je les quittais :

« Comment une mère peut-elle à ce point attendre de confier ses enfants ? »

« Comment en suis-je arrivée à un tel niveau de fatigue, d’épuisement et de honte maternelle ? »

Cette fois-ci, au moment où je quitte mes Fabuleux garçons, rien de tout cela.

Juste la joie d’être avec mon Fabuleux pour un trajet en voiture sans Henri Dès, sans compote étalée sur les sièges, sans disputes et hurlements entre frères.

Juste la gratitude envers mes parents qui nous font ce cadeau inestimable de nous offrir quelques soirées à deux, une légèreté estudiantine de pouvoir, en rentrant du travail, se demander :

« Tiens, est-ce qu’on n’irait pas au ciné, ce soir ? »

Alors, soulagée, je le suis certainement – je ne vais pas mentir ! – mais délivrée, non.

Tu te demandes peut-être quel est mon secret, mon truc, qui fait que je suis passée de mère honteuse de laisser ses enfants pour sortir la tête de l’eau à mère assumant avec sérénité de « prendre du bon temps » ?

Eh bien, mon secret, c’est qu’il n’y a pas d’ingrédient secret ! En fait, il n’y a même pas de secret du tout. Et il n’y a même pas de changement dans mon quotidien : mon aîné est toujours fabuleusement particulier, et mon cadet encore plus fabuleusement rebelle. Mon mari est toujours aussi spectaculairement différent de moi et indépendant. Et moi, j’ai toujours le même sacré fichu caractère, avec sa fâcheuse tendance à tout vouloir contrôler.

Ce qui a changé, tout simplement, c’est mon regard sur tout cela : sur mes enfants, sur mon Fabuleux, mais surtout, sur moi-même.

Parce qu’un jour, assise dans le canapé d’un psy, j’ai craqué :

« J’en ai assez de ne pas m’aimer ! »

Parce qu’un jour, au fil d’une conversation téléphonique avec une amie de cœur, j’ai lâché :

« J’en ai assez d’être aussi intransigeante avec moi et de pourrir la vie de mon entourage ! »

Parce qu’au fil du temps, j’ai compris avec mon cœur – et pas avec ma tête – que non, vraiment, je n’étais pas seule à m’être laissée embarquer dans la galère de la maternité, du perfectionnisme et de la lutte permanente contre le regard des autres.

Mon cœur a compris cette leçon que ma tête – et certains Fabuleux proches – lui martelaient depuis un sacré bout de temps. Mon cœur de femme avait juste besoin de se sentir rejoint, mon cœur de mère de se sentir compris : non, je n’étais pas une mauvaise mère.

Ce sont les mots d’Hélène Bonhomme qui ont achevé d’agir comme un baume sur mon cœur blessé par tant d’autocritique, par tant de solitude provoquée et par tant de désamour de moi-même.

Grâce à eux, grâce aussi à l’amitié bienveillante que j’ai la chance d’expérimenter, grâce à une ouverture retrouvée vers les autres, j’ai pu changer de lunettes sur mon quotidien et passer ce cap :

Non, ma vie n’ira pas mieux quand les circonstances mêmes de mon quotidien auront changé.

Elle est simplement plus légère depuis que j’ai décidé de l’aimer telle qu’elle est, avec ses Fabuleuses et indécrottables imperfections, de la vivre à fond sans la rêver, avec force et détermination, mais surtout depuis que j’ai compris que les cartes étaient déjà dans mes mains.

Tranquillement assise dans la voiture, alors que la seule question organisationnelle de la fin de journée se résume à “sushis ou pizzas ?”, je souris, savourant la joie simple et sans emportement que la perspective d’une semaine sans enfants suscite en moi.

Chère Fabuleuse, je te souhaite de vivre un tel changement de cap ! Et rappelle-toi que ça n’est pas une question de baguette magique : c’est toi seule qui as la clé.

Tu veux partir en quête de cette clé ? Je t’invite à te laisser encourager dans ton quotidien en t’inscrivant à une fabuleuse piqûre de rappel…ou en invitant une amie à s’y inscrire, en cliquant juste là :

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profil anna latronDepuis plus de 10 ans et après une école de journalisme, Anna Latron met sa plume au service de l’information en collaborant à plusieurs magazines, sites et radios. C’est en réalisant un dossier sur l’imperfection heureuse qu’elle rencontre Hélène Bonhomme dont elle est aujourd’hui collaboratrice, notamment pour le programme de formation continue du « Village » et la rédaction en chef du blog. Mariée à son Fabuleux depuis 9 ans et après avoir traversé un cancer, Anna débarque dans l’univers de la maternité il y a 7 ans en devenant maman d’Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Une confrontation à la différence qui met cette jeune maman face à un défi : accepter les limites de son enfant, mais surtout les siennes, en choisissant la voie de la liberté ! Quant à Aymeric, le petit frère d’Alexis, c’est un fabuleux bêtisier de 3 ans qui pousse sa maman à persévérer dans l’acceptation de sa propre imperfection !

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