Quand la maternité te fait vomir (pour de vrai) - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Quand la maternité te fait vomir (pour de vrai)

maman vomi
Maria Balmès 28 février 2023
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Chère Fabuleuse, à l’origine j’ai proposé cet article sous le titre Fabuleuse nauséeuse. Tu vas comprendre.

La grossesse n’est pas une maladie mais l’hyperémèse gravidique en est une.

Si tu vomis tout au long de la journée et que tu perds du poids, cela te fera peut-être du bien de savoir que ce que tu traverses a un nom, et qu’il ne s’agit pas juste des pénibles nausées matinales dont tes amies se sont plaintes. J’ai vécu la même chose que toi et, qu’on se le dise, c’est une vraie épreuve. Maintenant que j’ai une adorable petite fille d’un an, je peux te dire sans hésiter que cela en valait la peine. Mais lorsque j’étais dans la tempête, il a fallu tenir le cap à l’aveugle. 

Cette image de tempête correspond plus ou moins à ce que tu traverses en ce moment dans ton expérience de maman ? Sache que chaque matin, Hélène Bonhomme, la fondatrice des Fabuleuses, envoie un email qui réconforte, donne de l’énergie et de l’espoir à 150 000 mamans. Si tu veux t’inscrire, c’est gratuit et ça se passe ici. 

L’épreuve des nausées est physique, mais elle est aussi psychologique.

Pour ne pas perdre le nord mentalement lorsque j’étais au plus mal, j’ai ressenti le besoin de m’écrire une lettre à moi-même pour graver dans le marbre le discours encourageant et plein d’espoir que je voulais avoir envers moi. À force de la relire, je la connaissais par cœur et je me la récitais lorsque je vivais l’une des neuf situations ci-dessous, ce qui me permettait d’avoir un discours doux et positif prêt à l’emploi. C’est cette lettre que j’ai reprise ici, en l’adaptant pour qu’elle parle à toutes les Fabuleuses nauséeuses, ainsi qu’à celles qui voudraient les comprendre et les aider.

1. Si les vomissements t’ont saisie brutalement depuis quelques heures seulement,

alors je voudrais te donner de l’espoir : les premiers jours de vomissement de la première grossesse sont les pires, parce que tu n’as pas encore apprivoisé tes symptômes et que tu n’as pas encore trouvé tes propres astuces pour les apaiser (les aliments qui passent mieux, le rythme alimentaire qui t’aide, les positions qui te soulagent un peu, les activités qui te changent les idées…). Une fois que tu auras compris ton fonctionnement, cela ira déjà mieux. Je te conseille de te donner dix jours avant de tirer des conclusions. Et en attendant, ne te précipite pas sur internet pour lire les pires témoignages sur l’hyperémèse gravidique (comme je l’ai fait) : tu vas te faire peur pour rien. Tu peux même attendre avant de lire la suite de cet article. Chez la grande majorité des femmes, le gingembre (sous toutes ses formes) et le fractionnement des repas règlent l’essentiel du problème. La suite de cette lettre s’adresse surtout aux autres.

2. Si tu as l’impression que la médecine ne peut rien pour toi

et si tu te sens livrée à toi-même, n’hésite pas à (re) demander malgré tout, et autant de fois que nécessaire, ce qu’il est possible de faire : tu auras sans doute de bonnes surprises. Tu mérites d’être entourée de soignants compétents et bienveillants. Déjà, cela m’a beaucoup rassurée de me dire que, quoiqu’il arrive, on n’allait pas me laisser mourir de faim. Mais surtout, je te recommande vivement de contacter un médecin spécialisé dans l’hyperémèse gravidique, notamment grâce à l’Association de Lutte contre l’hyperémèse gravidique : https://www.associationhg.fr/, qui tient un annuaire. Malheureusement, c’est une pathologie très mal prise en charge en France aujourd’hui, ce qui est très dommage, car le bon traitement peut faire toute la différence. Pour ma part, j’ai mis deux mois et demi avant de tomber par hasard en vacances sur un gynéco qui m’a prescrit un traitement efficace (et je n’ai entendu parler de l’association de Lutte contre l’hyperémèse gravidique qu’après la fin de mes nausées). Et bah… c’est trop bête !

3. Si tu veux trouver (ici ou ailleurs) des astuces ou des conseils d’ordre médical pour ne plus jamais vomir,

alors je vais te décevoir, mais c’est volontaire. Pour moi, le plus difficile a été d’accepter que je ne maîtrise pas vraiment le phénomène malgré les astuces de grand-mère ou les médicaments. La sage-femme me l’avait pourtant dit au tout premier rendez-vous : « Au premier trimestre, on ne maîtrise rien ». J’ai commencé à aller mieux psychologiquement à partir du moment où j’ai accepté : « Si je vomis, je vomis ». L’idée c’est de continuer à essayer de manger, ce qui est en notre pouvoir (et ce qui évite l’effet « estomac vide » qui aggrave en réalité les nausées chez beaucoup de femmes), mais d’arrêter d’essayer de s’empêcher de vomir, car, pour le coup, cela ne dépend pas de nous. À force de vouloir maîtriser les nausées, on se met une pression intenable et on culpabilise de ne pas y arriver. C’est encore pire quand on en vient à vouloir contrôler les vomissements non plus par du gingembre ou des médicaments mais par une volonté de fer. « Si je vomis, je vomis, et ça ne sera pas de ma faute ».

4. Si au bout d’un moment, tu te mets à appréhender chaque repas,

chaque nuit et chaque passage aux toilettes, chaque imprévu, chaque tâche complexe et chaque émotion forte, alors tu as toute ma compassion. Déjà, tu peux prendre conscience du mécanisme : c’est la peur de l’avenir qui est en train de contaminer ton présent. Ensuite, tu peux essayer d’éliminer certains déclencheurs : tu as le droit d’essayer de te créer un cocon pendant cette épreuve et de demander à ton entourage personnel et professionnel de s’adapter à toi. Mais, il est impossible d’arrêter la vie et d’éliminer toutes les situations problématiques. Dans ces cas-là, rappelle-toi que tu es fabuleuse quoiqu’il arrive. Rappelle-toi, une fois encore, que tu ne maîtrises pas grand-chose. Rappelle-toi aussi que, parfois, ça se passe bien.

5. Si tu t’ennuies depuis des semaines, ou, pire, si tu t’accuses de ne rien faire de tes journées,

sois douce avec toi-même. Tu n’es pas dépressive, tu es juste malade. On ne demande pas à un cancéreux en chimio de courir un marathon. Imagine une dizaine de poms-poms girls qui t’acclament à chaque instant, simplement parce que tu endures ces nausées. Et autorise-toi à faire des choses qui te font du bien… ce qui n’est pas si facile. Mais c’est un bon entraînement pour la suite de l’aventure de la maternité.

6. Si tu te réveilles sans force en te demandant comment traverser une journée supplémentaire,

si tu ne sais même plus comment prendre soin de toi, alors demande de l’aide. Quand on n’a plus de ressources intérieures, il faut que cela vienne de l’extérieur. Tu as le droit qu’on te prenne par la main et que l’on te soutienne. Cela vaut d’autant plus si, pour tout un tas de raisons, ton conjoint ne peut pas t’aider.

Remarque : Dans le cas de fortes nausées, on peut s’interroger sur la pertinence de la règle « ne parle pas de ta grossesse avant 3 mois », surtout avec ses proches. Fais honnêtement un petit calcul coût/avantage en fonction de ta situation… et fuck le regard des autres.

7. Si tu as peur que ton conjoint se lasse de toi

— même s’il t’assure que non — alors c’est probablement toi qui ne t’aimes pas assez, ou pas assez inconditionnellement. Tu as de la valeur, tu mérites qu’on prenne soin de toi.

8. Si tu as l’impression que ça ne s’arrêtera jamais… et bah, c’est faux !

Ce n’est pas parce que tu ne vois pas la sortie, qu’elle n’existe pas. Chez certaines femmes, les nausées ne durent en tout et pour tout que quelques jours. Pour d’autres, il y a des jours ou des heures de répit. Il y a bien sûr le seuil des 3 mois pour l’immense majorité des femmes. Et puis, au pire, personne ne souffre non-stop pendant 9 mois. Je peux te promettre que tu vivras aussi de beaux et de bons moments.

9. Si tu entends que les nausées de grossesse c’est psychologique

et que cela veut dire que tu rejettes quelque chose de ta grossesse, laisse-moi te dire la vérité : on est certes au XXIe siècle mais on ne sait pas exactement à quoi sont dues les nausées de grossesse. Elles sont corrélées aux hormones du premier trimestre de grossesse mais on ne sait ni comment ni pourquoi ces hormones activent les nausées. Alors l’explication psychologique est facile parce qu’elle dispense de trouver une solution médicale et qu’elle permet à chacun de se rassurer à bon compte : « C’est juste qu’elle est angoissée ». Mais sérieusement, vous en connaissez beaucoup des femmes qui ont traversé leur grossesse, surtout la première, sans la moindre inquiétude ? Moi, non. Et pourtant, toutes ne vomissaient pas. Adoptons donc une hypothèse raisonnable : il y a peut-être des facteurs psychologiques qui entrent en compte (une émotion forte qui déclenche un vomissement par exemple) mais il y a aussi et surtout des facteurs physiologiques (qui expliquent le terrain nauséeux).

S’il vous plaît, ne rajoutons pas aux Fabuleuses nauséeuses la culpabilité de se dire que tout ça, c’est à cause de leurs angoisses (et que si elles ne se trouvent pas si angoissées que ça, c’est que ça doit être inconscient). Ce n’est pas de la science. C’est juste un mécanisme de défense face à l’impossibilité de trouver une solution immédiate. Le même mécanisme qui fera dire plus tard : « Son enfant ne dort pas ? C’est parce qu’elle est angoissée. Son enfant pleure chaque matin avant d’aller à l’école ? C’est parce qu’elle est angoissée. Son enfant est autiste ? C’est parce qu’elle est angoissée ». Elle a bon dos l’angoisse des mères

À toi qui te prends la violence de ces remarques en pleine face depuis ta bassine, je voudrais te faire un gros câlin virtuel. Tu n’as juste pas de chance, ce qui est dur à accepter pour toi comme pour les autres. En attendant, tu as le droit de te protéger : quand on vit une épreuve, on s’approprie tout ce qui nous aide à la traverser et on rejette tout ce qui nous fait du mal (y compris certaines phrases de cet article si par malheur c’est le cas).

Chère Fabuleuse nauséeuse, je sais à quel point c’est dur.

Tu n’es pas seule. Nous ne sommes pas seules. Et si nous nous entraidions en écrivant chacune notre version de cette lettre aux Fabuleuses nauséeuses en fonction des difficultés que nous avons traversées pendant ces mois de nausées et des mots que nous aurions aimé entendre ? Pondre petit à petit chacun de ces paragraphes m’a aidée au-delà de ce que j’aurais pu penser.

Chère Fabuleuse pas-nauséeuse (ou pas trop),

si tu es chercheuse en médecine, s’il-te plaît, trouve-nous une solution pour qu’au XXIIe siècle, nos filles ne connaissent pas la même galère. Si tu n’as pas de compétence dans ce domaine, mais que tu veux soutenir une amie, une sœur, une voisine, demande-lui simplement ce que tu peux faire. Bien souvent, des petits textos pour demander régulièrement des nouvelles font déjà des miracles pour le moral. Ton amie ne va sans doute pas t’envoyer un texto spontanément pour dire qu’elle a vomi. Mais elle sera contente de confier ses états d’âme si tu le lui demandes.

L’hyperémèse gravidique est une épreuve au long cours : une Fabuleuse nauséeuse n’a pas envie d’embêter les autres des mois durant avec ses symptômes de gastro mais, en réalité, elle a besoin de se confier régulièrement, même si c’est pour dire que ça va toujours aussi mal. Si tu te sens démunie face à ses symptômes persistants, c’est normal. Mais sache qu’une Fabuleuse nauséeuse a surtout besoin de compassion et de paroles valorisantes. De mon côté, je voudrais terminer ce texte en remerciant ici de tout cœur celles qui ont été particulièrement présentes pour moi : Marie-Odile, Capucine (qui l’a vécu 4 fois pour 4 grossesses !!), Marie, Chloée et Camille. Serrons-nous les coudes !

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, Maria B.



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Cet article a été écrit par :
Maria Balmès

Maman d’une petite fille, elle a vécu l'épreuve de la dépression post-partum. Ses textes cherchent à apporter beaucoup de douceur et d'espoir aux mamans dans la tourmente. Elle s'appuie sur son expérience thérapeutique (des psys, elle en a vu), sur des concepts philosophiques (c'est son métier) et sur les judicieuses remarques de son mari (qui ne perd jamais le nord dans les tempêtes).

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