Non, ça ne sera jamais assez - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Non, ça ne sera jamais assez

jamais assez
Rebecca Dernelle-Fischer 7 septembre 2022
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Ce matin, je suis fâchée, j’ai ruminé cet article toute la nuit. J’ai un gros cri de ras-le-bol qui monte le long des tripes. Jamais, jamais, jamais ce ne sera assez !

Les parents, les femmes, surtout les mamans, jamais, jamais on ne nous dira qu’on en fait assez. Au mieux, si on en fait assez, c’est déjà qu’on en fait trop.  

Récemment, j’écoutais Reese Witherspoon le dire dans un podcast. La société a réussi à semer au plus profond de nous le doute ultime : « Tu peux essayer tant que tu veux, tu n’en feras jamais assez ou au contraire, regarde-toi, tu en fait trop, tu exagères, tu surréagis, tu surprotèges »

Le juste milieu ne semble pas nous être accordé.

Zone non atteignable du « bravo, tu en fais assez, merci pour ton énergie, pour tes réactions, pour ton engagement, comme c’est bien ! »

Visiblement, il n’en est rien.

Dans une société de politiciens pourris, de guerres, de capitalisme à outrance, de famines, de pauvreté tout autour de nous, d’armes nucléaires, de changements climatiques extrêmes, de menaces terroristes, d’esclavage au niveau mondial, de crises sanitaires, physiques et psychiques et de cadavres qui s’accumulent dans la mer Méditerranée… Dans tout ce chaos quotidien que l’on nous rappelle matin, midi et soir… c’est les mamans, les parents, les familles que l’on pointe du doigt et à qui on affirme « on va vers la catastrophe à cause de vous. Mauvaise éducation… trop sévère, pas assez sévère, trop stimulante, pas assez stimulante… Laissez-les prendre des risques mais pas trop quand même, vous les étouffez ou encore vous les maltraitez ».

La liste des reproches est sans fin et remplie d’injonctions contradictoires. Ce matin, je craque.

J’en ai marre. Je suis fatiguée. 

Je suis fatiguée de ces regards tournés vers nous, de ces doigts pointés vers les parents qui essayent de se frayer un chemin dans un labyrinthe, comme Alice au pays des merveilles qui tente de rentrer à la maison. Ce n’est pas le chapelier fou qui nous souhaite un « Joyeux non anniversaire », mais bien les donneurs de leçons qui nous disent tout et son contraire sur comment élever un enfant qui sera apte à sauver une société pourrie et malade. 

Blâmer les parents, c’est la solution facile.

Faire peur, se moquer, ridiculiser ces parents, faire des blagues sur l’incapacité des enfants à écrire sans faute ou à résoudre des problèmes mathématiques complexes. Blâmer les parents, c’est petit et c’est facile. 

Où sont les engagements à soutenir la parentalité d’aujourd’hui ? Où sont les réformes des systèmes scolaires qui feraient enfin appel à des pédagogies qui prônent non la réussite d’examens mais bien l’acquisition des outils de base ? Où sont les moyens pour aider les parents à avoir le temps d’être là pour leurs enfants, les moyens pratiques et financiers, une présence bienveillante auprès des jeunes mamans (surtout si elles sont en détresse après l’accouchement) ? Où est la société qui va au-delà de la critique pour se retrousser les manches et mettre la main à la pâte ? N’a-t-elle pas compris que son taux de natalité misérable est le pire prédicteur de son avenir ? Ne faudrait-il pas y penser au lieu de sortir la liste de critiques ? 

Dans notre société actuelle, tout le monde se mêle de ce que font les parents mais peu de personnes s’engagent, offrent une main tendue, osent se salir les mains. Et personne ne s’excuse. Personne ne dit à ces parents : « On est désolé de vous forcer à élever vos enfants dans un monde pareil, vous payez cash certaines de nos plus grosses erreurs ». En effet, c’est paradoxal de vouloir transmettre des valeurs fondamentales, de défendre les droits de l’homme alors que nos enfants voient bien que dans la réalité tout se vit autrement. C’est l’âge d’or de l’adage : « Fais ce que je dis mais surtout pas ce que je fais »

Évidemment qu’on ne sera jamais assez bien en tant que parents, on essaye de faire tenir notre petite barque alors que le système est tronqué. On nous reproche de ne plus laisser les enfants grimper dans les arbres, utiliser de couteaux pour travailler le bois, faire du feu. On nous dit « vos enfants sont fainéants et bêtes, trop sensibles, mal éduqués ». On nous martèle des injonctions constantes sur ce qui devrait faire le bonheur de nos enfants. Les mots sont beaux mais la réalité globale, mondiale, locale, est parfois bien laide : la soif du pouvoir, l’acquisition à tout prix des ressources primaires, le travail des enfants, la glorification de la richesse, l’indifférence face à la souffrance des plus faibles et j’en passe. 

Alors je ris jaune des reproches qui nous sont faits.

C’est facile de pointer du doigt une partie de la population pour éviter de répondre soi-même de ses actes, pour surtout ne pas avoir soi-même à changer, pour cacher ce qui est foncièrement pourri.

En réalité, beaucoup de parents savent que ce qu’ils font n’est pas assez, que ce n’est pas non plus “le meilleur”, ni toujours nickel à 100%. C’est bon, on a bien réussi à nous donner mauvaise conscience. On rame, on est fatigués, on fait de notre mieux, on n’a pas forcément appris à faire autrement, on est influencés par nos peurs d’antan, on est parfois fainéants, on est nous-mêmes encore des enfants. 

Oui, vous avez mille et une raisons de nous montrer du doigt, mais ce serait tellement plus constructif de nous tendre la main plutôt que de nous accuser. Ce serait tellement plus constructif de s’approcher de nous pour mieux comprendre le labyrinthe dans lequel nous nous trouvons. Ce serait tellement important de consacrer à autre chose l’énergie employée à passer  les parents d’aujourd’hui sous la loupe. Changer le monde dans lequel on vit, par exemple. 

Nous avons tous notre responsabilité, notre champ d’action, nos décisions à prendre, nos habitudes à changer, nos défis à relever… alors oui, nous aussi, les parents, on aimerait passer des commentaires qui martèlent « Jamais assez » à un « Assez bien », ne fût-ce que de temps en temps. D’entendre de vrais « bravo », « merci », « trop cool », « fabuleux » !

J’aimerais tant terminer mon article “coup de gueule” par une note positive, encourageante, vraie. Mais comment ? Comment ne pas tomber dans un ton moralisateur, comment ne pas rajouter encore plus de reproches, comment ne pas désespérer ? Alors je cherche le concret, le proche, ce qui est à portée de tous : les mots qui encouragent, les mots qui relèvent, les mots qui félicitent. C’est en retournant régulièrement au parc avec Pia — après que le covid nous a coincé si longtemps dans nos maisons – que j’ai commencé à pratiquer une petite habitude. J’aime beaucoup observer les gens autour de moi, je lis en écoutant ce qui se passe et puis j’aime bien discuter. Donc depuis quelques mois, je félicite un peu les mamans, les papas que je rencontre. Rien de grand, rien d’effrayant non plus (enfin, j’espère).

Juste quelques mots qui relèvent le positif.

Il y avait cette jeune maman, Yasmine, qui se penchait pour aider son jeune enfant à se tenir debout et shooter dans sa balle. On a discuté un peu, je lui ai dit : « Quelle patience vous avez ! Votre fils à l’air tout curieux et actif, joyeux, vous faites bien avec lui. ». Et puis, comme les mots ne suffisent pas toujours, j’ai proposé mon aide et pendant 5 minutes, c’est moi qui ai aidé ce garçonnet à marcher pour jouer à la balle. Juste le temps que Yasmine se détende un peu. Rien d’extravagant.

Et puis, il y avait la maman des 3 filles un peu “sauvages” et du bébé qu’elle allaitait. On a un peu parlé. J’ai demandé à cette maman si elle n’était pas trop fatiguée, l’ai félicitée de la gentillesse de ses enfants, leur vivacité, lui ai proposé de l’aide (dont elle n’avait pas besoin) au moment de partir. 

Parfois, j’aimerais le faire pour chacune d’entre vous, chères Fabuleuses.

Poser quelques mots, comme des graines, dans le creux de vos mains. « Regarde, quand je t’observe, je ne vois pas une maman débordée, fainéante, absente, irritable — ou tout autre qualificatif que tu penses être la vérité —, je vois un enfant qui te fait confiance, les efforts que tu fais, la douceur de tes gestes, la belle sonorité de ton rire, les questions auxquelles tu réponds avec patience, les compromis que tu fais, l’énergie que tu investis au-delà de tes forces ». Peut-être me dirais-tu : « Mais ce n’est jamais assez ». Je te répondrai :

« Et pourtant, c’est déjà tellement, énorme, formidable… fabuleux, tout comme toi ! ».



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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