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Nemo, Bambi et moi

Il y a quelques semaines, une fabuleuse maman nous écrivait un article sur les kangourous. Elle y expliquait que ces animaux avaient été particulièrement gâtés par Dame Nature pour assurer la survie de leur espèce : la femelle kangourou accouche facilement après 40 jours de gestation d’un bébé de 1g qui finira de grossir ensuite à l’extérieur, dans la fameuse poche. Cet article m’a encouragée à pousser plus loin certaines réflexions sur le règne animal…

Doit-on pour autant souhaiter être un kangourou ?

Pourquoi pas carrément un poisson tant qu’on y est ? Je lâche mes ovules dans l’eau sans m’en rendre compte, ils seront peut-être fécondés par des spermatozoïdes qui flottent au même endroit à ce moment-là, et avec un peu de chance certains œufs survivront jusqu’à l’âge adulte et qu’ils se débrouillent, moi je continue à nager de mon côté… Honnêtement, il n’y a que dans Nemo qu’un père poisson se donne autant de peine pour retrouver son petit !

En effet, comparé à d’autres animaux, l’humain n’est pas gâté :

  • neuf mois de grossesse entraînant des maux physiques et des chamboulements psychologiques
  • un accouchement long, douloureux, qui demande autant d’énergie qu’à un coureur de marathon ou un finaliste de Roland Garros
  • tout ça pour donner naissance à un bébé incapable d’assurer sa survie pendant plusieurs années.

On a toutes en tête cette séquence de Bambi où le faon, quelques heures seulement après sa naissance, se met sur ses pattes, et fait ses premiers pas.

Alors pourquoi toute cette souffrance ? Pourquoi notre espèce (et les autres mammifères) n’a-t-elle pas déjà disparu puisque se reproduire implique des sacrifices et des douleurs ? D’ailleurs, devant ces question, nos ancêtres les plus sages ont préféré inventer de jolies histoires : Eve ne devait pas manger cette fichue pomme, ni Pandore ouvrir cette fameuse boite…

Alors, oublions Darwin et changeons ici notre point de vue. Darwin pensait en termes d’efficacité et de performance : les espèces qui survivent seraient les plus résistantes, les plus fortes. Aujourd’hui j’ai envie de penser en termes d’amour.

Regardons à nouveau les animaux.

Plus les parents s’impliquent dans la gestation et la survie de leur petit, plus nous sommes touchés en observant une forme d’instinct maternel : la mère chatte qui allaite son petit, le manchot qui couve son œuf, la lionne qui dresse son lionceau à se défendre ou à chasser. Nous reconnaissons une forme de lien affectif chez une louve qui a porté, nourri et protégé son petit… pas chez une mouche qui pond ses œufs dans la nature et n’y revient pas !

Finalement je pense que plus le corps d’une femelle est éprouvé par une grossesse, plus celle-ci s’attache à son petit, plus elle l’aime.

Alors oui, nous souffrons pendant la grossesse, le jour de l’accouchement et après. Oui, nous devons parfois sacrifier notre job passionnant, notre activité sportive préférée, nos soirées entre potes, et notre silhouette de mannequin. Oui, ce petit être ne saura pas marcher seul avant 1 ans, se nourrir seul avant 3 ans, ni s’habiller seul avant 5 ans et va nous demander de l’attention pendant au moins 20 ans…

Mais j’ai découvert en devenant mère mon incroyable capacité à aimer et être aimée, à faire don de mon corps, de mon temps, de mon énergie, malgré mes limites, mes faiblesses, mes erreurs et tous les jours où ça ne va pas. Et j’ai découvert que donner pouvait rendre heureux.

Confrontée dans sa propre chair au mystère de la vie, avec son lot d’émotions, de souffrances et de joie, la femme est celle qui comprend aussi le mieux le mystère de l’amour : elle comprend mieux la richesse du don de soi, la richesse du plus faible (le nouveau-né, la personne handicapée, le mourant…).

Faut-il s’étonner de trouver justement autant de femmes dans les métiers qui prennent soin des plus faibles ?

Alors oui : si j’étais un kangourou, je n’aurais pas eu mal au dos pendant mes 4 derniers mois de grossesse, je n’aurais pas hurlé de douleur le jour de la naissance de ma fille, je n’aurais pas pleuré les huit jours qui ont suivi, et là, je serais peut-être en train de faire des bonds dans la nature…

  • Mais je n’aurais pas non plus fait la riche expérience de l’humilité en demandant de l’aide à mon mari et mes amies
  • je n’aurais pas ressenti cette joie et cette fierté immense en tenant ma fille dans mes bras pour la première fois
  • ni cet attendrissement devant ce petit être ne demandant qu’à aimer et être aimé
  • et rien ne me pousserait à travailler pour vous écrire cet article aujourd’hui.

Si j’étais un kangourou, je ne connaîtrais pas les limites et la faiblesse de nos existences, et je m’ennuierais probablement beaucoup.

En étant femme et maman pour la troisième fois, je découvre petit à petit que dans notre monde où tout n’est que performance, l’essentiel est dans l’amour que nous saurons donner et recevoir. Et c’est ainsi que la vie, malgré son lot de difficultés, me semble si merveilleuse.

 

profil-marguerite-chroniqueuseDiplômée d’une école d’ingénieur et dessinatrice depuis toujours, Marguerite Bories vit sa maternité comme une grande remise en question de sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Maman en 2013 puis en 2015, elle décide de travailler en indépendant pour garder sa liberté et travailler à mi-temps et à domicile, dans le secteur culturel. Entre deux missions, elle profite de ses « jours sans enfants » pour lire, réfléchir, et dessiner bien sûr ! Marguerite est mariée depuis 2012 et vit avec sa famille à Avignon.

 

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