Mon pommier en hiver - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Mon pommier en hiver

Rebecca Dernelle-Fischer 7 janvier 2021
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Le pommier en hiver porte en lui tout le calme de cette saison froide. Ses branches jouent à faire le mort, tordues, sombres, vidées de leur fruit juteux.

Il est silencieux, sans aucune feuille pour frémir au passage du vent.

Les pommiers alignés dessinent à l’horizon comme une dentelle blanche de toute élégance quand le gel s’y pose au petit matin.

Le pommier en hiver me souffle à l’oreille que tout s’arrête un instant, que le froid l’immobilise, qu’il ne portera pas de fruit, pas maintenant, pas durant cette saison, tout reste en suspens.

Pas de centaines de bourgeons dont l’éclosion décorerait cet arbre de mille et un bijoux. Le vide, le froid, le gris, les ombres du bois nu.

Tout le calme de l’hiver dans un pommier qui semble mort.

Le pommier qui me murmure qu’il est comme moi, qu’il vit, qu’il grandit, qu’il se bat contre les intempéries et que parfois lui aussi, il a une branche qui se casse, sous le poids du trop plein de fruits ou sous les attaques des enfants qui grimpent. Il me dit d’observer qu’en hiver, il ne produira rien de visible mais que si je pouvais voir la sève courir sous son écorce, je comprendrais que la vie n’a rien perdu de sa force. Il me dirait :

« Écoute, écoute, je me prépare, je n’ai pas fini, patience, le printemps viendra. »

Le pommier qui semblait mort ne fait que mine d’être à l’arrêt.

Le cycle n’est pas fini et la roue tourne encore, la roue des saisons, le chemin de nos vies… même quand tout semble à l’arrêt, même si on a poussé sur le bouton “pause”.

Rien ne se perd,

aucun de ces moments tranquilles ne sont du gaspillage, ils préparent la place pour de nouveaux fruits.  

Que penses-tu, ma chère Fabuleuse, si même la nature prend le temps de l’hiver pour sommeiller un petit peu, n’aurais-tu pas aussi besoin de ces moments de grâce où le rythme se ralentit ? Si mon joli pommier peut se permettre de ne porter aucune feuille, fleur ou fruit le temps d’une longue saison d’hiver, alors ne pourrait-il pas en être de même pour nous ?

Et si je faisais comme lui et que je permettais de ne pas passer sans pause d’un projet au suivant ? Si je stoppais, si je levais le pied, si j’arrêtais de tout le temps « faire quelque chose », pour prendre le temps d’être un instant, tout simplement d’être… être comme un pommier qui fait le mort en hiver.

Et si le temps d’une saison, on faisait comme la nature, ralentir la cadence, s’autoriser la lenteur, la non-productivité, laisser la sève couler dans nos veines et écouter les pulsations de nos cœurs parfois si fatigués. Laisser la poussière se coucher sur notre to-do-list, s’asseoir au milieu d’une chambre mal rangée pour écouter nos enfants nous raconter de quoi ils ont rêvé la nuit dernière, attraper le gros crayon rouge pour dessiner des cœurs sur des bouts de papiers usés. Et quand les autres veulent nous ramener dans la course effrénée du quotidien, leur répondre :

« Non, pas possible, j’ai pommier en hiver qui fait le mort ».

Faut que j’analyse le cycle des saisons, que j’observe le givre couvrir les brins d’herbes, que j’écoute les ronflements des souris endormies, que j’imite le chat qui ronronne contre le chauffage.

J’hiberne, je me mets en jachère.

Mon pommier ne dit pas : « Pas le temps de vivre la saison de l’hiver, j’ai bien trop de choses à faire, et puis, je veux tout le temps porter des fruits, moi » Mon pommier ne regarde pas les autres arbres en gémissant : « Oui mais ses fruits sont plus beaux ». Mon pommier ne pousse pas de toutes ses forces pour que ses pommes soient là plus tôt que les autres fruits du verger.

Mon pommier m’apprend la confiance, l’autosatisfaction, la patience, il me rappelle que le printemps viendra et que rien ne sert de me comparer, de courir sur place, de foncer à toute allure… Il me dit que le calme de l’hiver prend tout son sens et que sous ses aspects de grand calme, la vie garde toute sa place, qu’elle continue, que rien ne se perd.

Mon collègue disait souvent que « life balance » (vivre une vie équilibrée), ce n’est pas vivre des journées qui contiennent un bon équilibre entre travail et repos. Trouver son rythme, c’est avoir des périodes où l’on donne tout, où l’on va jusqu’au bout de nos limites pour atteindre un objectif, en alternance avec des périodes de repos, où on peut enfin lâcher du lest, reprendre des forces.

Tu vois, un peu comme notre pommier.

S’organiser pour produire et puis pour se ressourcer. Danser avec les saisons qui passent et ne jamais oublier l’hiver ! Dernièrement, j’ai lu sur Instagram une phrase qui m’a beaucoup parlé (à l’origine cette phrase est en allemand, je traduis donc les mots du compte Jubeltage) :

« Les fleurs ne fleurissent pas durant toute l’année, ne l’exige pas de toi-même ».

En lisant cette phrase, j’avais l’impression qu’on me prenait la main dans le sac. J’ai repensé au pommier en hiver et j’ai voulu te partager toutes ces pensées et te demander :

Chère Fabuleuse, et si tu osais appuyer sur ton bouton pause pour faire de même?

Et si tu te permettais de vivre une saison plus calme, un hiver, pour laisser pousser les fruit à l’intérieur, pour être, pour ralentir vraiment ? Garde confiance, le printemps viendra et il en sera d’autant plus beau.



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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