Mes enfants complotent contre moi - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Mes enfants complotent contre moi

Myriam Oliviéro 20 avril 2022
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C’est sûr, y a un truc… Je prends des bonnes résolutions, je me lève à pas de loup en évitant la marche qui grince, je me glisse telle une ombre vers le lieu que j’ai identifié comme mon havre de tranquillité, je me réjouis déjà en m’asseyant doucement, humant le parfum de mon thé préféré, je commence à respirer calmement… et là, j’entends retentir :

Mamaaaaan ! tu viens me voir !”

Mais what, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans mon plan parfait ?

J’allais enfin avoir du temps rien que pour moi, j’avais réussi à m’extirper hors de ma couette si chaude et si douce, et mon petit haut-comme-trois-pommes vient m’en empêcher ? La colère monte, je me sens flouée, un sentiment d’injustice s’agrippe à moi et j’en veux à la terre entière.

J’ai envie de hurler à la conspiration !

Surtout, j’en veux à mon fils, ma bataille, à qui je donne ma vie, mon temps, ma sueur et mon sang, de ne pas me laisser ne serait-ce que quinze minutes pour moi toute seule. 

Est-ce trop demander ? Est-ce que c’est juste peine perdue de chercher une bulle de solitude dans cet océan de la maternité qui me prend tout ce que j’ai, tout ce que je suis ? Ô rage, ô désespoir, que me reste-t-il à présent ? Je comprends que je dois abdiquer et me sacrifier toute entière à cette vie, ne plus rien espérer pour moi… 

Oui, je sais, mon discours devient un brin mélodramatique, mais qu’est-ce que ça fait du bien de temps en temps ! Si j’avais une voix d’opéra et, pourquoi pas, un public compatissant, je pousserais bien un petit aria, là maintenant. Mais non, la seule réplique que je vais pousser avec une voix éraillée, c’est :

“J’arriiiiiive !”

Je le sais, je ne suis pas la seule à avoir ressenti cette frustration plusieurs dizaines de fois dans ma vie de maman. Alors d’accord, j’en ai peut-être rajouté un peu dans les paragraphes précédents mais, toi qui me lis, chère Fabuleuse, je sais que tu me comprends. Je t’ai vu décocher – du moins je le devine – ce petit sourire en coin qui veut dire “ok ok, je suis démasquée”… 

Et qu’est-ce qu’on fait maintenant, comme dirait Benny B ?

  • Est-ce qu’on hurle sur notre progéniture parce qu’elle nous poursuit jusque dans les coins les plus reculés de notre maison – j’ai nommé les toilettes – parce qu’il y a toujours un besoin auquel seule maman peut répondre et qu’on en a ras la casquette d’être la seule à avoir ce pouvoir ?
  • Est-ce qu’on ravale nos espoirs de moments rien qu’à nous avec autant de dignité que d’amertume ?
  • Est-ce qu’on se transforme peu à peu en vengeresse, en décidant de ne cuisiner plus que brocolis, épinards et chou fleur pour les 10 années à venir (mouhahaha) ?

Allez, je vais sortir un peu de la caricature pour essayer de proposer quelques pistes plus rationnelles et acceptables…

La question, derrière tout ça, est bien réelle :

Où est le juste équilibre entre, d’une part, répondre aux sollicitations de ses enfants en se laissant déranger et, d’autre part, poser des limites qui nous permettent, à nous autres mamans, de garder un niveau de sérénité et d’énergie suffisant pour ne pas péter un plomb tous les quatre matins, voire mieux, pour apprécier le plus de moments possibles dans notre quotidien bondé ?

Quand j’ai commencé à me lever plus tôt le matin pour avoir des temps de qualité pour moi, j’ai très mal vécu que l’un de mes garçons se réveille en même temps que moi, voire juste avant, comme de fait exprès.

Je suis passée par plusieurs émotions :

La colère, le désarroi, la tristesse… et j’ai commencé à lui en vouloir de me “voler” du temps dont j’avais besoin pour me ressourcer. 

Je crois que toute maman a besoin, à un moment ou à un autre, d’avoir des pauses seule, pour faire des choses qui lui font du bien, ou ne pas faire des choses qu’elle n’a tout simplement pas envie de faire. Hélène Bonhomme fait partie des personnes qui m’ont transmis cette conviction qu’il était important d’être intentionnel dans cette démarche, c’est-à-dire de ne pas attendre d’avoir le temps, parce qu’on ne l’aura jamais, mais de prendre le temps

D’ailleurs, quand j’y pense, c’est drôle de constater que, nous qui aimons tant maîtriser mille choses dans notre quotidien de maman, nous nous trouvons démunies quand il s’agit de prendre ce temps pour nous et pas pour les autres, qui n’en demandent d’ailleurs peut-être pas tant de notre part.

Bref, à force de me voir orienter mon insatisfaction contre mon enfant qui se levait plein d’énergie de bon matin pour “envahir” mon espace, je me suis trouvée injuste envers lui. Certes, mon thé refroidissait et les pages de mon carnet restaient blanches certains jours, mais après tout, et si je me laissais déranger ? Si j’arrêtais de voir mon p’tit gars comme l’ennemi de mon “miracle morning” et que je l’accueillais dans ces instants à part ? 

Pour que cela reste paisible et ressourçant, pour lui comme pour moi, j’ai commencé à le laisser monter sur mes genoux sans bougonner et je lui ai expliqué ce que je faisais.

Parfois ça l’a intéressé, parfois pas du tout.

Parfois, il voulait simplement rester à côté de moi et j’arrivais à laisser mon esprit s’évader un moment, parfois j’ai tout laissé de côté pour déjeuner avec lui ou jouer aux cartes, ou vider le lave-vaisselle.

Ce n’est pas passé du rouge au vert comme ça, en un claquement de doigts magique. Je n’ai pas trouvé de poussière d’étoile qui résout tous les soucis. J’ai encore soupiré quand je l’entendais arriver à petits pas pas discrets. J’aurais aimé plus souvent remplir des pages d’écriture ou savourer le silence de l’aube.

Mais c’est ma vie de maman, et je l’accueille comme ça. 

Accueillir, ce mot fait vraiment partie des mots-clés à retenir, c’est un de mes préférés et on l’utilise beaucoup chez les Fabuleuses.

Parce qu’accueillir, c’est aimer.

Apprendre à s’accueillir soi, puis accueillir l’autre, c’est une immense preuve d’amour.

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut plus poser des limites et exprimer ses besoins aux personnes qui nous entourent. Prendre du temps pour soi et demander à son entourage de respecter cela reste important. Mais avancer avec agilité l’est aussi.

Chère Fabuleuse,

Je te souhaite de vivre pleinement ta vie de maman, de femme, d’épouse, d’amie, d’entrepreneuse, de rêveuse, de perfectionniste qui se soigne, de bordélique qui met un peu d’ordre… ta vie à toi, tout simplement, fabuleusement et au-delà. Tu verras que les bras que tu ouvres à toutes sortes d’aléas qui ne manqueront pas de jalonner ton chemin pourront apporter des couleurs et des saveurs que tu ne soupçonnais pas.



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CHÈRE FABULEUSE
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Cet article a été écrit par :
Myriam Oliviéro

Infirmière de formation et diplômée en médecine tropicale, Myriam s’est orientée vers l’action médico-sociale auprès des publics démunis. Après un séjour de 2 ans en Afrique de l’Ouest, elle s’est investie en France dans différentes associations.

Mariée à un Fabuleux infirmier et pianiste avec qui elle a 2 garçons, elle a rejoint cette année l’équipe des Fabuleuses en tant qu’assistante de rédaction.

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