Les bides de l’Avent - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Les bides de l’Avent

Agathe Portail 7 décembre 2021
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Chaque année l’inventivité des marketeux de toutes les entreprises de grande conso augmente, vous avez remarqué ? Aujourd’hui le calendrier de l’Avent garni de petits chocolats (naguère d’un paganisme scandaleux) fait pâle figure face au calendrier Playmobil, à celui de Nuxe, Séphora, Kusmi Tea, Lego, Pokémon… On trouve même des calendriers de l’Avent avec 24 paires de chaussettes. J’en ai même dégotté un bourré de foie de canard et de rillettes (c’est le Comtesse du Barry, pour celles qui sont plus cochonailles que confiseries).

Lorsque mon aîné a eu 6 ans, j’ai été prise d’une bouffée délirante de mère parfaite

et j’ai planté 24 clous dorés sur une grande planche. Nous avons dessiné un chemin, collé du sable dessus, peint un décor de désert, des silhouettes de chameaux. Puis nous avons coupé des tiges de laurier-sauce pour faire comme des palmiers, et j’ai acheté 24 maisonnettes en bois à peindre dans un temple de l’achat impulsif que je ne nommerai pas, j’ai déjà fait bien assez de mal avec mes charcuteries. Mon fils était couvert de paillettes, je me suis éclaté le pouce en plantant les clous, et nous avons découvert avec horreur que les trous des petites maisons étaient trop petits pour y glisser de gros dragibus.

Mon calendrier home made n’était plus qu’une planche peinte qui sentait le bœuf bourguignon

(rappelez-vous le laurier-sauce). 

L’année suivante, j’ai investi sur internet dans un magnifique calendrier religieux.

Chaque jour, une belle phrase proposait de remettre un peu de sacré dans notre Avent-boule-à-facette-guirlande-clignotante, nom d’une pipe. Flop total, peut-être parce que ce n’était pas des dessins de Fleur-Lise, mais une fois que mes enfants ont compris qu’il n’y avait rien à manger dans les petites cases, ils ont arrêté de se battre pour les ouvrir. J’ai dû le faire moi-même, avant de lire péniblement les phrases au dîner tandis qu’ils se battaient pour éteindre les bougies de la couronne de l’Avent.

Ébranlée par le manque d’enthousiasme de ma marmaille, j’ai décidé de redevenir à leurs yeux la meilleure maman du monde et nous avons craqué pour un calendrier Kinder. Enfer. Les cases s’ouvraient par magie dans le désordre et je n’ai jamais su qui s’enfilait les schokobons en douce (ça y est, Fabuleux, tu peux avouer, il y a prescription). D’une voix plaintive, ma fille m’a fait remarquer que la moindre des choses quand on avait quatre enfants, c’était de s’assurer que chaque case contenait assez pour satisfaire tout le monde.

Quelle indignité. 

Du coup, l’année d’après (on arrive bientôt à la conclusion de cette épopée, rassurez-vous),

J’ai acheté… cinq calendriers.

Deux kinders, un playmobil pour mon fils qui n’aime pas le chocolat, un autre pour ma fille plaintive, un Nocibé pour moi (que j’ai ouvert intégralement avec mes belles sœurs le jour de Noël pour atténuer ce terrible sentiment de culpabilité d’avoir cédé au consumérisme). C’était festival : une orgie de chocolat, de petites pièces playmobil coincées sous le lave-vaisselle, une effervescence incroyable à chaque ouverture de case, des larmes de rage quand on partait le week end sans emporter les calendriers.

Inutile de vous dépeindre la réprobation totale de mon mari et de ma mère, je crois que vous imaginez. 

Et voilà la conclusion de ce cheminement laborieux vers un Avent joyeux et un poil profond quand même. J’arrivais à la fin de l’année avec la désagréable impression que mes enfants n’arrivaient pas à s’aimer entre eux. Les conflits ouverts alternaient avec les petites vacheries et j’ai jugé utile et sympathique de les aider à développer leur amour mutuel.

Chacun s’est vu remettre cinq feuilles à compléter : une pour papa, pour moi, pour Chat, pour Marcassin, pour Licorne multicolore et pour Lionne (donc six, sauf la sienne).

Chacune comportait les mêmes phrases :

J’aime quand [marcassin] …

[marcassin] me fait rire quand …

La qualité de [marcassin] c’est …

Mon meilleur souvenir avec [marcassin] c’est …

Ce que [marcassin] fait le mieux, c’est …

Chaque phrase a été complétée, découpée en une bandelette. Ca faisait 5 feuilles x 6 personnes x 5 bandelettes, soit 150 bandelettes que j’ai mélangées et glissées dans les 24 cases du nouveau et dernier calendrier de l’Avent.

Chaque matin, chacun recevait un petit mot gentil d’un frère, d’une sœur, d’un parent.

Connaître le bien que son frère ou sa sœur pense de lui a mis en joie mes enfants. Nous, les parents, avons été éberlués des qualités que nous prêtaient nos enfants. Un vrai shoot de joie sans calorie chaque jour.

J’ai découvert que mon Chat se souvenait avec nostalgie de la fois où il avait eu une bonne gastro et que je l’avais chouchouté à la maison. C’était trois ans auparavant. Ma Licorne s’est regonflée à bloc quand elle a su que sa qualité aux yeux du Marcassin qui lui fait parfois une vie d’enfer, c’était « joyeuse ». Mon mari a reçu deux fois un « j’aime quand papa fait la bagarre le soir ».

Nous avons découvert ce qui comptait profondément à leurs yeux à ce moment-là :

des choses toutes simples dont nous n’avions jamais mesuré la portée.

Alors c’est peut-être culcul la praloche, mais on recommence cette année. Et toi chère Fabuleuse ? Quel est ton plus gros bide de l’Avent ? Quelle est la meilleure idée que tu aies eue pour vivre cette période ?



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d'adoption, Agathe Portail écrit des polars publiés chez Calmann Levy et des histoires jeunesse pour la Fabrique à histoires de Lunii. 
https://calmann-levy.fr/auteur/agathe-portail

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