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Le deuil de la maternité

Un matin en semaine. Hannah dort. Mon fils aîné attrape son sac à la volée pour partir au lycée. Il y a 17 ans, je l’attendais. J’étais heureuse : j’allais devenir mère pour la première fois. Puis les années ont filé. Trop vite… Par la porte entre-ouverte, j’aperçois le visage poupon et paisible de ma dernière-née.

Je sais qu’une page se tourne : je n’aurai plus d’enfant. Nous n’aurons plus d’enfant.

Une étape importante, pas toujours facile.

Je ne compte plus le nombre de femmes qui auront pu me confier avoir désiré un autre enfant, sans l’accueillir en définitive. Un renoncement qu’il leur aura fallu vivre différemment, chacune avec son tempérament, son histoire personnelle, ses représentations, l’équilibre de leur couple. Un renoncement plus ou moins bien vécu selon s’il découle d’un choix personnel, d’une injonction, ou de l’épreuve de la réalité : celle de l’âge ou de la maladie notamment.

Alors je me souviens …

… de ces grossesses qui m’avaient rendues malade comme un chien, de celles où j’avais pu m’épanouir. La grossesse, période de l’entre-deux qui nous fait passer de fille à mère, et qui laisse parfois un souvenir de bien-être si grand que son évocation même laisse nostalgique.

Je me souviens de ces derniers moments où, ronde et pleine de vie, je brossais les tapis pour accoucher enfin.

Je me souviens de la naissance, de son attente pressante, de la découverte de mes bébés, du bonheur de materner.

Il s’agit de prendre conscience que ce temps ne reviendra pas ; que cette expérience charnelle, sensorielle, physiologique et fusionnelle, qui pouvait faire émerger une perception différente, plus sensible, de soi et du monde, ne sera plus vécu.

Elle renvoie au temps qui passe, à la jeune femme que nous étions et que nous avons peut-être aimée, au corps qui change et qui vieillit …

Elle renvoie au couple balbutiant dans lequel nous voulions croire, qui devenait famille, faisant ses premiers pas dans un bonheur parfois naïf.

Faire le deuil de la grossesse, c’est faire le deuil de tout cela : d’une expérience féminine intime, forte, et d’un temps porteur de promesses.

Nous n’aurons plus d’enfant.

Mais le deuil de la maternité ne se limite pas qu’à celui de la grossesse : c’est aussi accepter de ne plus devenir mère « encore une fois », de ne plus accueillir d’enfant, quand bien même nos bras et notre cœur auraient pu donner encore beaucoup d’amour.

Certaines femmes portent en elles un « nombre idéal » un peu mystérieux, pas forcément rationnel, et qui les comble une fois atteint. Elles savent, à un moment donné de leur vie, que cette période de l’accueil de l’enfant touche à sa fin. Cela ne veut pas dire que ce deuil sera plus facile, moins ambivalent. Peut-être se sentiront-elles « vides », pour reprendre l’une de leurs expressions, mais elles auront l’impression, quoi qu’il en soit, d’avoir porté un projet et d’en avoir accompli une partie. Le deuil de la maternité apparaît comme étant dans l’ordre logique des choses.

Pour d’autres femmes, réaliser qu’elles ne seront plus mère « une fois de plus », surtout quand cela n’était pas envisagé ainsi, est un travail d’acceptation, de résignation, qui les interroge dans leur identité de façon parfois brutale pouvant aller jusque la remise en question identitaire. C’est un peu comme si la femme se sentait amputée de la capacité de donner la vie, tout en y étant confrontée chaque mois, à travers la cycle menstruel.

Seules, ou avec leur compagnon, elles devront revoir leurs projets. Selon les représentations de chacun/es quand à la famille -,nombreuse – et l’énergie psychique investie dans cette forme d’avenir, le deuil sera plus ou moins complexe. Le dialogue, la patience et la douceur sont indispensables dans ces moments-là. Le risque étant de minimiser la tristesse vécue, de ne pas la reconnaître et de la laisser s’ankyloser sous forme de mal-être dont l’origine sera difficile à nommer.

Vers d’autres caps…

Certes, il faudra lui dire « au-revoir », à cet enfant de plus qui ne viendra jamais ; le laisser partir, afin de nous tourner, apaisées, vers d’autres joies.

Le deuil de la maternité nous pousse à investir d’autres espaces, personnels, conjugaux, familiaux, relationnels, professionnels.

Il crée un espace de désir dans lequel se logera une énergie incroyable pour se tourner vers d’autres projets, chacune à son rythme, tout en restant mère auprès de l’enfant qui grandit. Et pourquoi pas en lui donnant envie, à travers notre joie d’être femme et tournée vers l’extérieur, de découvrir le monde au-delà des limites de notre cœur possessif et des tribulations de notre foyer …

HelenedumontrondeAprès avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle garde l’intuition que celle-ci ne peut être pensée sans la présence du masculin. Elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux depuis 18 ans et 6 enfants !
conseilconjugaletparentalite.com

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  • Sousou Mumynet

    Très bel article qui met des mots sur ce que nous ressentons toutes à un moment de sa vie.

  • Agnes Jallet

    Tres bel article ! La souffrance est essentielle a accepter, mais réjouissez vous d’avoir la chance d’ être MAMAN !
    Il ne faut pas toujours pensez que l’on en voudrait plus mais apprécier déjà ce qui nous a été offert par la vie !