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Dans ma tête

Après deux fausses couches, je fais comme si

Alice Corbaz 21 octobre 2020
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Après ma première grossesse, j’avais en moi l’espoir que, lorsque je serai à nouveau enceinte, je saurais trouver une manière de ne pas vivre dans l’illusion de la maîtrise que m’avait apporté le suivi médical, mais que je pourrais simplement accueillir ce qui vient, sans tout savoir. 

J’étais loin de me douter que j’allais découvrir l’inverse de la maîtrise :

La vulnérabilité.

Dans son livre Le pouvoir de la vulnérabilité, Brené Brown fait une liste des réponses qu’elle a reçues à la question suivante :

« Qu’est-ce que la vulnérabilité pour vous ? ».

Parmi les réponses, une a particulièrement retenu mon attention : « Être enceinte après trois fausses couches ». Évidement que cette réponse m’a accrochée, puisque je venais d’en vivre deux. Mais d’abord, je ressentais une certaine incompréhension : j’étais tellement loin de m’envisager à nouveau enceinte après le tsunami qui m’avait mise à terre que je ne comprenais pas trop en quoi être enceinte après avoir fait une fausse couche pouvait être de la vulnérabilité.

Maintenant, je comprends cette réponse au plus profond de mon être.

Je la vis, je la ressens, je l’expérimente.

Je suis à nouveau enceinte, et cette grossesse (et en particulier les trois premiers mois) me fait découvrir les méandres de la vulnérabilité, bien plus que toute autre expérience de ma vie passée. Cette vulnérabilité se cristallise dans ces mots, que j’ai l’impression de répéter sans cesse « je n’y arrive pas ».

  • Je suis trop fatiguée, je n’arrive pas à me reposer et à vraiment reprendre des forces. 
  • J’ai des nausées, je n’arrive pas à manger, même si je sais bien que c’est la seule chose qui va faire passer un peu mes nausées. 
  • Je me sens déshydratée, mais je n’arrive pas à boire.
  • Je suis trop épuisée, je n’ai pas de patience, je n’arrive pas à m’occuper de ma fille de deux ans.
  • Je n’arrive pas à fournir de l’énergie pour mon travail. Et je n’arrive pas à ne pas penser à tout ce que j’ai à faire pour mon travail.
  • Je n’arrive pas à prendre du temps avec mon mari. Je n’arrive pas à prendre du temps pour moi.

Sans oublier toute la dimension intérieure et émotionnelle : 

  • Je n’arrive pas à me projet dans l’avenir, j’ai trop peur de l’incertitude de ce qui peut arriver ou non.
  • Je n’arrive pas à être simplement positive, j’ai trop conscience que la réalité peut aller dans un sens comme dans l’autre, et que « ça n’arrive pas qu’aux autres ».
  • J’ai perdu l’insouciance, et même si j’ai accepté cela, ce hasard, cette surprise de la vie, je n’arrive pas pour autant à mettre pleinement mon énergie vers l’avenir qui, peut-être, nous attend.

Et que c’est épuisant de ne pas y arriver !

Pour moi, qui n’ai que très peu vécu par le passé ce sentiment d’échec, ce « je n’y arrive pas », je le découvre de plein fouet depuis quelques mois. Je l’explore, je l’approfondis, avec de l’aide et du soutien plus que nécessaires, mais à chaque fois il me surprend par sa virulence dans ma vie. 

Et lorsque j’accepte de dire « je n’y arrive pas », je me sens vulnérable, exposée à l’incertitude, au risque et aux émotions fortes (c’est comme cela que Brené Brown définit la vulnérabilité).

En tout cas, une chose est sûre :

Je ne vis pas dans l’illusion de maîtriser, puisque je ne maîtrise absolument rien… 

Au moment d’écrire ces lignes, je dois avouer que je ne suis plus tout à fait au cœur de ce tourbillon d’émotions. Le temps passe, et avec lui un peu de sérénité s’installe, tant grâce au chemin personnel que je fais que grâce tout simplement au fait que mon bébé grandit en moi, et que les maux de début de grossesse se dissipent gentiment.

Néanmoins, je ne suis pas non plus entrée dans un : « Accepte ce qui vient, le bon comme le mauvais, vis le moment présent, et tout ira bien ! » Non, ce n’est pas ce que je vis, et ce n’est même pas tellement ce que je pense vivre un jour.

Je sais que l’avenir peut être sombre, je sais aussi qu’il peut être lumineux.

Il l’a été pour moi au moins une fois, et il l’est, puisque j’ai la chance d’avoir une merveilleuse petite fille ! Et s’il n’est pas sot d’espérer le bonheur, il m’est impossible d’oublier que tout peut arriver.

Mais depuis quelques semaines, une petite idée a germé dans ma tête, dans mon cœur. J’ai mis du temps à l’identifier, et surtout à accepter qu’elle n’était pas inutile, voire futile. J’ai mis du temps à me dire qu’elle pouvait peut-être faire la différence et me permettre d’avancer sur un chemin d’espérance.

Je fais « comme si ».

Comme si tout allait bien se passer. Comme si dans quelques mois, j’allais accueillir un bébé dans mes bras, comme si ma fille allait devenir grande sœur, comme si notre famille allait s’agrandir, comme si j’allais ressentir à nouveau cette bouffée d’amour en sentant le corps chaud de mon bébé sur moi pour la première fois. Je fais comme si. Parce que c’est aussi possible que ça arrive.

Et aussi étonnant que ça puisse paraître, ça m’aide. 

Ça m’aide à ne pas simplement m’attendre au pire, à ne pas avoir constamment cette ombre qui plane au dessus de ma tête. Il m’est devenu insupportable de vivre avec ce sentiment là, ce regard tourné vers le malheur uniquement. Alors bien sûr, ça n’efface pas la menace, et je ne crois pas que je pourrais un jour l’effacer. Mais au moins, ça l’éloigne un peu, ça la contient dans un coin.

Dans un premier temps, faire « comme si » m’a permis de m’ouvrir à l’accueil de ce qui viendra, mais ça m’a surtout permis, petit à petit, de me réjouir, de me projeter, de mettre de l’énergie de vie vers l’avenir.

Et aujourd’hui, je peux dire que je choisis de m’attendre au meilleur, tout en sachant que tout peut arriver. Je choisis, au présent, parce qu’à chaque instant c’est un choix que je fais, que je refais et que je vais continuer de refaire.

À chaque instant, je choisis de mettre la menace un peu plus loin, pour faire plus de place à la joie qui est là.

Et que ça fait du bien de ressentir cette joie !

Bien sûr que je reste vulnérable, bien sûr que je ne maîtrise toujours rien, mais je suis sur un chemin d’acceptation de cette vulnérabilité, et je découvre la vie qu’elle permet malgré tout de vivre

Ça me paraît presque fou d’écrire ces lignes, j’en tremble presque de me dire que c’est effectivement le cas. Mais oui, c’est le cas :

Je m’attends au meilleur pour ce bébé, pour moi, pour nous.

Et surtout, je profite et je suis reconnaissante de chaque instant qui m’est donné de vivre avec ce petit bébé dans mon ventre, dans notre vie. Car ces instants passés resteront toujours des instants vécus, quoi qu’il arrive.

Et ça, c’est cadeau.



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Cet article a été écrit par :
Alice Corbaz

Maman depuis novembre 2018, Alice vit en Suisse, est pasteure et travaille principalement auprès des jeunes. Elle apprend chaque jour à conjuguer un peu mieux sa vie professionnelle et personnelle, aux côtés de son Fabuleux mari. Passionnée par les questions de déculpabilisation, de découverte de soi et d’épanouissement personnel, Alice a plaisir à poser sur le papier et à l’écran ce qui habite ses pensées.

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