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J’ai peur de tomber enceinte (une fois de plus)

Hélène Dumont 21 février 2022
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À l’époque de la maîtrise de la fertilité, cette peur est-elle encore légitime ? En réalité, la question est peu évoquée dans les médias. Par respect pour les femmes qui rêvent de concevoir un enfant mais qui n’y parviennent pas ? À moins qu’elle ne semble désuète : la peur d’une grossesse non désirée appartient aux femmes des générations passées. En 1967, l’arrivée de la pilule sur le marché français libère des milliers de femmes de cette appréhension. Un véritable soulagement qui leur permet de découvrir la sexualité plus librement, d’organiser leur vie autrement, de penser la maternité comme un choix et non comme un devoir. 

Pourtant, la peur d’être confrontée à une grossesse non-désirée est encore d’actualité.

Déposée en entretien, elle questionne ou culpabilise. C’est ainsi qu’Élodie, mère de trois enfants me dit :

« Est-ce possible d’exprimer le stress que je ressens à l’idée de tomber enceinte ? Qui pourra comprendre ma colère contre mon corps trop fertile ? On me répond que j’ai de la chance de faire des enfants en claquant des doigts ou qu’il suffit de faire une ligature des trompes. Je le vis comme une injonction à me taire. Ma peur n’a pas de valeur. » 

J’ai découvert cette appréhension particulière, néanmoins récurrente, en accompagnant les femmes sur la problématique du manque de désir sexuel. Celui-ci n’est pas la conséquence systématique de la peur de tomber à nouveau enceinte ; en revanche, en investiguant davantage, il arrive que la femme verbalise la peur d’une grossesse non désirée. Quand elle devient envahissante, cela finit par alourdir, pour ne pas dire éteindre, tout désir sexuel.

« Je ne veux plus d’enfant et je ferai TOUT pour ne plus en avoir »

pourrait-on résumer, si je devais reprendre l’ensemble des propos qui me sont confiés. 

TOUT. Quitte à ne plus faire l’amour, à se priver de son élan sexuel, à étouffer son érotisme. Élodie admet concevoir des stratégies pour ne plus être désirable afin de maintenir son propre désir, sa peur et son mari à l’écart

Cette attitude est source de tension.

Divisée dans son for intérieur, la jeune femme m’explique qu’une partie d’elle-même voudrait refaire l’amour et rêve de pénétration, tandis qu’une autre refuse avec ardeur :

« À peine ai-je accueilli le sexe de mon mari en moi, que déjà je bascule le bassin pour me retirer. Je focalise, et cela me dépasse, sur les retombées de cette union. Il suffit d’un seul spermatozoïde, or je ne veux plus de bébé. »

Prise en étau, la sexualité se transforme en véritable champ de bataille personnel et conjugal d’où il semble difficile de s’extirper. 

Laissez-moi évoquer l’histoire de ces femmes :

Sophie est maman de trois garçons. Son dernier est arrivé sous stérilet en cuivre. Une fois le choc de l’annonce passé, le couple décide d’accueillir cette promesse de vie inattendue. Mais à la joie de la naissance succède une immense fatigue. Les petits sont rapprochés, trop rapprochés pour Sophie qui s’épuise peu à peu. Aujourd’hui, alors qu’elle retrouve un équilibre, elle redoute tout rapport sexuel et refuse la pénétration. Elle en souffre et son mari aussi. Elle sent qu’elle se prive d’un désir de fusion qui autrefois la ressourçait et la rapprochait de son mari.

Mais Sophie n’a plus confiance « ni en son corps qui lui joue des tours, ni en la contraception ».

Lætitia est tombée enceinte sous pilule. Une gastro au mauvais moment aura suffi pour que son corps privé d’hormones déclenche une ovulation. L’arrivée d’un quatrième bébé panique le couple. Tout deux ont fait le choix de l’avortement et gardent de cet évènement un souvenir désagréable. Depuis, Lætitia reste figée à l’idée que cela se reproduise et ne parvient plus à se laisser aller dans l’étreinte sexuelle qui devient peu à peu douloureuse, sous l’effet de son corps crispé.

Je pourrais encore vous parler de Claire : pratiquant la méthode symptothermique, elle s’est réveillée un matin avec un retard de règles. Un voyage professionnel l’a rendue moins attentive dans ses observations. Neuf mois plus tard, son bébé était dans ses bras. Ou encore de Stella et du retrait manqué de son mari ; de Mélanie dont le petit second a été conçu 4 mois après la naissance de l’aîné, sous préservatif.

La peur de tomber enceinte malgré soi témoigne de l’importance que la femme accorde à la question du désir ou du non-désir d’enfant, à sa façon de vivre la maternité avec responsabilité, à l’écoute de ses limites de femme et de mère. Mais quand elle devient trop présente, elle impacte la femme et le couple de façon brutale, invitant les hommes à s’impliquer nécessairement dans la question de la gestion de la fertilité, si ce n’était pas déjà le cas avant. 

Un enfant de plus, est-ce vraiment insurmontable ? 

Pour certains, il s’agira d‘effectuer un pas de côté. Tout simplement. L’enfant annoncé viendra révéler un désir, une force ou actualiser un amour. Pour d’autres, un enfant de plus sera comme un détonateur, un grand saut dans le vide, une mise en danger, l’accentuation d’une situation fragile, plongeant l’ensemble de la famille dans une immense détresse. Et c’est bien de cela que me parlent ces femmes :

« Nous sommes fatigués, nous n’avons pas les ressources psychologiques et matérielles pour agrandir la famille. Si je tombe enceinte, je me sentirais en danger, ainsi que mon couple. »

La fertilité fait partie inhérente de la sexualité.

Nous ne pouvons faire autrement. Elle induit des possibilités mais également des limites : celles de faire un enfant. Un package qui force le couple à se positionner avec lucidité. Un rapport sexuel peut entraîner une conception. Le point commun de ces histoires partagées est que chaque femme pensait agir de façon responsable, mais aucune n’avait envisagé de faire partie du pourcentage minimum d’échec. 

Aujourd’hui, les voici en guerre contre leur corps « trop fertile », parfois contre leur compagnon dont la question de la fertilité ne semble à peine les effleurer, ou alors contre la recherche en médecine qui « semble se foutre de la question de la contraception masculine » peste Sophie dans un souci d’égalité de la prise en charge de la fertilité dans le couple. 

En vérité, de plus en plus d’hommes se sentent concernés par la gestion de cette problématique. Olivier me transmet sa technique « ceinture et bretelles » : sa femme gère ? Très bien. Il en fait de même de son côté. Ce sera donc pilule et spermicides. Amaury estime que sa femme a bien travaillé : après 3 enfants, il entame une démarche de vasectomie. « Zéro bébé, que du plaisir ! » blague-t-il. Pierre en fait de même pour répondre à un idéal écologique : il ne veut plus que sa femme avale des hormones. 

Cette réflexion amène le couple à se projeter dans une autre étape de vie :

Que voulons-nous construire désormais ? Que pouvons-nous accueillir ? Ce questionnement, ouvert sur le monde, force également le couple à réinventer sa sexualité. En effet, le temps de la sexualité reproductive, qui pouvait stimuler leur désir de façon inconsciente, est révolu. À l’homme et à la femme de se demander ensemble quelle place donner à cette intimité sexuelle pour vivre leurs unions au-delà de la question de l’accueil d’un enfant, dans une logique de complicité et d’amour renforcés.

La peur d’une grossesse non-désirée est donc à appréhender en couple.

Il y a l’aspect pragmatique (comment faire pour dépasser cette peur, quelles solutions apporter) et l’aspect psychologique (repenser sa sexualité). Les solutions miracles n’existent pas mais une réflexion peut-être menée et faire émerger un choix sur-mesure. Une fois soulagée de cette crainte, la femme pourra de nouveau explorer sa sexualité dans un cadre sécurisé. À l’homme de savoir la réveiller, à la femme de se laisser rejoindre.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.helene-dumont-ccf.com/

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