« Être mère, c'est apprendre à se séparer » - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

« Être mère, c’est apprendre à se séparer »

Hélène Dumont 23 février 2017
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Je l’aime bien cette phrase, attrapée au vol il y a quelques années en écoutant la radio. Elle bouscule un peu, c’est vrai, mais elle m’est précieuse. Elle m’aide à voir les enfants grandir, et moi avec.

Un jour, alors que je la glissais dans l’une de mes interventions, une femme s’est approchée de moi. Visiblement, elle était  contrariée :

« Vous n’y allez pas un peu fort ? On nous parle du lien à construire, à soigner, à entretenir, et vous, vous nous dîtes le contraire ? »

Apprendre à se séparer… pour que chacun grandisse. Un espace entre la mère et l’enfant où pourra se déployer l’une des dimensions les plus riches de la relation, celle de l’altérité. Toi et Moi. Tournés vers l’avenir.

Naître.

« Il faut se séparer maintenant »

ai-je envie de murmurer à mon enfant avant la naissance. Les contractions s’accélèrent.

« Tu verras la lumière, tu seras ébloui, tu auras froid, j’aurai mal et nous serons fatigués. »

Ensemble, nous la gagnerons cette bataille, passage de vie nécessaire pour qu’enfin nous puissions nous découvrir. Se séparer pour que tu vives. Apprécier l’aventure qui s’offre à nous : l’histoire d’un lien, bien vivant depuis neuf mois. Risquer la rencontre et l’étoffer.

Au fil d’or ? Pas certaine, mais avec l’intention de faire de mon mieux. Pas à pas.

Nourrir

« Au sein, tu t’accroches. »

Moi aussi. Je ne sais plus si je veux sevrer mon enfant ou le contempler encore un peu. J’aime goûter ce corps à corps qui nous prolonge, sentir ce lien du lait qui nous unit. Mais je suis fatiguée. J’ai besoin de me recentrer, de me « détacher »,  de profiter d’un peu de temps libre pour me retrouver. Au biberon, dans les bras de son père, il découvrira un lait nouveau.

Crèche, école, collège, lycée.

Se séparer. Encore. Sans cesse. Souhaiter ces étapes et les redouter en secret les jours de rentrée. Je voudrai guigner par la fenêtre, le regarder jouer, courir, dévorer les mots et entrevoir le monde à travers les livres. Saura-t-il évoluer dans ces espaces, sans moi ? Parviendra-t-il à se défendre, être attentif aux autres sans se faire influencer ? Le laisser devenir, le pousser parfois tout en souhaitant le protéger.

J’évalue au crayon gris les centimètres gagnés, mois après mois, pour les noter sur le mur blanc. Le calendrier va trop vite, un coup de vent balaie l’éphéméride : le voilà plus grand que « haut comme trois pommes ».

Être mère : lâcher sa main pour lâcher prise. Je le regarde PARTIR, acheter le pain, prendre le bus, dormir sous la tente, monter dans un train ; inquiète et surprise par  ses ressources, son monde intérieur et ses projets fous. Accepter d’être à ses côtés … sans  prendre sa place.

S’approcher, s’éloigner.

Tirer sur le lien. L’impertinence nous fait valser : un pas en avant, un pas en arrière. Un mot d’ordre dans ma tête : le tem-pé-rer. Un mot d’ordre dans la sienne :  aller plus vite, plus loin, au plus proche de ses amis, de ses défis à relever. La tension devient électrique, tellement orageuse que je ne le vois plus : distance insondable. Je ne comprends pas mon enfant.

Intervenir ou pas ? J’observe. J’ai appris à me taire, à mesurer mes paroles, à dire autrement. Les mots que nous échangeons tissent un lien nouveau. Oser la rencontre, l’éprouver, croire qu’elle est possible et grandir ensemble : est-ce cela devenir mère ?

Mon enfant change, je me laisse toucher. « Tu es Toi » : aimable, capable d’aimer, capable d’amour.

Advenir au monde.

Alors : « Go ! » me dit mon intuition, nous sommes suffisamment liés de cœur pour que tu t’en ailles. L’amour maladroit que je te donne devrait suffire pour que tu vagabondes. « Fonce » l’appel de la vie est une grâce. Il y a du lien entre nous. Je ne suis pas responsable du bout que tu tiens, mais je m’accroche fermement au mien. D’autres que moi prendront le relais. Tu peux construire ailleurs. Différemment. Pas forcément comme moi je l’aurais espéré, mais qu’importe si je te vois tourné vers l’essentiel : être heureux.

Qu’importe si tu te trompes un jour, si une épine te fait mal : tu pourras toujours revenir, je pourrai toujours l’enlever, moi, ou ton père du reste. Revenir, pour mieux repartir.

Et quand je serai bien vieille, quand ce sera à ton tour de m’accompagner, c’est toi qui me prendra la main pour ensuite … la lâcher.

Apprendre, une dernière fois, encore un peu, à nous séparer.



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Cet article a été écrit par :
Hélène Dumont

Après avoir suivi un parcours de Lettres et Civilisations, Hélène est devenue professeur des écoles puis conseillère conjugale et familiale. Très attachée aux problématiques de l’articulation du maternel et du féminin, elle travaille aujourd’hui en cabinet libéral au rythme de sa vie de famille : un chouette époux et 6 enfants !
https://www.conseilconjugaletparentalite.com

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