Être enceinte au temps du Covid-19 - Fabuleuses Au Foyer
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Être enceinte au temps du Covid-19

Claire Lamotte-Clert 12 avril 2020
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(Le bébé) Je bouge, je barbote, je danse, je me tourne dans un espace étroit et clos. Je suis bien pourtant au chaud, blotti, protégé justement. Les bruits assourdissants autour de moi se font moins nombreux ces derniers temps. Je ne sais pas pourquoi. À la place, j’entends de plus en plus de chants extérieurs qui me bercent. Je suis confiné, protégé donc et je grandis. Je n’ai pas vraiment hâte de sortir.

Confinement compte double

(La future maman) Je bouge, je danse, je tourne entre les quatre murs de la maison. Confinée et enceinte de presque 7 mois, je n’avais pas prévu que ma grossesse se passe ainsi. Le Coronavirus a balayé toutes nos habitudes et projections !

En attendant, je joue à l’institutrice avec mon aînée. En dépit de mes bonnes intentions et des trésors pédagogiques donnés par la maîtresse, je me cogne parfois, souvent, au caractère indomptable et dissipé de mon enfant.

Heureusement, on se partage la tâche avec mon mari. Un peu de télétravail par ci, un peu de pâte à modeler par là. Et on se retrouve tous en se déchaînant et en chantant sur la piste de danse improvisée du salon.

Une autre ouverture au monde

Je commence à distinguer de mieux en mieux les voix autour de moi : celle de ma mère qui me porte, celle plus grave de mon père et celle aiguë de ma sœur. Ils me parlent à tour de rôle pour me dire leur envie de me connaître, de me prendre dans leurs bras, de jouer avec moi. Bientôt. J’écoute, c’est encore très inconnu pour moi tout ça. Le monde extérieur, non marin. Un peu inquiétant aussi. Mais je me laisse guider par ces voix repères qui seront là à ma sortie pour me guider.

La force que donne aussi la grossesse

Je commence à distinguer de mieux en mieux les chants des oiseaux. Le printemps est là, princier. Le flot des voitures a peu à peu cessé. J’entends de nouveau la voix de la nature. Quand le soleil est là, nous sommes tous plus sereins. La journée nous sourit. Le temps s’étire.

Faire la classe me réjouit de plus en plus. Je m’énerve moins contre ma fille qui est plus attentive par conséquent. Je ne cherche plus le résultat à tout prix. On se serre les coudes et je mesure toute ma chance d’avoir construit cette famille, ma famille. Et avec nous, nous avons le bébé qui pousse dans mon ventre, porteur d’espoir et de renouveau. La fin de monde n’est pas encore pour aujourd’hui !

L’impatience grandit

Boum, boum, boum, un autre cœur bat contre le mien. Je suis son rythme. Il me berce. Je voudrais étirer mes jambes, ça commence à devenir un peu serré ici. Un nouveau sentiment apparaît : je suis partagé entre le bien-être que je ressens et un désir étrange. Une curiosité. Une soif. Une insatisfaction. A quoi me servent donc ces mains, ces doigts, ces oreilles ? Dans mon liquide amniotique, j’ai le pressenti d’un ailleurs. Pour lui, je sens que je suis prêt à me brûler les poumons et ouvrir mes yeux. L’appel de l’air. 

Obligation d’accouchement à domicile ?

Boum, boum, boum, des petits pieds tapent sur la paroi de mon ventre. Le bébé exprime son envie de sortir. Le terme approche. L’ennui et la lassitude de la quarantaine me gagnent aussi. Le soir, j’ai du mal à trouver le sommeil.

  • Vais-je devoir accoucher à la maison ?
  • Trouverais-je une place à l’hôpital ?
  • Qui va s’occuper de notre fille pendant mon accouchement ?

Mon mari me rassure, les mesures de confinements ont aussi été prises pour que les femmes enceintes puissent continuer à accoucher. Oui, oui, je sais mais quand même. Je n’avais pas prévu de gérer cette peur nouvelle, en plus de celle de l’inconnu de l’enfant à naître. Je pose ma main sur mon ventre. Mon bébé vient s’y blottir. Je sors de la maison pour « mon déplacement bref lié à mon activité physique individuelle ». Mon appel d’air !

Le retour rassurant des soignants

Tiens, une sonde se pose contre la paroi de l’autre côté. J’en profite pour faire un peu d’acrobatie et leur montrer de quoi je suis capable. Et regardez-moi ce pied ! Une voix inconnue parle à ma mère. Elle est précise et mesurée. Réconfortante. Et voici mon dernier looping pour vos beaux yeux. Oui, réussi, ouf !

Le virus ne se transmet pas au fœtus

Échographie du 3ème trimestre, tout va bien. Mon gynéco a insisté, il est essentiel de maintenir tous mes examens de suivi. L’échographe me confirme :

« Vous n’avez pas de soucis à vous faire : même en cas de contamination, il n’y aurait pas de transmission de la mère à l’enfant. Actuellement les services de salle de naissance fonctionnent avec des mesures plus strictes. Les pères restent la plupart du temps admissible selon les maternités. Mais les libérales n’ont pas été appelées en renfort. Les effectifs des hôpitaux sont suffisants.  A vrai dire, les conditions d’accueil changent de jour en jour : il faut surtout bien se renseigner et se tenir informée par son équipe soignante.»

Ouf !

La grossesse n’est pas une maladie

Pourquoi suis-je alors si sensible à ces montées d’angoisse ? Ce temps de confinement exige de nous, chère Fabuleuse, de regarder nos peurs en face. Nous ne pouvons plus les fuir. Et c’est le moment de les déplacer et de considérer la vie en nous autrement. Cette épreuve est peut-être un moyen de vivre sa grossesse dans un état de conscience plus élevé, plus confiant aussi dans la Nature et en nous-mêmes. Nous avons trop tendance à tout remettre entre les mains du corps médical… N’y aurait-il pas ici une autre façon de se réapproprier cette grande aventure ? 

La délivrance espérée pour tous

Les récits d’accouchement sont souvent relatés comme des naufrages… si on changeait la donne ? Tout commence par un acte d’amour. Et, au bout de 41 semaines, tout se termine par un autre acte d’amour : l’accouchement. La douleur est là, la persévérance aussi. Ce n’est pas forcément négatif mais ambivalent. En plus d’être beau et fort. Tout simplement comme l’expérience d’être maman.

Nos enfants nous réservent, chaque jour, leur dose d’agacement, de colères … (à compléter au choix !). Ce n’est ni noir ni blanc ! Mais, au final, ne nous sommes pas toutes dépassées par un excès d’amour réciproque ?

Alors chère Fabuleuse, si tu es comme moi dans l’attente d’un heureux événement, profite de ce temps particulier pour te réserver des moments à toi et à ton couple, te reposer et vivre ta grossesse sereinement.

Prends soin de toi tout simplement et ferme tes oreilles aux esprits chagrins !

Et n’hésite pas surtout à échanger avec les autres Fabuleuses autour de toi, mamans ou futures mamans ! 



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Cet article a été écrit par :
Claire Lamotte-Clert

Rédactrice free-lance, enseignante d’écriture et de philosophie, Claire Lamotte-Clert est actuellement en formation de professeur de yoga kundalini. En tant qu’épouse, maman et belle-maman, le féminin et le maternel sont au cœur de ses questionnements. Elle a cœur de mettre en valeur la solidarité entre femmes et d’inventer d’autres formes de sororité. Également illustratrice, elle termine un roman graphique sur son aventure de suppléante dans l’enseignement secondaire. A 41 ans, elle attend enfin son deuxième enfant. 
https://clairelamotte.com/

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