Être en congé parental : bonheur ou horreur ? - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Être en congé parental : bonheur ou horreur ?

maman congé parental
Sandra Aubert 10 janvier 2023
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À son front plissé et ses lèvres fermées, je comprends au premier coup d’œil qu’elle est à cran. Mon amie franchit le seuil de notre maison et pénètre dans la chaleur de notre foyer. Elle se déchausse d’une main, retire la combi pilote de son petit de l’autre et se laisse tomber dans notre vieux canapé en cuir.

La dernière fois que nous nous sommes vues, en septembre, elle rayonnait.

Elle me partageait sa joie de voir ses grands retourner à l’école et son bonheur d’être en congé parental avec le benjamin de la famille.

Pour la première fois de sa vie : pas de sprint au petit matin pour rejoindre le bureau avant les embouteillages, pas de collègues acariâtres, pas de pression du boss, pas de réunions qui s’éternisent tandis que l’heure fatidique de la fermeture du périscolaire se rapproche dangereusement…

Elle se sentait libre, heureuse, accomplie.

Elle m’expliquait le sourire aux lèvres combien elle était à sa juste place en tant que mère de famille.

Elle en avait tant rêvé ! Elle s’imaginait déjà préparer des gaufres au retour de l’école, faire toutes sortes d’activités créatives avec son aînée, profiter des mercredis pour découvrir les musées de la région avec sa tribu, aller à la piscine une fois par mois en famille… Elle allait vivre des moments inoubliables et créer des souvenirs tout doux qui resteraient gravés dans son cœur de maman et celui de ses enfants. Le bonheur était là, à portée de main, me disait-elle.

Mais ce matin, pelotonnée entre les coussins dépareillés du divan, mon amie a les larmes aux yeux.

La réalité de sa vie de maman est bien loin de ce qu’elle avait imaginé…

Tout s’emmêle dans sa tête.

Sa vie est un vrai chaos.

Son congé parental a viré au cauchemar.

Son dernier la réveille plusieurs fois par nuit. Elle est HS.

Son deuxième est tellement affamé à 16h qu’elle a abandonné l’idée du goûter à la maison. Elle le gave de gâteaux industriels devant la maternelle, c’est le seul moyen qu’elle ait trouvé pour éviter les crises de larmes et de colère qui transforment les retours de l’école en calvaire.

Les sorties natation ont été reléguées aux oubliettes. Toute la famille est revenue enrhumée la seule fois où elle a tenté l’expérience.

Et les mercredis sont bien trop chargés entre les devoirs, les activités et les rendez-vous médicaux pour imaginer ajouter au planning familial la visite d’un quelconque lieu culturel.

Elle n’en peut plus de ces journées qui s’enchaînent et se ressemblent.

De ces nuits qui n’en sont pas.

De ces journées qui sont faites de tâches que personne ne voit. Le ménage, la lessive, les courses, la préparation des repas, etc.

De ces mercis qu’elle espère et qui ne viennent pas.

De ces allers-retours à l’école qui rythment la journée matin, midi, soir, qui ne lui laissent pas de temps pour elle et qui l’obligent à garder en permanence un œil sur sa montre.

De ces dépenses qu’elle surveille encore plus maintenant qu’elle n’a plus de salaire.

Des parents qui décrochent à peine un “bonjour” devant le portail de l’école.

De la solitude qu’elle ressent dès que son mari claque la porte de la maison le matin.

Du bruit dans lequel elle passe ses journées, entre les pleurs et les disputes des enfants.

Elle se sent nulle. Elle a le sentiment que son congé parental est un échec total.

Elle en viendrait presque à regretter ses heures passées seule dans la voiture, coincée dans les bouchons. Au moins elle pouvait écouter ses podcasts préférés en entier. Profiter du silence dans l’habitacle. Et savourer le plaisir d’être seule, ailleurs qu’aux toilettes.

Même la mégère du boulot lui manque. Elle parlait, elle, au moins. De tout, de rien. Mais elle pouvait avoir une conversation avec une adulte, c’était déjà ça.

Et puis finalement, la cantine au bureau, c’était bien pratique. Pas besoin de cuisiner pour cinq midi et soir chaque jour de la semaine.

Là, tout de suite, elle voudrait seulement s’enfuir sur une île déserte.

Dormir une semaine durant. Ne plus cuisiner, grignoter simplement lorsqu’elle en ressent le besoin. Vivre à son rythme. Avoir du temps pour elle. Écouter le silence. Et ne rien faire.

Elle en veut à son mari de continuer à vivre sa vie, entre la maison et le boulot, comme si de rien n’était, tandis que sa vie à elle est un vrai tsunami.

Elle lui en veut de son absence. Elle lui en veut de bosser autant et d’être si peu présent. De la laisser dans le marasme de sa vie insensée.

Je dépose devant elle un paquet de mouchoirs, une tasse de thé fumant et quelques chocolats.

Je m’assieds à côté d’elle et l’écoute.

« Si la maternité est une tempête sur l’estime de soi, comme le dit Hélène Bonhomme, le congé parental est un tsunami en plus. Car je n’arrête pas de la journée, mais je ne gagne aucun salaire à la fin du mois. Personne ne me remercie pour tout ce que je fais. Au moins, au bureau, mon boss me félicitait quand un projet aboutissait. Et certains clients étaient reconnaissants du travail que j’avais fourni. Mon travail avait une valeur. J’avais de la valeur. Aujourd’hui je passe mes journées à faire des choses qui ne se voient pas ou si peu et qui sont à recommencer dès le lendemain. J’ai l’impression de devenir complètement transparente. Je n’ai rien à raconter de mes journées. Ma vie est devenue totalement insipide. »

Au fur et à mesure qu’elle met des mots sur ce qu’elle ressent, ses larmes se tarissent. Oser partager avec authenticité ce qu’elle vit lui fait du bien.

Je lui pose alors la question : « de quoi as-tu besoin ? ».

Elle me regarde dans les yeux, réfléchit quelques instants puis prend une grande inspiration et me répond :

J’ai besoin de dormir, je suis crevée.

J’ai besoin d’aide au quotidien, car franchement, j’en ai ras-le-bol de passer mon temps à cuisiner.

J’ai besoin de voir des amies, j’avais oublié combien c’était bon !

Et j’ai vraiment besoin de mettre de la joie dans ce p*** de quotidien.

Elle me partage aussi le fait qu’elle avait décidé de prendre un congé parental après la naissance de son troisième, car son travail ne la faisait plus vibrer. Elle prend aujourd’hui conscience que le travail a aussi ses vertus, dont elle ne mesure la valeur qu’aujourd’hui : la reconnaissance sociale et financière, le sentiment d’utilité, le lien social, l’épanouissement, l’émulation intellectuelle….

Elle convient que le choix du congé parental n’est pas anodin. Il peut réveiller un manque d’estime de soi, un besoin de reconnaissance extérieur, des tensions au sein du couple concernant le partage des tâches…

Ensemble, on émet l’idée qu’un congé parental mérite d’être préparé en amont, anticipé, comme un projet à part entière en répondant en toute sincérité à ces questions :

  • Pourquoi est-ce que je souhaite prendre un congé parental ?

  • Est-ce que mon travail va me manquer ? Si oui, quoi précisément ? 

  • Comment faire pour pallier ce ou ces manques, le temps de mon congé parental ? 

  • Déjeuner avec mes collègues préférées de temps en temps ? 

  • Tisser des liens avec d’autres adultes ? Où et quand ?

  • Est-ce qu’une part de moi fuit mon travail ? Si oui, quoi précisément ?

  • Qu’est-ce que j’ai vraiment envie de vivre pendant mon congé parental ?

  • Qu’est-ce qui est le plus important pour moi ?

  • Est-ce que je peux en parler avec mon conjoint ?

  • Est-ce que ce projet de congé parental est un projet de couple et assumé comme tel ?

  • Est-ce que les incidences financières ont été étudiées à deux et seront assumées à deux ?

  • Au quotidien, qu’est-ce qui risque de me peser le plus ? 

  • Faire à manger à chaque repas ? 

  • Assumer le ménage d’une maison dans laquelle toute la famille ou presque vit matin, midi, après-midi et soir ? 

  • Gérer tous les allers-retours à l’école ?

  • Comment faire pour alléger les aspects qui me pèsent le plus ?

  • Quelles aides puis-je demander ?

  • Comment faire pour conserver un peu de temps pour moi pour ne pas me perdre dans cette vie de maman à temps plein ?

  • De quels soutiens ai-je besoin pour y parvenir ?

  • Que faire de ce temps pour moi ? Qu’est-ce qui peut me ressourcer ?

  • Comment nourrir l’estime de moi ?

  • Réaliser un projet, même tout petit, qui me fasse vibrer et me permette de me sentir vivante ? Lequel ?

  • Ecrire, faire de la danse, apprendre un instrument de musique, peindre, bricoler, réfléchir à un projet de création d’entreprise ?

Quelques semaines plus tard, lorsque je revois mon amie, je la trouve transformée.

Elle a pris des décisions importantes afin de répondre à ses besoins.

Dorénavant, son mari s’occupe des deux grands le matin avant de partir au travail afin qu’elle puisse dormir plus longtemps et alléger sa dette de sommeil.

Elle a décidé de cuisiner des plats très simples le midi pour passer moins de temps en cuisine.

Une fois par semaine, elle invite une maman de l’école à venir boire un café à la maison pendant que son petit fait la sieste le matin.

Et elle réfléchit à un projet de reconversion, pour plus tard…

Grâce à ces ajustements, elle s’est reconnectée à ce qui était essentiel pour elle.

Quelques semaines lui auront suffi pour se mettre en action.

D’autres auraient peut-être eu besoin de davantage de temps. Il n’y a pas de tempo idéal, l’important est d’avancer à son propre rythme, selon ses propres besoins.

Elle sait aujourd’hui que son congé parental n’est pas toujours un océan de bonheur. Elle essuie encore des larmes et des cris, des déceptions et des frustrations, mais elle a conscience que cette étape de vie est une occasion pour elle de grandir en même temps que ses enfants. Elle reconnaît que son congé parental est une opportunité pour se reconnecter à ce qui est vraiment important pour elle, à nourrir son estime d’elle-même et à développer l’amour pour soi !

Si toi aussi, tu es en pleine réflexion mais que le brouhaha du boulot, de la vie de famille ou autre, t’empêche de faire de l’espace dans ta tête, je te conseille de regarder de près le défi que prépare Hélène pour justement t’offrir de l’oxygène : La minute de silence. C’est gratuit et sur inscription ici ! Attention, ça commence le 16 janvier…



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La minute de silence

Cet article a été écrit par :
Sandra Aubert

Diplômée en communication et gestion d'entreprise, Sandra Aubert a travaillé de nombreuses années dans le domaine du développement économique et de l'accompagnement à la création d'entreprise. 
Aujourd'hui, elle partage son temps entre ses 3 enfants, son mari et ses engagements associatifs là où elle vit en Alsace.

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