Dans le sauna - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Dans le sauna

Sandra Aubert 9 juin 2022
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À l’occasion de mon anniversaire, une amie m’a gentiment proposé d’organiser une sortie aux thermes entre filles. Une belle après-midi de détente et de farniente en perspective ! J’imaginais déjà l’eau chaude dénouant mes épaules fatiguées et les jets massant mon dos fourbu, un cocktail à la main, la chaise longue me tendant les bras et mes doigts de pied en éventail.

La perspective de vivre cette expérience avait déjà sur moi l’effet de dix gélules de décontractant musculaire…

Restait à choisir le lieu. Facile ! Nous habitons en Alsace, à quelques kilomètres de la frontière et l’Allemagne regorge de villes thermales sympas. Nous avons donc naturellement choisi une destination outre-Rhin. 

Ce que tu ne sais peut-être pas, chère Fabuleuse qui habite à Bordeaux, à Pau ou à Lille, c’est qu’en Allemagne, les saunas sont des espaces nudistes !

Jusqu’à présent, j’avais toujours soigneusement évité d’y entrer, me limitant aux espaces accessibles à tous. Qui sont déjà nombreux, soit dit en passant.

Mais pour l’occasion, mon amie voulait réserver un soin dans l’espace nudiste….

En découvrant sa proposition par texto, une réunion entre moi et moi-même a commencé. Voici quelques extraits de ces différentes voix contradictoires qui se répondaient dans mon cerveau surchauffé :

« Non, je n’ai pas envie d’y aller, après tout c’est mon anniversaire, alors c’est moi qui décide. »

« Oh après tout c’est une expérience inédite à vivre, ça mérite d’y réfléchir. »

« C’est mixte ?! Alors là non, franchement c’est hors de question. »

« Au moins si je dis oui je suis sûre de garder un souvenir inoubliable de cet anniversaire. »

Etc, etc…

Cette situation inédite soulevait, au fond, une question importante : 

  • Quel rapport est-ce que j’entretiens avec mon corps ?

  • Quel regard est-ce que je porte sur lui ?

  • Que vais-je ressentir lorsque mon amie, et plus encore des hommes et des femmes inconnus, vont découvrir mon corps nu ?

  • De quelles parties de mon corps ai-je honte ?

  • De quelles parties suis-je fière ?

  • Serai-je à l’aise en découvrant les corps nus des personnes qui m’entourent ?

Rapidement, j’ai réalisé que je ne ressentirais aucune gêne concernant le dernier point. Le naturisme, en soi, n’était pas un obstacle pour moi. 

En revanche, ce qui était nettement plus difficile, c’était d’imaginer le regard des autres posé sur moi.

Le nœud du problème était donc là…

Tout l’enjeu résidait en vérité dans ma capacité à clarifier le regard que je portais sur mon propre corps et la bienveillance avec lequel je l’acceptais, tel qu’il était. 

Avec ses lignes droites, ses rares courbures, ses angles fins, sa silhouette menue.

Dans un premier temps, je l’ai observé dans le miroir, avec un regard d’appréhension puis de plus en plus doux.

J’ai réalisé combien il avait changé ces dernières années, au fil des grossesses et des événements de la vie. Je l’ai remercié pour les miracles dont il avait été capable, en mettant au monde trois magnifiques enfants. Et pour les douleurs qu’il avait encaissées ces dernières années.

Mon regard s’est progressivement chargé de fierté et c’est à cet instant précis que j’ai compris que j’étais prête.

J’ai donc accepté l’invitation. Et je ne l’ai pas regretté. 

L’après-midi que j’ai vécue restera un souvenir fort et indélébile.

Nous avons vécu un beau moment entre amies en acceptant de se montrer telles que nous étions.

Dans toute notre vulnérabilité. Sans faux semblant. En toute authenticité.

Cette expérience a fait naître aussi en moi un profond sentiment d’humanité. Je me suis sentie reliée à tous ces inconnus qui, comme moi, s’exposaient aux regards des autres sans retenue. Frêles ou tout en rondeurs, élancés ou de petite taille, jeunes ou plus âgés… 

J’ai réalisé que nous formions ensemble cette grande humanité riche dans sa diversité et sa pluralité.

Peut-être, chère Fabuleuse, aurais-tu réagi différemment à ma place.

Peut-être aurais-tu accepté l’invitation sans aucune hésitation, ton corps étant depuis toujours ton plus grand complice.

Peut-être aurais-tu refusé. Ne te sentant pas prête à vivre cette mise à nu. 

Peut-être aurais-tu attendu quelques années pour relever le défi, le temps de cheminer et d’accepter ce corps qui est tien.

Peut-être aurais-tu osé affronter le regard de l’autre, et avant tout le tien et aurais-tu apprécié l’expérience, comme moi.

Quoi qu’il en soit, et parce que chacun de ces “peut-être” mérite le respect, je te souhaite du fond du coeur de pouvoir expérimenter un jour ce sentiment de liberté, cette sensation d’être reliée au monde, d’être parfaitement imparfaite… et de sentir que c’est parfait ainsi !



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Cet article a été écrit par :
Sandra Aubert

Diplômée en communication et gestion d'entreprise, Sandra Aubert a travaillé de nombreuses années dans le domaine du développement économique et de l'accompagnement à la création d'entreprise. 
Aujourd'hui, elle partage son temps entre ses 3 enfants, son mari et ses engagements associatifs là où elle vit en Alsace.

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