Bonne fête au père de mes enfants - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Bonne fête au père de mes enfants

papa enfant sur ses épaules
Agathe Portail 13 juin 2024
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Mon amour, mon Fabuleux,

J’ai fait de toi un père. Comme tu avais fait de moi une mère, je te devais bien ça. Ensemble, nous avons découvert comment tout ceci (la parentalité, on s’entend !) fonctionnait. Tu t’es réjoui tout de suite de savoir que nous allions devenir parents, tandis qu’il m’a fallu presque trois mois pour que ce choc devienne pour moi une bonne nouvelle. Tu t’es émerveillé en lisant chaque soir le petit texte qui nous racontait le développement de ce mystère si bien caché en moi. Tu as été décontenancé de me voir baver sur l’oreiller à 21 h pétantes, me nourrir de purée Mousline et de bonbons acidulés (des Lutti, sinon je vomis !). Tu as réclamé pour moi le droit de griller la file d’attente, tu as découvert avec moi comment on est censé respirer quand on accouche et tu m’as aimée baleine. 

Et puis…

Il est arrivé, ce bébé. On n’y connaissait pas grand-chose, ni toi ni moi, et on a improvisé.

Tu as eu des intuitions géniales : m’apporter en guise de cadeau de naissance une bouée sur laquelle j’ai pu m’asseoir et cesser de souffrir, me rappeler que nous avions décidé de faire dormir notre nourrisson dans son si joli berceau, dans sa chambre, faire jouer les morceaux enregistrés de notre synthé pour calmer ses pleurs inconsolables. 

Tu as eu des tendresses et des mots doux qui m’ont surprise, tu as essayé de te lever toi aussi pour me mettre notre bébé au sein, « pour participer » jusqu’à ce que je te supplie de n’en rien faire, pour qu’au moins l’un de nous deux ait les yeux en face des trous. Tu as écourté tes soirées au boulot, tu as compris que j’étais devenue moins solide, tu m’as regardée dormir jusqu’à midi et tu as patienté jusqu’à ce que je te laisse de nouveau être mon époux

Chaque nouvel enfant a rebattu les cartes.

Je n’étais plus novice, tu devenais pater familias, et ensemble nous nous sentions prêts à nous agrandir jusqu’à l’infini. Tu as pris sur toi quand je ne pouvais plus, tu as veillé à nous, et parfois, front contre front, nous avons lutté l’un contre l’autre parce que redéfinir le contour de qui nous étions ne se faisait pas si facilement. 

Quand j’ai dû te laisser seul pour gérer la marmaille, tu as d’abord couru chez tes parents. Et puis, la vie faisant, tu n’as plus eu besoin, plus eu le choix : tu les as assumés tout seul, tes trois, tes quatre, pendant que je partais prendre l’air. 

Comme un père le fait, tu les as emmenés sur les sentiers de ton enfance,

pour leur offrir les mêmes joies, les mêmes libertés, et tu as marché sur les leurs, parce qu’ils étaient différents.

Comme un père le fait, tu as écouté leurs histoires interminables, leur babillage étourdissant, leurs rires et leurs chansons.

Comme un père le fait, tu as soigné des ampoules, des piqûres, des coupures et des peines profondes.

Comme un père le fait, tu as rogné sur ton temps, tes loisirs, tes priorités pour leur faire de la place et me laisser être autre chose qu’une mère.

Comme un père le fait, tu as grondé, tempêté, ajusté tes mots et tes émotions, apprivoisé ta force et ton autorité. 

Comme un père le fait, tu as pris le joug et tu as tiré, parfois c’était lourd, parfois c’était trop, et tu n’as pas tout lâché par terre, tu as découvert que tu étais courageux pour de vrai.

Nous sommes parents si différemment. 

Je t’ai épousé jeune homme et je t’observe, tandis que tu remplis ton rôle. Tu te bonifies, tu deviens plus sage et plus à l’écoute. 

J’aime que tu aies confiance en la mère que je suis. J’ai confiance dans le père que tu es.

Nos enfants ont une chance immense de t’avoir et de te ressembler. 

Je pense à ces Fabuleuses dont les chemins de vie ne sont pas si roses. Je pense à celles qui auraient bien voulu écrire ces mots pour le père de leurs enfants, mais qui ne le peuvent pas. Je pense à ces pères qui n’ont pas trouvé en eux les ressources nécessaires, à ceux qui se sont découverts fragiles, abîmés, pas à leur place, à ceux qui ont renoncé sans livrer bataille, à ceux qui ont abîmé, blessé, menti. Aux pères imparfaits, à ceux qui nous ont déçues, à ceux qui avaient l’occasion et ne l’ont pas saisie, à ceux qui ne savent pas comment réparer. 

Vous êtes pères. Vous avez fait de nous des mères. 

Parfois, c’est la seule chose positive qui nous soit arrivée ensemble, le seul cadeau que nous nous soyons fait et la seule gratitude que nous puissions vous adresser. 

Bonne fête, avec tout l’amour dont nous sommes capables aujourd’hui.



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Cet article a été écrit par :
Agathe Portail

Maman de 4 enfants (très) rapprochés et girondine d’adoption, Agathe Portail écrit des romans adultes édités chez Actes Sud, Calmann Levy et J'ai lu, mais aussi des romans historico-fantastiques édités par Emmanuel Jeunesse.

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