Bien s'entendre avec sa belle-mère : mission possible ? - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Bien s’entendre avec sa belle-mère : mission possible ?

Valérie de Minvielle 7 novembre 2021
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Si les belle-mères peuvent représenter une opportunité pour leur belle-fille de vivre quelque chose d’une relation maternelle plus apaisée car moins hérissée de tensions liées à l’histoire familiale, elles restent encore souvent aujourd’hui un sujet de tension, pour la belle-fille et pour le couple.

Il est loin le 19ème siècle où la belle-mère accueillait dans sa maison le couple formé par son fils et sa belle-fille.

À cette époque, la grande proximité physique, à laquelle s’ajoutait bien souvent une dépendance économique, pouvait générer un bon lot de tensions dans les relations entre belle-fille et belle-mère. Il est probable que la mauvaise image associée au statut de belle-mère date de cette époque-là.

Aujourd’hui, dans nos cultures occidentales, les “jeunes mariées” — entendons plus largement le couple ! — ne sont plus obligées de vivre “sous la coupe” de leur belle-famille, et bénéficient d’une plus grande liberté dans la façon de tisser ce lien avec leur belle-mère. Nous n’évoquerons ici ni les relations paisibles, positives et nourrissantes que de nombreuses femmes entretiennent avec leur belle-mère, ni celles, à l’opposé, toxiques au point de rendre la relation impossible.

Nous nous intéressons dans ce texte aux liens de friction, d’agacements, de conflits

décrits par les femmes que j’accompagne comme mettant en cause la place de chacune.

Solène se désole de sa difficulté à trouver un terrain d’entente avec sa belle-mère.

Elles se rencontrent une à deux fois par semaine autour des enfants de Solène qui passent leur mercredi avec leur grand-mère, et s’en montrent ravis. Solène encourage ces liens familiaux, mais me confie souffrir de ces entrevues lors desquelles elle constate leur éloignement en tout point :

« C’est une femme que je trouve molle et négative, tout ce qui l’intéresse me parait futile et ce qui m’intéresse ne rencontre aucun écho chez elle ».

Solène m’avoue se sentir mal à l’aise en la présence de sa belle-mère, et déployer des efforts coûteux pour animer une conversation tout en ne sachant pas se protéger des plaintes qu’elle entend. 

La séance de travail va consister à l’aider à envisager différemment cette relation, pour qu’elle s’y sente suffisamment à l’aise. Il s’agit d’abord de reconnaître ses projections à elle sur cette image de belle-mère. En effet, « la » belle-mère est support de projections multiples entretenues par l’inconscient collectif. Je citerai surtout les fantasmes de bonne mère ou de mauvaise mère, qui nourrissent de façon souvent inconsciente, soit des espoirs de la belle-fille d’être enfin accueillie et reconnue pour ce qu’elle est dans sa belle-famille, ou au contraire une méfiance, une crainte ou un rejet a priori.

Sans compter les projections liées à ce que la belle-fille espère comme grand-mère pour ses enfants.

La première étape est donc d’interroger ces projections.

Il apparaît que Solène nourrit depuis avant son mariage un rêve de complicité avec sa belle-mère, s’imaginant très proche d’elle et toutes deux attentives de la même façon aux enfants de Solène. Admettre la part de responsabilité qu’occupe ce rêve dans la déception persistante que ressent Solène après chaque visite de sa belle-mère l’a aidée à faire le deuil de cette relation idéale, et à trouver de nouvelles bases autour desquelles vivre une relation acceptable avec elle, que je qualifie de “suffisante”.

Dans d’autres cas, la relation avec la belle-mère est synonyme de menace, pour la belle-fille ou pour le couple. 

Bertille me raconte comment sa belle-mère prend une place grandissante dans l’éducation de ses petits-enfants, se vantant d’avoir appris à l’un à nager, ou d’avoir assisté aux premiers pas de l’autre, comme si c’était grâce à elle que l’enfant progressait. Bertille se sent régulièrement évincée de son rôle de mère. Sans qu’elle se sente comprise de son mari, que la situation ne semble pas émouvoir.

Elle en souffre, et le couple aussi.

C’est le même sentiment qui anime Mariette, qui se sent régulièrement blessée en plein cœur par les mots ou attitudes de sa belle-mère, à commencer par son opposition à son mariage. Depuis, elle se sent humiliée ou rejetée par la mère de son mari :

« Chaque fois que nous l’avons au téléphone, elle félicite son fils pour sa réussite professionnelle sans jamais mentionner ma part de responsabilité alors même que nous travaillons ensemble. Elle se plaint de nos visites trop rares à son goût et ne manque pas une occasion de me faire me sentir ingrate. Alors qu’avec mes 5 enfants, j’aurais besoin de son aide ! ».

Dans cette histoire, chacune se sent rejetée par l’autre, générant douleur et colère des deux côtés.

Ce qui relie une belle-fille à sa belle-mère, c’est son mari.

Mais entre elles s’interpose aussi un monde de différences potentielles :

différences de point de vues sur les rôles de chacune, différence de génération, différences de modèles éducatifs, différence de culture, qui viennent s’ajouter aux projections et à l’histoire de la belle-mère et à celles de la belle-fille dans un cocktail parfois explosif, comme dans l’histoire de Bertille. 

Une belle-mère en présence de qui est exacerbée une facette de son conjoint qu’elle n’aime pas voir, une belle famille diffusant une pression à la belle-fille pour qu’elle soit “à la hauteur” du clan familial, une relation marquée par la rivalité autour du mari-fils : pour la belle-fille, établir un lien paisible et joyeux avec sa belle-mère ne va pas toujours de soi. 

Mariette prend conscience que, animée d’un grand désir de paix et d’entente, ses efforts pour se montrer agréable avec sa belle-mère se retournent contre elle. 

Il s’agit pour Mariette de s’extraire de cette rivalité qui imprègne la relation avec sa belle-mère, et de pouvoir être rassurée sur la place qu’elle occupe dans le couple, aux yeux de son mari. 

Elle prend la décision d’arrêter de vouloir faire plaisir à sa belle-mère,

et renonce à attendre de son mari qu’il la défende des attaques de sa mère. C’est une partie difficile pour elle, car voir son mari revêtir le costume de « petit garçon » devant sa mère affecte l’admiration qu’elle lui voue en tant qu’homme. 

L’amélioration des relations avec sa belle-mère — et avec son mari — passe par une double étape : celle de respecter la relation que son mari entretient avec sa mère, qu’elle lui convienne ou pas, et celle de dire sur le moment ce qu’il en est de son ressenti, d’exprimer les fois où elle se sent blessée, de répondre avec humour à sa belle-mère quand elle se sent touchée.

Il s’agit de s’extirper du lien enfant/parent à sa belle-mère, et ce malgré le lien enfant/parent que son conjoint continue peut-être de vivre avec sa mère, pour lui dire en adulte ce qui anime son cœur.

Défi aussi épineux que gratifiant.



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Cet article a été écrit par :
Valérie de Minvielle

Psychologue clinicienne, Valérie de Minvielle fonde après 20 ans d'expérience professionnelle "Ma Juste Place", une méthode d’accompagnement personnalisé pour les femmes qui veulent se sentir à leur juste place dans leur vie de couple, en tant que mère, et dans leur vie professionnelle et sociale. Elle est également l'auteur de "Trouver ma juste place - dans le quotidien de 7 femmes inspirantes" paru en janvier 2020.

https://www.majusteplace.com/

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