Arrêtons de glorifier le surmenage - Fabuleuses Au Foyer
Maman épuisée

Arrêtons de glorifier le surmenage

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Ce matin, mon nouvel aspirateur a commencé à faire « bip bip bip », une lumière rouge s’est allumée et puis plus rien, il était à l’arrêt. Mon aspirateur fait grève, il n’aspirera plus rien tant que je n’aurai pas fait de la place, tant que je n’aurai pas vidé le sac.

Mon ancien aspirateur ne me faisait pas signe, ou disons bien plus discrètement. Il m’est arrivée d’aspirer le salon en me disant : « Zut alors, on ne voit pas la différence », ou encore de voir que les plus grosses miettes restaient indéniablement sur le sol et de réaliser seulement à mi-chemin que mon aspirateur n’aspirerait plus rien efficacement tant que je ne changerai pas son sac.

« Rebecca est-ce que tu pourrais vite…? »

« Rebecca, aurais-tu envie de… ? »

« Rebecca, ça nous ferait tellement plaisir si… »

« Rebecca, est-ce que je peux t’envoyer quelques phrases à traduire ? »

« Rebecca, nous cherchons un lieu de vacances en Allemagne, aurais-tu une idée ? »

« Rebecca, nous cherchons un auteur pour écrire un chapitre du livre sur le handicap, pourriez-vous nous répondre après-demain et nous envoyer votre chapitre dans 15 jours ? »

Nous les connaissons bien, ces petites et grandes demandes, ces suggestions, ces problèmes qui ne sont pas les nôtres mais qui terminent dans notre propre panier, ces petits services à rendre qui se rajoutent sur notre propre to-do-list.

Parfois, ce sont mêmes des activités qui nous font plaisir, des tâches que nous faisons avec aisance et qui vont vite. Mais même si c’est une question de quelques minutes, elles s’accumulent au reste, diminuant notre temps libre, nos forces, notre propre réserve d’énergie.

Mon sac d’aspirateur est plein :

« Je suis désolée, votre proposition est sympa mais là, je n’arriverai pas à gérer ne serait-ce qu’un aspect en plus dans mon quotidien »

« Merci pour ta confiance mais pour l’instant, je suis essoufflée et si j’ai enfin 5 minutes pour m’asseoir, je ne désire pas les passer à traduire ton petit texte »

« Merci mais non merci »

Quand je regarde l’année écoulée, je dois avouer que j’ai de plus en plus osé refuser certaines demandes. Cette aptitude à dire “non” s’est énormément renforcée lors du tout premier confinement. Avec nos 3 filles en école à la maison pendant 3 mois, j’ai réalisé physiquement qu’il fallait calculer le temps de manière très différente et que mon temps libre/seule était réduit à peau de chagrin.

Bref, à presque chaque demande qui venait à moi, je réfléchissais comme si j’avais 3 sous dans la paume de ma main :

« Est-ce que j’ai assez de jeu pour donner à cette personne un de mes sous ou est-ce que je devrais plutôt répondre non ? ».

Et si je dis oui, est-ce que ce sont mes enfants qui en pâtiront parce que je serai au bord de mes limites ou est-ce que ce “oui” va aussi nous redonner des forces, nous rebooster un peu ?

Mon sac d’aspirateur est vraiment plein

Ces derniers mois, j’ai senti les forces diminuer, ma capacité à rebondir aussi, comme si les soucis me suçaient la moitié du cerveau. Je n’ai même pas besoin de vous en parler : ce quotidien est aussi le vôtre.

Nos amis, nos familles, nous manquent, tout comme les embrassades amicales.

On ressent aussi le manque de légèreté. Nos neurones font tout ce qu’ils peuvent pour tenter de résoudre une situation qu’on n’arrive pas nous-mêmes à comprendre.

Nous sommes brutalement confrontés à des deuils, au décès d’amis ou de membres de nos familles… et nous réalisons alors qu’on ne les a plus vus depuis si longtemps et on sent que tant de choses nous filent entre les doigts, comme le sable qui s’échappe de nos mains.

Mon professeur de neuropsychologie à l’université l’avait pourtant dit clairement :

« Nos capacités de concentration ne sont pas illimitées ».

Tu vois, parfois on a comme des bruits de fond dans la tête, certaines questions monopolisent toute une partie de nos capacités et nous laissent le reste pour fonctionner plus ou moins bien. Ne négligeons pas l’énergie émotionnelle, intellectuelle et physique que la pandémie nous pompe depuis plus d’un an.

Bref, mon sac d’aspirateur est vraiment très plein.

Je suis à bout de souffle. Je dois changer de vitesse, je dois débrayer, je dois faire de la place dans mon sac d’aspirateur, je ne peux pas tout faire et ce que je peux encore faire, je ne peux parfois plus le faire avec autant d’énergie qu’avant.

Alors, on fait comment ? On dit non, on trie, on priorise.

Au lieu d’appuyer sur l’accélérateur et foncer tête baissée, on cherche le changement de vitesses, on utilise le frein moteur, le frein à main si nécessaire, mais on ralentit.

Le 14 novembre 2020 Katy Leeson publiait un tweet qui a eu un succès international et a été relayé sur de nombreux réseaux sociaux. Je vous le traduis :

« Nous devons arrêter de glorifier le surmenage. Le manque de sommeil, d’un bon régime alimentaire, d’exercices, de relaxation et de temps avec ses amis et sa famille n’est pas à applaudir. Trop de gens portent leur burn-out comme une médaille d’honneur. Et cela doit changer. »

Ce que met en avant Katy Leeson, c’est qu’on est dans une société où on pourrait presque vouloir se vanter d’aspirer le sol de sa maison avec un sac d’aspirateur trop plein. On continue, on se pousse à bout, on s’épuise, on perd en efficacité, on se met en danger de surchauffe. On confond « dépasser nos limites » avec « foncer dans le mur ».

Si tu aimes les podcasts et que le sujet du burn out t’intéresse, je te conseille vivement l’épisode 141 du Gratin dans lequel Pauline Laigneau interviewe le Professeur Patrick Légeron sur son travail. Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est le temps nécessaire pour guérir d’un burn-out quand on n’écoute pas les signes que son corps nous donne et qu’on continue à se détruire soi-même, sans hésiter un instant. 

Si on ne stoppe pas, c’est le corps qui craque et pour se reconstruire après cela, il faut du temps, beaucoup de temps.

Mon sac d’aspirateur est plein

Si tu ne réalises même pas qu’il l’est et que tu continues tête baissée à aspirer partout, sache que tu risques non seulement de tout devoir recommencer parce que tu n’as rien aspiré convenablement, mais aussi que la surchauffe guette.

Comment freiner ?

Je te donne RDV dans un prochain article avec des pistes pour vider ton sac d’aspirateur.



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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