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AH, TU PARS À 18 HEURES ?

Une Fabuleuse Maman 9 janvier 2022
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La pique me heurte de plein fouet. Je l’entendrais presque ajouter : « Tu as pris ton après-midi ? » Je ravale ma stupéfaction en silence. Pour qui se prend-elle celle-là, même pas ma chef en plus ! Et elle d’en remettre une couche : « Eh bien, comme Aurélie doit partir à 18h, nous ne pourrons pas commencer cette réunion à 17h30, c’est trop tard. Il faut trouver un autre créneau… » Sans doute n’a-t-elle-même pas pensé à mal, c’est basique, factuel, mais ça me blesse.  

Cette petite phrase va me rester longtemps en travers du gosier.

J’ai beau faire le calcul dix fois dans ma tête, ma nounou fait 8h30 – 18h30, on est au maximum légal en comptant les heures supp, mon porte-monnaie ne peut pas supporter un centime de plus, et je n’ai pas été augmentée en guise de cadeau de naissance. Après tout, la boîte ne m’a jamais demandé de pondre un gamin. Mais bon, qu’on se le dise, je n’ai pas souffert le martyre d’un accouchement pour voir mon bébé cinq minutes par jour !

Alors que cela plaise ou non, je pars à 18h.

De fait, on ne m’avait pas prévenue qu’avoir un enfant serait aussi sportif. Je cours toute la journée. Le matin, quand je file en claquant la porte sitôt ma chère nounou arrivée, à midi, quand je n’ai même pas le temps de déjeuner, le soir pour libérer ma nounou à temps, après tout, elle aussi a un enfant.

Je cours du matin au soir et du soir au matin.

Dans le métro, au boulot, comme Forrest Gump, je cours, partout et tout le temps. Depuis mon retour de congé maternité, je me sens chaque jour davantage écrasée par le poids de la culpabilité. Comme un post-it honteux collé sur mon front : « Attention, elle part à 18h ». Dans les boîtes, tout le monde le sait, c’est de 18 à 20h que notre avenir se joue. Je me souviens des commentaires qui allaient bon train sur cette maman aux 4/5e : « Tu comprends, on ne peut jamais la joindre ».  

Comme si nos horaires sonnaient le glas de notre compétence professionnelle.

Quelque chose m’échappe. Je suis là la première, je ne papote pas toute la sainte journée à la machine à café, je mange devant mon ordi. Je suis parfaite. Si ce n’est que… non, c’est trop horrible : je pars à 18h. Cette heure trouble entre chiens et loups, où il fait bon ton de rester même pour ne rien faire mais pour se faire bien voir et montrer qu’on travaille. Cette heure où les angoisses des chefs se réveillent, vite vite, Aurélie, une urgence pour demain, mais non, on n’était pas au courant, enfin si, j’ai oublié en fait, mais il faut le faire maintenant, tu peux prendre ton ordi s’il te plaît ? 18h, l’heure du crime. 

Et pourtant… Je remonte le fil du temps. 25 ans, premier job, l’envie de réussir chevillée au corps, et loin de moi l’idée de leur coller une grossesse en pleine poire. Oui, je suis compétente et je le prouverai ! J’en veux tant et tant que je me colle une pression d’enfer. Je bosse sans horaire, me gaussant au passage de ces mamans pressées qui partent à l’heure du crime, mais qu’ont-elles donc de si important, on n’est pas à la minute non ? Au boulot, l’ambiance est exigeante, il faut faire bonne figure. Je me noie dans la spirale du stress et je me laisse bouffer. Je finis chez le psy.

Comme quoi, pas besoin d’un enfant pour faire un burn-out. Contre-performante à force de trop vouloir l’être, c’est le comble. Dans mon dos, on chuchote, on est déçu, « tu as vu, avec tous ses diplômes, elle n’est pas si bonne que ça. » Je refais surface la tête haute, je me donne de nouveau à 100%, je ne compte pas mes heures. Mais voilà, j’ai 28 ans et la vie devant moi. Et je veux un enfant.

Dans mon milieu parisien branché, je passe pour un OVNI :

un enfant à 28 ans, on aura tout vu !

Peu me chaut. Je tombe enceinte et je pars. Advienne que pourra.  

Et mon fils pointe le bout de son nez. C’est une révélation. Moi qui n’avais vécu que pour mes ambitions, je me fais toute petite devant un poupon qui fait pipi quand on le change. À mon retour en poste, je plane au-dessus de la mêlée. Cet enfant me donne des ailes. Plus rien ne m’angoisse. Enfin si, tout m’angoisse dès qu’il s’agit de lui ! Un nez bouché, une toux trop rauque, une fièvre trop forte, mais selon le bon principe des vases communicants, plus rien ne m’angoisse au boulot.

À quoi bon se torturer pour un budget ou une présentation ratée ? Tout ça n’a finalement que peu d’importance au regard d’un petit nez bouché.

Je valide, je délivre, je carbure, je m’envole, je mets les bouchées triples, pourvu que je parte à 18h.

Et c’est un petit bonheur que je compte bien m’octroyer tous les jours. Dès la première semaine, je mets les choses au clair. Une réunion planifiée à 17h avec un ponte commence à 17h45. À 18h, je me lève et je m’excuse. « Je dois partir, je suis navrée. » Si dès la première semaine, je me fais marcher sur les pieds, je suis fichue. Le gars en laisse tomber son stylo. Et dès lors, me voilà gratifiée du post-it : « Attention, elle part à 18h ».

Cette culpabilité, j’ai mis un an à m’en débarrasser.

Ce post-it, n’était-il pas pesant davantage dans mon regard que dans celui des autres ? À mon bilan annuel, ma boss me tend un A : « Tu sais, Aurélie, tu pars peut-être la première, mais dans ta journée, tu bosses plus que tout le monde et on le sait tous. » Les nuages deviennent roses, la salle de réunion se met à valser, une flopée de papillons danse autour de moi. Je ressors en sautillant dans les couloirs et jette le post-it imaginaire à la poubelle. En montant dans l’ascenseur à 18h, je croise un gars très pressé du service comptabilité. « Tu pars en réunion ? » Il me regarde étonné : « Non, je vais chercher mon fils à la crèche. »  Je souris.

À toi la maman qui rentre de congé mat, ne te sens jamais coupable d’imposer tes horaires, et surtout, fais-le dès la première semaine !

À toi la maman qui te culpabilises à tort, ne crois pas une seule seconde que tu es moins performante ! Parce qu’un parent ne peut se permettre de perdre du temps, tu vas te dépasser. Assume que ton boulot soit devenu ton activité extra-scolaire et amuse-toi, c’est pour ça que tu es là, non ? 

À toi la maman persuadée d’être moins compétente que les autres, que la gamine de 22 ans célibataire et sans enfant, que la quinqua dont les poussins ont quitté le nid, jette tes craintes aux oubliettes car tu es FABULEUSE. Quand tu seras bien vieille au soir à la chandelle, tu auras oublié depuis des années cette sombre histoire de post-it.

Mais ton enfant, lui, vaut tous les post-it du monde.

Assume-toi !

Fabuleusement vôtre.

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, Aurélie.



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Cet article a été écrit par :
Une Fabuleuse Maman

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