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Dans ma tête

À la rencontre de mon corps

Une Fabuleuse Maman 29 novembre 2021
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Aussi loin que je puisse m’en rappeler, mon enfance a été plutôt statique. Les années de classe à l’école où il ne fallait pas trop bouger, la culture musicale classique assise immobile pendant des heures derrière un piano pour passer des concours, les longues études de droit le corps collé sur les bancs de la Sorbonne pendant 5 ans… Tout cela a bercé mon enfance et mis en place de nombreuses croyances sur ma façon d’exister dans ce monde, de prendre ma place.

Il m’a fallu attendre l’âge de 35 ans pour découvrir que dans cette éducation et dans ces choix assez traditionnels, il y avait un grand absent : le mouvement.

Dans ma famille, on ne nous encourageait pas à bouger notre corps d’enfant.

On ne nous disait pas non plus comment on devait en prendre soin. On ne pratiquait pas de sport. On mangeait des surgelés, des légumes ponctuellement, et rarement frais. À peine avait on des crèmes pour les boutons d’acné à l’adolescence. On n’hydratait rien. On ne câlinait pas, même en cas de blessure. Souffrir était une étape normale, trop d’émotivité n’était pas bien vue. Bref, on n’en parlait pas. Le corps, cet éternel absent de nos discussions, et tous ses ressentis, relevaient de l’intime et ne se partageaient pas. 

J’ai réellement découvert mon enveloppe corporelle le jour où j’ai accouché de mon petit garçon.

La péridurale (posée 3 fois) n’avait pas fonctionné, et la douleur avait failli me transpercer le cœur. Au moment de l’expulsion de mon fils, alors qu’il suffoquait par manque d’air, je sentais dans mes tripes que cela n’allait pas. Le wifi maman-enfant commençait son petit effet.

Mon petit garçon m’avait réveillée.

Mais pas encore assez pour que je revois ma vie et mon rythme effréné de business-woman qui court comme une poule sans tête, sans se soucier des conséquences de ce qui se mettait déjà en place insidieusement et sans que j’en la perçoive la moindre vibration : le stress chronique

Bien sûr que je voyais mon corps.

Je lisais les magazines féminins comme tout le monde, je lui faisais faire quelques régimes de temps en temps histoire de perdre 3 kilos pour le maillot de bain l’été sur la plage, je l’enrobais de belles robes et je le tartinais élégamment de maquillage pour les grandes occasions. Il était là. Je le savais. Mais à l’époque, quand je voyais une photo de moi que je trouvais jolie avec mon beau bébé dans le bras, je me disais toujours que c’était lui avec ses petits joues rebondies qui m’embellissait ou alors que c’était l’angle de la photo, le soleil, le bronzage, le paysage…

Je ne me reconnaissais pas une certaine forme de beauté.

Ce corps, je le visualisais comme une chose, un objet que le cerveau traîne un peu. Parce qu’il faut bien le dire, non ? Le post-partum, ça complique tout ! Les hormones qui nous font perdre le contrôle de nos émotions, les hémorroïdes qui nous empêchent de marcher ou d’aller aux toilettes sans souffrir, et plus globalement la fatigue de ce corps qui ne suit pas et qui tire, coince, a mal… ça me dérangeait ! Parce que cela me ralentissait. Cela me ralentissait dans ma course après la vie et après le temps. Après avoir ignoré mon corps, je me suis mise à le détester. Pas de sport, pas d’attention, pas d’écoute de la douleur. Alors que j’étais déjà si fatiguée, fatiguée, fatiguée…

Des coups de pieds aux fesses, j’en ai eu plein. Les migraines à répétition. Les malaises vagaux, à l’improviste, comme quand j’étais plus petite. J’avalais des médicaments pour atténuer, calmer. Et je repartais foncer.

Pour m’arrêter, il a fallu chuter. Fort.

Pour expérimenter d’autres choses. En 2015, lors d’une visite à la médecine du travail suite à une promotion, je me suis effondrée en larmes pendant 1h30. Le médecin m’a alertée et m’a dit que j’étais en pré burn-out. J’avais le choix de m’arrêter ou de plonger encore plus loin. Mon fils avait alors 2 ans, je culpabilisais de ne pas le voir assez mais je ne pouvais pas m’arrêter de travailler.

Ce jour-là, mon corps m’a fait le plus beau cadeau qu’il soit, avec une violence à la mesure de mon déni.

Un jour après ce rendez-vous, il m’a stoppée. Net. Il s’est figé, tétanisé, pour me donner l’occasion de faire un reset. J’ai choisi de sauver ma vie. J’ai appelé le grand patron de mon cabinet avec un courage que je ne pensais pas avoir, et je lui ai annoncé que je partais. 

Pour en arriver à ne plus écouter mes alertes et devenir cette machine de guerre déconnectée de son corps, il m’a fallu un cocktail explosif. D’abord un patrimoine familial avec de nombreuses maladies, où pour survivre, on ingurgite des médicaments qui ont chacun un effet secondaire sur une autre partie du corps. Enfant, cela conditionne une certaine vision de la vie (proche d’un champ de guerre), de la mort (qui est là, bien proche, telle une épée de Damoclès suspendue par un fil au dessus de toute la famille) et du temps (dépêchons-nous, la vie est trop courte).

Ensuite, il a fallu une coupure bien nette avec mes émotions.

Faute d’écoute après des traumas de vie, le corps, le souffle et le mental, tout en moi s’était allié pour verrouiller les émotions difficiles. Je n’arrivais plus à pleurer depuis des années, je ne ressentais plus rien. Je n’arrivais plus à respirer, j’étais en apnée.

Enfin, et surtout, il y a eu cette éducation. On ne m’a pas appris à prendre soin de moi, à accepter mon corps, à en faire un allié. On ne m’a pas appris à le deviner, à l’écouter, à me choisir, à me prioriser. On m’a appris la performance, la rigueur, l’effort, sans complément alimentaire. Il m’a manqué l’éducation du Vivant, de la douceur, de l’amour de soi. Et le besoin vital à tout être humain de se mouvoir, de bouger, de faire du sport. 

6 ans après cette expérience, je continue d’apprendre. Le chemin est encore long, car sans réflexe on retombe mais toujours ailleurs, chaque phase est différente. On doit alors poser l’ego à côté de ses pompes et accepter de repartir de la base. J’ai pratiqué le yoga, la méditation et fait appel à toutes sortes d’aides extérieures : kiné, ostéopathe, acupuncteur.

Aujourd’hui je suis assez forte pour me faire un peu plus confiance et avancer en choisissant moi-même mes mouvements.

Ce changement énorme me demande chaque jour de puiser en moi une grande énergie vitale. À chaque nouveau choc émotionnel, mon corps reprend ses mauvaises habitudes et se fige. Pour retrouver le fil de la discussion avec lui en ce moment, je pose un doigt sur chacune de mes vertèbres et je m’entraîne à remettre du mouvement dans mon dos qui est l’emblème de mes choix de vies. C’est lui qui centralise tous les chocs émotionnels. C’est lui qui se contracte dès que je me sens en danger (et même quand il n’y a pas de danger mais que lui croit en voir un). 

Le corps est une machine incroyable qui nous parle et nous chuchote ses mots.

Mon corps est l’être le plus résilient que je connaisse dans ma vie.

J’ai mis du temps à comprendre qu’il suffisait de lui parler, d’échanger avec lui comme s’il était une personne présente dans la même pièce.

Tu me donnes mal à la côte droite ? Ok, je vais me décaler sur la gauche pour trouver une posture plus neutre.

Oh, mais tu tires sur la nuque, dis ! Je vais faire une pause écran et aller marcher un peu dans le couloir. Promis, ce soir au lieu de regarder la télé, je te ferai un petit massage pour détendre les cervicales.

J’ai tellement de choses à faire, pourquoi tu me donnes des coups dans le ventre ? Ok, je me pose et je m’arrête. 

Évidemment, je contrôle moins.

J’accepte de revoir mes plans, et même à la dernière minute d’annuler ce que j’avais prévu (les premières fois ça surprend tout le monde : mari, famille, amis…). Dire « je ne vais pas venir à notre brunch, les filles, parce que je me sens fatiguée » m’a coûté des larmes de rage. J’apprends aussi à me reposer alors qu’il faudrait travailler ou que j’aimerais foncer faire du vélo, de la boxe ou de l’aviron. Mon corps n’est pas encore prêt pour ça. Je branche ma ligne téléphonique sur mes muscles, mes nerfs, mes os et j’écoute. Ça ne marche pas encore à tous les coups mais je ressens plus. Comme dans un serveur informatique, les câbles se mettent en place petit à petit dans les bons trous. J’ai aussi changé mon rapport à la douleur : elle n’est plus un boulet qui m’arrête dans mon élan, elle devient un signal.

Ma ligne secrète sonne :

Allô, j’écoute. Je suis heureuse de t’entendre !

La douleur est devenue un appel d’amour de mon corps qui me rappelle qu’il est là et qu’il veille sur moi comme un ami. 

Chères Fabuleuses, si comme moi on ne vous l’a pas appris, vous avez le temps.

Nous avons le temps, toutes, d’apprendre à aller à la conquête de notre espace à nous, notre corps et d’en prendre soin. Nous avons aussi le temps de transmettre ce que nous savons là-dessus à nos enfants. On leur apprend bien à prendre soin de l’environnement. Et si on leur apprenait à prendre soin de leur planète interne en pleine conscience de ce qui est bon pour leur corps ?

Mon fils est maintenant âgé de 9 ans. Il pratique plusieurs sports, il aime le mouvement (peut-être même un peu trop parfois :-)). Je lui apprends à poser de la crème sur ses bleus, à prendre des bains quand il se sent fatigué, quand il pleure je le félicite. Demain, nous allons acheter ensemble une fleur pour sa chambre, dont il sera responsable, pour lui apprendre plus encore la douceur.

N’attendons pas que notre corps nous arrête pour prendre une tasse de thé avec lui. Entre amis. 

Ce texte nous a été transmis par une fabuleuse maman, Camille Lefèvre.



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