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Dans ma tête

Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ?

Rebecca Dernelle-Fischer 27 août 2020
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Il y a presque 10 ans, j’écrivais un article sur la peur. Je venais de rentrer d’une balade en montagne qui avait tourné au cauchemar parce que j’avais oublié à quel point j’avais le vertige et que j’avais passé plus de deux heures à avoir peur de tomber dans le vide. La super promenade familiale dans les hauteurs alsaciennes s’était transformée en la résolution d’un problème de base : « Comment faire pour que Rebecca arrête de pleurer, d’injurier le reste de la troupe et pour la faire retourner au plus vite à la voiture ? ».

Aujourd’hui encore, je suis gênée en pensant à cette balade qui était censée être un cadeau pour l’anniversaire de mon beau-père. J’ai un peu gâché les festivités.

À la base, en tant que psychologue — et avec une orientation en psychologie clinique “émotions, cognitions et comportements” — , j’en savais pas mal sur la question des émotions, et sur la peur, aussi. Mais entre nous, ça n’a rien changé sur le moment. J’étais plus occupée à dire à Christoph qu’il faudrait appeler un hélicoptère pour venir me chercher qu’à analyser calmement et professionnellement la situation.

Une fois cet événement passé, de retour sur la terre ferme, j’ai commencé à lire et à m’attarder sur la question de la peur et de sa force sur le cours de nos vie.

Une question m’a beaucoup travaillée à l’époque :

« Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ? Que serait ta vie si tu avais moins peur et plus confiance ? » Questions que pose Max Lucado dans son livre Fearless.

La question n’est pas tant « Que ferais-tu si tu pouvais éliminer la peur de ta vie ? » que celle-ci : « Et si la peur ne te bloquait pas le chemin ? ». Parce que la peur est partout, non seulement dans les randonnées montagneuses mais aussi dans notre quotidien.

Si tu tapes le mot « peur » dans Google, tu obtiens pas moins de 92 700 000 résultats en 0,45 secondes. Et si tu commences ta recherche par les mots « j’ai peur », tout de suite, ce moteur de recherche te propose : « J’ai peur de la mort, j’ai peur de tout, j’ai peur de mourir, du coronavirus, de conduire, des gens, de vivre, de l’avenir, de l’orage,… ».  En fermant les yeux, j’imagine une personne qui tapant doucement les lettres sur son clavier, comme un appel à l’aide en sourdine lancé dans le vide intersidéral de l’univers d’internet.

Tout être humain doit faire face à la peur, c’est une émotion naturelle. Même les plus petits enfants ont peur : des voleurs, du loup, d’un monstre caché sous le lit, du noir, des inconnus… En devenant adultes, certaines personnes ont peur de ne pas être aimées, d’autres de mourir, de faire des erreurs, de faire souffrir les autres, de ne pas être à la hauteur, de perdre leur travail, du cancer, du terrorisme, ou encore des araignées…

Avoir peur, ça fait partie de nous, c’est une de nos forces énergétiques (une émotion qui nous met en mouvement). Et pourtant, si souvent, nous pensons qu’elle dérange. On a l’impression qu’on doit « gagner contre la peur » et on oublie d’écouter ce qu’elle nous dit. À l’époque, je pensais que je devrais toujours surmonter ma peur et je trouvais terrible qu’elle gagne parfois contre moi. Peur qu’elle me paralyse, qu’elle me rende prisonnière de son diktat. J’écrivais, persuadée de l’avoir compris, que « la peur est une réaction normale et saine face au danger » et je pensais : « Moi, je suis plus forte que ma peur; je devrais aller régulièrement en montagne et un jour je vaincrai mon vertige ».

On peut être si sévère avec soi,

se couper d’une partie de nos émotions, pour ne pas ressentir ce qui bouge si fort dans nos tréfonds. Crier à l’enfant effrayé en nous : « Tu n’as pas besoin d’avoir peur, tais-toi donc ! ». Faire taire la peur ? L’enfoncer le plus loin possible, c’est comme pousser un ballon gonflable dans l’eau : on prend le risque qu’il resurgisse de plus belle quand on n’aura plus la force de le tenir loin de soi… et laisse-moi te dire que la peur a de la force.

Face à un danger (réel ou imaginaire), la peur est une réaction qui nous permet de mobiliser assez de forces physiques pour nous en sortir (soit en fuyant, soit en se défendant face à un danger). Si une souris sort par surprise de ton placard de cuisine, c’est la peur qui te met en alerte absolue et qui t’aidera soit à courir après l’animal, soit à monter au plus vite sur le meuble le plus proche. Face à cette menace, notre corps se prépare à réagir, augmente la vigilance et la concentration pour réagir efficacement. Le sang circule plus vite, nous absorbons plus d’oxygène, le corps dégage de l’adrénaline.

Nous avons tous entendu parler d’actes héroïques, quand une personne dépasse ses limites pour sauver quelqu’un en danger. Par exemple, cette mère devenue soudainement capable de soulever une voiture afin de dégager son propre enfant, ou encore un passant rentrant dans une maison en feu pour en extraire les habitants…

La peur met à disposition une grande quantité d’énergie corporelle. Cependant, si ces réserves d’urgence ne sont pas utilisées – parce que la réponse adéquate au danger n’est ni le combat ni la fuite –, ces changements physiques nous donnent l’impression d’une boule coincée dans la gorge.

Nous nous sentons à l’étroit.

Certaines personnes vont jusqu’à développer une attaque de panique. En effet, ressentant tous ces changements corporels, elles craignent de faire un arrêt cardiaque, de tomber dans les pommes, ou encore commencent à faire de l’hyperventilation (la personne respire tellement vite qu’elle absorbe trop d’oxygène, qui ne sera pas utilisé, ce qui provoque un malaise).

Et là, c’est une erreur que nous avons tendance à faire : on essaie de « raisonner » la peur ou de « nier l’affaire » et on oublie l’aspect physique, on ignore toutes ces forces accumulées pour faire face au danger (c’est le fameux “fight or flight”). Résultat, ta dynamo interne déborde. Imagine que tu pourrais utiliser cette force physique pour rebondir, pour aller de l’avant (ou pour aller courir, faire du sport, monter et descendre les escaliers, peu importe…). Cette activité physique te permettra de dégager l’embouteillage qui se fait dans ta gorge et au sein de ta poitrine.

Bref, on a compris, la peur fait partie de nos vies, de nos réactions…

Oui, mais alors ?

Comment la gérer afin qu’elle ne me pousse pas dans un coin et m’empêche de vivre ?   

  • Apprends à reconnaître la peur quand elle frappe à la porte. Que se passe-t-il en toi ? As-tu peur de quelque chose ? Un peu comme quand on marche dans le noir, on s’habitue à l’obscurité, on commence à voir les contours des meubles, on va lentement, on s’adapte. Bien souvent, notre corps va réagir avant même que notre tête ne saisisse ce qui se passe. On se « sent mal », on ressent un poids sur les poumons, un malaise imprécis. Cherche le contour des meubles, de l’émotion. Parle-lui, demande-lui ce qui te fais réagir si fort.
  • Essaie de gérer l’apport d’énergie que le corps met à ta disposition. As-tu besoin de toute l’énergie que ton corps vient de libérer ? Peux-tu te relaxer en respirant calmement et profondément (respiration ventrale) ? Est-ce que tu peux dégager l’énergie qui s’engorge en toi ?
  • Réfléchis aux risques réels. Que pourrait-il t’arriver dans le pire des cas ? Est-ce que le danger te paraît moins grand quand tu le regardes dans les yeux ? Qu’est-ce qui vaudrait la peine d’être essayé même si ça se terminerait par un échec ?
  • Parles-en à des amis et même, si la peur devient maladive, à un médecin spécialisé (les traitements pour soigner les peurs devenues phobiques sont de nos jours très efficaces).
  • Recentre ton attention sur des pensées, des mélodies, des goûts ou des images qui t’apaisent. Et ce, sans te reprocher d’avoir peur, mais en décidant activement de t’offrir la sécurité dont tu as besoin.

Il est essentiel que nous apprenions à nous réconforter, tout comme nous le ferions pour un enfant qui nous parle de ses peurs. Comment ? En lui chantant une berceuse, en lui caressant les cheveux en lui racontant une vieille histoire, en regardant un livre illustré… en étant là pour lui, en étant là pour soi. Ce que l’on fait si naturellement pour rassurer un enfant effrayé, on peut le faire aussi pour soi.

Si la peur paralyse ton enfant, tu vas lui prendre la main, tu vas traverser le moment avec lui, tu vas lui montrer que tu as confiance en lui, tu vas fêter ses succès, tu vas lui laisser le temps, comprendre ses larmes, ses mauvais rêves, tu vas le garder un instant sur tes genoux, tu vas écouter ses plans et l’aider à trouver des voies « praticables pour les mettre en action », et quand il doute, tu vas de nouveau l’écouter, l’aider, l’encourager et te réjouir avec lui des étapes franchies.

Que ferais-tu si tu n’avais pas peur ?

  • Que ferais-tu si tu savais qu’un adulte bienveillant sera là pour toi comme tu l’es pour ton enfant ?
  • Quels sont les projets qui bouillent en toi et t’appellent mais dont la peur éteint toujours un peu le feu ?
  • Quelle envie as-tu toujours eue au fond toi tout en ayant, à son sujet, une liste de « j’ai peur » ?
  • As-tu peur de réussir ? D’échouer ? De ce que les autres diraient ? De ne plus être « in » ? De ne pas avoir la force au long terme ?

Apprends à trier, à regarder le danger en face, à sentir l’énergie qui monte en toi, à donner du gaz quand il le faut, à changer de vitesse dans les courbes… mais surtout, apprends à oser te mettre en mouvement. Il y a une expression anglaise qui dit “Where the rubber meets the road”, et qui décrit si bien le moment où l’action commence. C’est le moment où la voiture démarre, les pneus crissent et c’est parti pour un tour. Le moment fatidique où tu te mets en action et tu fonces :

TU OSES !

Tu sais, je souris en terminant cet article. Il y a 10 ans, alors que j’écrivais sur la peur, nous commencions les démarches pour l’adoption d’un enfant alors que nos filles étaient encore petites. Je voulais faire les choses en grand, avoir un impact positif sur « le monde », j’avais peur du « vide » (et pas seulement en montagne !). J’avais peur, mais tant envie d’accueillir un enfant dans notre foyer. Alors, on a fait un pas à la fois et ça a pris des années, mais on a adopté notre petite dernière. Et puis on a continué à vivre nos projets. Christoph avec sa confiance naturelle et moi avec mes mille et une peurs. J’ai appris à « faire avec », à les laisser gagner parfois, mais aussi à les surmonter.

À l’époque, j’avais peur d’autres choses que maintenant. J’avais peur du « petit », du simple, j’avais peur de dire non, j’avais même peur d’écrire… et puis j’avais très peur de n’être « qu’une maman », une maman « normale ». J’avais peur d’aimer le quotidien, la routine. Avec le temps, certaines peurs changent et nous laissent trouver notre paix avec nous-même. Aujourd’hui, du haut de mes 42 ans, avec mes 3 enfants, mes années de thérapies au compteur, je réalise en t’écrivant que je n’ai presque plus peur d’être simplement une maman et que j’en goûte tout le privilège (et que j’en porte le poids, aussi). Je n’ai plus si peur du « vide », ni du « simple» : je l’apprécie, je construis un quotidien qui ne m’écrase plus. Par contre, j’ai toujours autant le vertige…

Tu vois ? Parfois, on arrive à s’asseoir à côté de soi-même et à se dire avec bienveillance :

« C’est bon, c’est assez, tu peux vivre tes rêves et tu peux même rêver petit et normal si tu en as envie, c’est ta vie… Ne laisse pas la peur décider en ton nom, ne laisse pas quelqu’un d’autre te dicter ce dont tu as envie, besoin, ce dont tu devrais avoir peur ou pas ».

Et c’est la question que j’ai envie de te te poser :

« Et toi, ma chère Fabuleuse, que ferais-tu si tu n’avais pas peur ? ».



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Cet article a été écrit par :
Rebecca Dernelle-Fischer

Psychologue d’origine belge, Rebecca Dernelle-Fischer est installée en Allemagne avec son mari et ses trois filles. Après avoir accompagné de nombreuses personnes handicapées, Rebecca est aujourd’hui la maman adoptive de Pia, une petite fille porteuse de trisomie 21.
https://dernelle-fischer.de/

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