Pourquoi maman elle ne fait rien ? - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Pourquoi maman elle ne fait rien ?

Sandra Aubert 5 mai 2022
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Chères Fabuleuses,

J’aimerais vous partager une expérience personnelle qui je l’espère vous inspirera autant que moi…

Tout a commencé autour de la table du petit-déjeuner, un samedi matin, alors que nous étions tous les cinq en train de beurrer nos tartines et de nous réveiller nonchalamment. Un début de matinée a priori banal, comme il en existe dans toutes les familles de France et de Navarre. Une matinée ordinaire, au cours de laquelle on prend le temps de partager nos rêves de la nuit dernière et nos projets de la journée à venir.

Un moment plutôt léger et convivial, en famille, pour démarrer la journée en douceur.

Cette scène aux couleurs de pub Ricoré ne serait pas forcément restée dans les annales de notre vie de famille si notre fille, de sa voix enfantine et cristalline, n’avait pas subitement déclaré, sans préambule :

« Moi je ne comprends pas pourquoi tous les jours de la semaine, mon frère, ma sœur et moi on va à l’école, pourquoi Papa travaille et pourquoi Maman, elle, elle ne fait rien. »

Vlan ! Uppercut ! En pleine face ! Sans que je n’ai rien vu venir ! Aïïïe !

Si jamais je n’étais pas totalement réveillée, là c’était garanti… atterrissage forcé sur le tarmac de la vraie vie !

Sur le coup, aucun son n’a pu sortir de ma bouche.

J’étais comme figée sur place. Glacée. L’espace de quelques instants, je n’ai vraiment rien pu dire, seulement ressentir. Une douleur tellement vive, intense. Charnelle. En plein cœur, paf, comme une flèche.

Et puis dans les minutes qui ont suivi, j’ai crié. Crié de toutes mes forces. Crié à l’injustice, au scandale même. J’ai tout bonnement hurlé. Hurlé que moi aussi à la maison je travaillais, pour le bien-être de toute la famille. J’ai énuméré tout ce que je faisais pour eux, les lessives, le ménage, les repas, les navettes aux activités, etc, etc, etc, souvent sans merci, sans aucune reconnaissance. Et surtout sans salaire.

J’ai hurlé combien il était ingrat d’être mère !

Qu’ils n’avaient pas conscience de la chance qu’ils avaient ! Combien j’en avais marre, marre, et plus marre que marre ! Et que puisque c’était comme ça, je me mettais en grève ! Et ce, jusqu’à nouvel ordre !

Je me suis levée, je me suis habillée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et…

… je suis partie en claquant la porte.

Il m’aura fallu plusieurs journées, plusieurs discussions avec des amies aussi, pour comprendre véritablement ce qui s’était joué en moi et avec ma famille à cet instant précis.

Primo, ma fille n’avait pas voulu me blesser en parlant.

Simplement, malgré elle, elle avait appuyé précisément là où ça faisait mal. Les enfants ont cette faculté incroyable à mettre des mots simples sur des pensées que nous, adultes, avons énormément de mal à verbaliser. Elle avait pointé du doigt une réalité avec laquelle j’ai beaucoup de mal à cohabiter. Celle d’être mère au foyer. À chaque rentrée scolaire, je m’interroge sur la case à cocher sur les fiches d’inscription de mes enfants à l’école. Sans profession ? Sans emploi ? Moi qui ai Bac +5, qui ai exercé des fonctions à responsabilité… en suis-je réduite à ça ?

Deuxio, plus qu’à n’importe quel autre moment de mon existence, j’ai vraiment le sentiment de vivre pour ma famille.

D’être au service de chacun, tout le temps. De leur offrir toute mon énergie, ma patience, mon écoute. Mais finalement eux n’en ont pas conscience. Mes enfants ne m’ont rien demandé. Personne ne m’a obligée à rester à la maison. Être au foyer a été une décision que j’ai prise en mon âme et conscience. Elle a été, à un moment précis de ma vie, une décision courageuse que j’ai prise. Un premier pas pour sortir d’une situation difficile.

Tertio, j’ai autant souffert de la remarque de ma fille que du silence de mon mari.

J’aurais tellement apprécié qu’il prenne ma défense. Qu’il me soutienne. Qu’il clame haut et fort qu’il avait une femme formidable, qui accomplissait un travail monumental dans l’ombre du foyer familial. Qu’il m’était reconnaissant de tout ce que je faisais pour le bien-être de tous. J’ai interprété son silence comme une approbation tacite. Mais pour lui, ces propos restaient ceux d’une enfant. Et ne méritaient pas qu’on y attribue tant d’importance. Et au fond, qui mieux que moi pouvait répondre, expliquer mes actions, mes positions ? Dois-je attendre que mon entourage me défende pour me sentir légitime dans mes choix de vie ? À ma juste place ?

Alors, j’ai réfléchi. Et j’ai décidé de changer de braquet. De sortir de cette position de victime qui m’emprisonnait. Et de faire appel à ma créativité pour imaginer un quotidien différent.

Au fond, cette immense colère, que disait-elle de moi ?

Quels besoins se cachent derrière ?

Elle exprime d’abord mon désir ardent de développer une entraide familiale. Elle traduit mon besoin de partager davantage les tâches qui doivent être faites au quotidien. En se soutenant et en étant reconnaissant de ce que l’on fait les uns pour les autres.

Forte de ce cheminement intérieur, j’ai créé le jeu des services. Un outil que j’utilise aujourd’hui et qui a changé mon quotidien.

Le principe est le suivant. Lorsque l’un d’entre nous rend un service (comme vider la poubelle, faire son lit, ranger les courses, balayer l’entrée… vous savez comme moi que la liste est longue), il gagne un point. Chaque point est répertorié sur un tableau affiché sur la porte du frigo. Lorsqu’il atteint 10 points, il a le droit à une douceur, un carré de chocolat, un petit bonbon ou autre. Lorsqu’il atteint 20 points, il peut faire une soirée pyjama, en famille ou avec des copains-copines. À 30 points, on va à la piscine. À 50 il reçoit un petit objet qui fait plaisir, un petit livre, un petit Playmobil ou autre. Et à 80 on vit une belle sortie en famille qui sort de l’ordinaire, libres à nous d’imaginer selon nos envies du moment (une sortie escalade, patinoire ou autre). Nous avons déterminé ensemble les règles, les paliers, les récompenses.

Et depuis, notre quotidien a vraiment changé !

Les enfants sont beaucoup plus conscients de tout ce que je fais (car moi forcément j’avais atteint les 80 points en 2 jours, ah, ah, ah) mais aussi et surtout de tout ce qui doit être fait dans une maison. J’ai aussi réalisé qu’ils étaient bourrés de bonne volonté (ok, vous me direz, ce ne sont pas des ados, ça aide, mais quand même) et aident de bon coeur. Ils réalisent tout ce qu’ils sont capables de faire et se sentent responsabilisés. Personne ne râle pour mettre la main à la pâte, car tout le monde sait qu’au bout du compte nous serons récompensés de nos efforts. Il n’y a pas de compétition entre eux, plutôt une émulation je dirais. Qui les tire chacun vers le haut. Chacun privilégie les tâches où il se sent le plus à l’aise. L’important est que tout soit fait. Les récompenses sont plus souvent des moments de plaisir que des récompenses matérielles. Ce qui, sur le fond, était important pour moi aussi. Je leur inculque le sens de l’effort, au quotidien, mais aussi le goût du plaisir. Oser s’offrir régulièrement des pauses, des moments de détente, des instants de plaisir qui égayent la vie et qui saluent nos efforts.

Pour ma part, je me sens déchargée d’une partie du poids du quotidien, que je trouvais lourde et qui me frustrait.

Je gagne du temps, que j’utilise autrement pour me nourrir intellectuellement. Pour écrire notamment. Pour faire davantage de place à la femme que je suis.

Bref, c’est une belle réussite à tous points de vue dont je suis fière.

Et qui n’aurait jamais eu lieu sans situation de crise au départ…

Et chez vous ?

Qu’est-ce qui vous met hors de vous ? Quel(s) besoin(s) se cachent derrière ? Et qu’allez-vous en faire ? Laissez parler votre créativité !



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Cet article a été écrit par :
Sandra Aubert

Diplômée en communication et gestion d'entreprise, Sandra Aubert a travaillé de nombreuses années dans le domaine du développement économique et de l'accompagnement à la création d'entreprise. 
Aujourd'hui, elle partage son temps entre ses 3 enfants, son mari et ses engagements associatifs là où elle vit en Alsace.

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