Portrait de Fabuleuse : Sophie Galitzine - Fabuleuses Au Foyer
Dans ma tête

Portrait de Fabuleuse : Sophie Galitzine

Anna Latron 7 juillet 2020
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Conversation avec Sophie, art-thérapeute, comédienne et auteur.

Pourrais-tu te présenter aux Fabuleuses ? Car tu as de multiples casquettes !

J’ai 41 ans, je suis parisienne depuis ma naissance mais d’origine russe. J’ai rencontré mon mari assez tard. Nous avons deux enfants : Zita (4 ans ½) et Paul (3 ans). Je suis aussi belle-mère d’un garçon de 13 ans.

Aujourd’hui, je suis art-thérapeute et masseuse, ainsi que comédienne et auteur. Les spectacles que j’écris sont assez proches de mon métier d’art-thérapeute, de mon chemin de femme et plus largement de ma vie : mes spectacles sont autobiographiques. “Je danserai pour toi”, c’est un chemin de résilience que j’ai vécu jusqu’à la naissance de ma fille. “Le fruit des nos entrailles”, c’est mon chemin de couple, notamment les difficultés rencontrées à la naissance de mon second enfant, la fatigue et les tensions liées à la fatigue, mais plus largement le sens profond du mariage et la fécondité des épreuves. En ce moment je travaille sur un nouveau spectacle, qui sera la troisième partie de ce “triptyque”.

On parle souvent de concilier vie pro et vie personnelle. Comment toi tu te situes vis-à-vis de ces multiples dimensions ?

Ça n’est toujours facile ! Depuis la naissance de ma fille aînée, comme j’exerce en libéral, je ne prends pas de patiente après 17h, ce qui me permet d’aller chercher les enfants à l’école et à la crèche.

Je ne monte sur scène que l’hiver pour pouvoir partir en week-end quand il fait beau et j’ai fait le choix de ne jouer que trois soirs par semaine. Ces soirs-là, une baby-sitter prend le relais quand j’ai ramené les enfants de l’école.

Ce sont des choix faits en couple, qui ne sont pas toujours faciles à mettre en place. Quand on s’est mariés, j’avais quitté la scène : mon mari n’avait pas épousé une comédienne et voulait une vie de famille plus “simple”, c’est-à-dire avec une femme qui n’est pas en tournée tout le temps ou à rentrer tard le soir. Du coup, je tente de trouver un équilibre en ne prenant pas trop de dates.

Pour ce qui est du temps “réservé” à la création, j’ai écrit mes deux spectacles quand j’étais enceinte donc remplie d’énergie ! J’ai plutôt des fulgurances de créativité, j’écris beaucoup sur le plateau, en étant en mouvement, pendant les répétitions, sous forme d’improvisation. Cela n’empiète donc pas vraiment sur la vie de famille.

Tu travailles beaucoup auprès des femmes en individuel et en groupe…quel regard jettes-tu sur la féminité et la maternité aujourd’hui ?

J’observe chez les femmes que j’accompagne un grand clivage entre leur tête – et tout ce qu’elle inflige – et leurs dimensions corporelle et émotionnelle – qu’elles connaissent si peu et du coup maltraitent. Ce clivage, qui les mène à tout faire pour conjuguer leur vie pro et perso, être des super mamans, des épouses parfaites (etc.), finit par leur donner une posture de femme un peu contrôlante et « tyrannique », vis à vis d’elle-même et parfois au sein du foyer.

Ensemble, nous essayons de retrouver cette unité “corps-coeur-tête”, par le mouvement, la fluidité, le souffle, la bienveillance, la gratitude, le fait de ralentir, de nommer ses besoins, de créer de l’espace pour plonger dans ses émotions, et les transformer en les traversant.

Bref, l’idée est bien de proposer, face à la rigidité, à la crispation, à la peur, à l’angoisse, à l’inquiétude, à la colère, à la frustration, une posture d’abandon et d’ouverture dans les petites choses du quotidien.

Et cela passe notamment par l’alliance avec leur homme, plutôt que par la parité à tout prix. Être allié, c’est avoir une véritable curiosité pour l’autre, créer de l’espace pour l’empathie dans son couple, ralentir, ne pas se comparer à tout prix, mais fonctionner en bonne amitié.

J’essaie de les aider à incarner tout cela pour ne pas rester dans l’idéal, de les inviter à s’offrir des petits mouvements réguliers de détente profonde, psychique et physique pour qu’à nouveau – ou pour commencer – la paix et la joie s’installent tranquillement en elles et dans leur foyer.

Comment as-tu découvert la communauté des Fabuleuses ?

Il y a trois ans, après la naissance de ma fille, je me suis plainte auprès d’une amie de cette alliance que je jugeais “impossible” entre la vie pro et la vie perso. Elle m’a alors parlé des Fabuleuses et m’a confié que ce mail la soutenait au quotidien, chaque jour différemment. Cette dimension de l’“appui” entre femmes m’a séduite et je me suis inscrite au mail du matin.

Le “Bonjour Sophie”, c’est génial : je suis nommée par mon prénom ! J’aime beaucoup le ton très authentique et proche, j’aime sentir cette vulnérabilité qui est offerte et partagée…ça me change d’Instagram ^^. Je me suis sentie moins seule dans les difficultés, rejointe dans ma fatigue. Et en même temps, il y a toujours un ton joyeux, très encourageant, sans pathos, qui dégage énormément de joie.

J’aime aussi la diversité des outils et des approches proposées par les Fabuleuses. Il y a quelques années, je me suis convertie au christianisme de façon assez radicale et j’ai cru, à tort, que ma foi chrétienne n’était pas compatible avec les outils infinis du développement personnel. Cette fausse croyance m’a éloignée de mon corps et de mes émotions. En ce moment, j’ouvre le champ des outils de connaissance de soi et du monde en allant puiser dans différentes ressources  (notamment avec l’aide des Fabuleuses), et cela me nourrit et me soutient énormément, sans m’éloigner de ma foi, au contraire : je me sens plus entière et moins clivée.

Comment as-tu vécu le confinement ? 

De façon très privilégiée, car nous avons quitté Paris pour la campagne, d’abord chez ma mère puis chez mes beaux-parents. Je mesure la chance que nous avons eue et je suis extrêmement reconnaissante !

Mon mari était présent mais travaillait beaucoup donc c’est moi qui ai plus géré les enfants. Ce fut très fatiguant : cette période m’a sortie de ma zone de confort. J’ai pas mal crié sur mes enfants et ça m’a fait beaucoup de peine. C’était très inconfortable de me voir dans ces états. J’ai essayé de trouver mon équilibre avec un rythme un peu plus cadré sans me mettre trop de pression.

Quel impact cette période a-t-elle eue sur ton couple ?

Au début, ça a littéralement explosé ! On est arrivés fatigués des derniers mois et stressés par cette situation. Mais avec le recul, je pense que cette “explosion” a été très bénéfique car notre couple est passé d’une relation idéalisée à une relation plus réelle. C’est un peu comme si j’étais passée d’une relation adolescente à une relation “adulte”. J’étais un peu perchée dans ma vision rêvée du mariage et du coup j’avais accumulé beaucoup de frustrations. Avec ce confinement, nous étions forcés de nous poser pour mettre les choses à plat. J’ai pu communiquer à mon conjoint toutes mes frustrations, ce que j’espérais et attendais de lui et de notre mariage, toutes mes projections et déceptions, sans redouter sa réaction. Je lui ai partagé des choses que je n’avais jamais osé lui dire.

Qu’est-ce qui t’a aidée à traverser cette période du mieux possible ?

Le sport m’a sauvée ! Quand je fais du sport, après je peux passer du temps avec mes enfants en étant plus sereine et moins frustrée.

La gratitude a été un grand soutien pour moi pendant cette période : j’ai appris à remercier pour le petites choses du quotidien que j’avais sous les yeux, pour l’espace autour de nous, l’environnement, les temps de qualité avec mes proches. En revanche, j’ai lâché sur le temps consacré aux dessins animés, sans me culpabiliser…enfin, pas trop ^^.

Selon toi, qu’est-ce que l’art en général et la créativité peut apporter à un quotidien de maman ?

L’art n’est pas réservé aux artistes ! Écrire tous les jours, c’est un énorme cadeau à se faire : l’écriture c’est accessible pour tous et très bienfaisant. Danser chez soi, ça transforme le réel, ça nous fait changer de regard sur la situation ! Même chose avec le théâtre. Par exemple, quand un de mes enfants “fait une crise”, je vais l’imiter et plonger dans son émotion : lui, ça lui fait du bien, ça nous fait rire, et moi, ça m’évite d’hurler. Faire le clown permet de jouer avec l’émotion, de créer un mouvement, de ne pas la figer ni l’exacerber.

Quand je suis épuisée et que je n’en peux plus de ma vie familiale, la créativité m’aide à transformer ces émotions : que ce soit par l’écriture, la danse ou le théâtre, ce mouvement me libère du perfectionnisme et du contrôle ! Ce mouvement, c’est juste la vie.



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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