Onomatopées de mamans - Fabuleuses Au Foyer
Vie de famille

Onomatopées de mamans

maman enfant soupe
Cécile Guittier 26 mars 2024
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Lundi soir, un dîner ordinaire de mars. Mon petit garçon refuse de manger sa soupe, mon grand se plaint d’en avoir trop. Légère lassitude… Une question vient réveiller mon attention :

– Dis, maman, c’est quoi qui n’a pas de nom ? 

Réponse immédiate, rationnelle et catégorique : 

– Tout a un nom, mon chéri. Tu penses à quelque chose que tu veux me décrire ? 

– Mais non, Maman. Je te demande ce qui n’a PAS de nom.

Je soupire, je roule des yeux. Les questions saugrenues de mon fils cadet sont fréquentes, et souvent assez poétiques. Je bois une gorgée de soupe, je gagne du temps. 

– Attends, je réfléchis. J’aurai la réponse quand tu auras mangé ta soupe. (astuce de maman fatiguée pour avoir un peu la paix, mais qui se solde souvent par un échec !)

Mon petit continue donc d’inventer des histoires en regardant sa tasse plutôt que de boire ce qu’il y a dedans, et mon grand reprend sa ronchonnade au sujet de sa soupe qui a refroidi.

Quant à moi, je disparais derrière ma tasse et je savoure la douceur sucrée de ma soupe de butternut. Mais, tout de même : la question me taraude. 

Est-ce que tout a vraiment un nom ? 

Cette belle question m’inspire une liste à la Prévert. Qu’est-ce qui n’a pas de nom ?

  • la légèreté du souffle d’un sommeil d’enfant
  • l’odeur animale de mes bébés à la naissance
  • le charme de cet épi dans leur chevelure
  • le jaillissement d’émotions contrastées dans ma vie de maman
  • l’étrange satisfaction que je ressens en voyant manger mes enfants, depuis mon sein jusqu’à la plâtrée de pâtes
  • la douceur de leur peau dans les plis de leur cou

Et la liste est infinie… Me voilà partie dans mes pensées. 

Pourquoi nommer ce qui nous entoure ? Pour en saisir le souvenir fugace, pour se l’approprier et pouvoir s’en resservir.

La fonction première du langage est la communication et la découverte du monde, non ? 

Je repense à ce livre qui m’avait beaucoup fait rire, étudiante : « Le Baleinié, dictionnaire des tracas ». Ce texte donne un nom à ce qui n’a pas de nom. Par exemple « xu » désigne un objet bien rangé… mais où ? Je ne sais pas si les auteurs ont prévu une édition spéciale « mamans au bord de la crise de nerfs », mais il y aurait là un terreau fertile !

Les mots façonnent notre monde, mais à bien des égards, c’est le monde qui façonne nos mots. De simples sons évocateurs, devenus, au-delà des mots, des situations que tu connais bien, chère Fabuleuse ! J’ai nommé : les onomatopées. 

Quoi de plus parlant que les onomatopées dans nos vies de fabuleuses Mamans ? 

  • Chouic-chouic, les bottes dans la gadoue. 
  • Plic-ploc, l’imperméable qui goutte sur le port-manteau dans l’entrée.
  • Plouf, ton téléphone qui tombe dans les toilettes. (Oh non, pas encore ! TMTC)
  • Boum, la tête de ton bambin qui se cogne sur la table basse. Puis, invariablement, le 
  • Ouiiiiiin qui s’ensuit, alors que tu accours pour consoler le bobo (lui-même une onomatopée tirée du langage enfantin).
  • Zip ! Le manteau bien fermé qui signale le départ pour l’école.
  • Zou ! Tu t’entends dire, non sans agacement, à 8 h 28 un jour d’école.
  • Snif, le chagrin insondable de ton enfant devant son Lego en miettes.
  • Blam ! La porte claquée par ton ado incompris.
  • Beurk ! devant la fameuse « soupe au vert » traditionnelle de notre maison (recette facile : tout ce qui est vert au jardin + pommes de terre + ail) et son double bienheureux, 
  • Miam ! quand tu leur sers un plat de frites au ketchup.

Même le mot « Maman » serait à l’origine une onomatopée.

« Maman », comme ce réflexe de succion, primitif, du fond des âges. Un son produit par des lèvres arrondies qui se touchent doucement. 

Les racines indo-européennes de notre langue française se mélangent avec d’autres langues, toutes tournées vers la même évidence empirique. 

Des perceptions de nos sens naissent des mots, très imparfaits, qui se transmettent et se déforment à travers les âges. Mais la tendre réalité, elle, reste la même. Celle du bébé qui regarde sa mère.

Maman. Mum. Mutty. Mama. Mommy. On retrouve cette onomatopée dans le monde entier.

Faire claquer ses lèvres pour demander à manger, après tout, quoi de plus naturel ?

Je sors brusquement de ma rêverie, ma soupe terminée. Mon petit n’a toujours pas bu sa tasse, évidemment.  

Mais maintenant j’ai une réponse à sa question existentielle et farfelue.

– Ce qui n’a pas de nom, c’est l’immensité de l’amour que je vous porte. 

Les visages de mes garçons s’illuminent. Leurs sourires malicieux me renvoient ce qui n’a pas de nom. 

Je conclus en souriant :

– Allez, mangez votre soupe, ça va être froid.

Et toi chère Fabuleuse, qu’est-ce qui, pour toi, n’a pas de nom ?



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Cet article a été écrit par :
Cécile Guittier

Agrégée d’Anglais, diplômée de lettres classiques et amoureuse de poésie, Cécile est mompreneur et auteure à ses (rares !) heures perdues. Récemment reconvertie, elle se consacre à la rédaction web SEO et elle organise des ateliers pour apprendre à parler en public avec confiance et éloquence.
Jongler joyeusement avec les mots et les casquettes lui permet de cheminer avec ses deux petits garçons et son Fabuleux sur la voie du nomadisme digital et de l’épanouissement familial.
http://www.lesgrandeslignes.fr

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