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Dans ma tête

Moi, maman sans copine devant le portail

Anna Latron 4 septembre 2018
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La demie va bientôt sonner.

Je regarde le trottoir se remplir de parents. Ceux qui ont attendu ce moment toute la journée : l’ouverture du portail de l’école. Ceux qui sont encore happés par leur travail et qui pressent le pas pour éviter un retard qui, le premier jour, serait franchement mal venu… et mal vu. Mais surtout, il y a les mamans qui papotent. Elles se racontent leur été, échangent sur le matin de ce jour si particulier : il a fallu les lever à 7 heures, autant dire un exploit après deux mois de grasses mat’ !

Je sens mon cœur se serrer et la nostalgie monter en moi :

sur ce morceau de trottoir, dans la douce lumière de cette fin d’après-midi de septembre, je suis bel et bien seule. Seule avec ces sentiments mêlés : joie et appréhension de les retrouver. Seule, aussi, avec toutes ces questions : Numérobis a-t-il pleuré toute la journée ? A-t-il dormi à la sieste ? A-t-il obéi un minimum ? Et comment se sont passées les retrouvailles de mon aîné avec son AVS ? Et sa « rencontre » avec sa nouvelle maîtresse ?

Je ne peux m’empêcher de regretter ce temps où j’ai eu, moi aussi, ces conversations avec mes « copines d’école ». Où j’ai partagé un café avec elles, sur le coin d’une table pas encore débarrassée du petit-déjeuner et/ou recouverte de linge à plier, après avoir déposé les enfants et avant de rejoindre mon écran d’ordinateur. Ce n’étaient pas forcément mes meilleures amies mais nous partagions, le temps d’un café,

  • nos joies (« Ça y est, il est propre depuis 3 jours ! »),
  • nos difficultés (« Impossible de lui faire avaler quoi que ce soit au petit-déjeuner »),
  • nos coups de gueule, aussi (« Non mais pourquoi ils ont changé la sonnerie de l’école ? On se croirait dans une caserne ! »).

Les conversations autour de moi continuent.

Ça parle des kilos pris pendant l’été (« Trop d’apéros ! »), des cris du matin malgré les bonnes résolutions, de l’organisation pour récupérer le petit dernier pour déjeuner et le faire dormir à la maison (« Heureusement que j’ai ma mère pas loin ! »).

Et moi, je me sens seule. Très seule.

Face à cette solitude, deux possibilités :

  • Ruminer ma nostalgie jusqu’à la transformer en envie, en comparaison, et du coup, en jalousie. Bref, faire ma victime, en mode « Je n’ai pas d’amies, sniff, je suis touuuute seuuuule, personne ne m’aime ! ». Très mauvais plan pour affronter mon premier 16h30-20h de l’année dans de bonnes dispositions : quand je fais ma victime, je me transforme assez rapidement en lionne agressive.
  • Plonger dans mon sac à main à la recherche de mon téléphone. Je pourrais toujours envoyer un texto à mes bonnes amies et leur demander comment leur rentrée s’est passée ? Ou faire un rapide tour sur Facebook ou Instagram ? Histoire de me donner une contenance. De ne pas passer pour la fille qui n’a pas de copines. Je me fais sourire moi-même.

Ce mécanisme de protection n’est qu’une béquille bien mal adaptée. C’est la même que mon vieux réflexe, vieux de vingt ans, de plonger dans un bouquin à la rentrée dans un lycée où je ne connaissais personne.

Mon « ici » et mon « maintenant »,

ça n’est ni mon téléphone, ni mes amies aux quatre coins de l’Hexagone (et même au-delà). Mon écran a beau me faire de l’œil et me promettre un réconfort de substitution, tel un doudou pour adulte, je résiste à la tentation de me mettre à pianoter et à papillonner. Après ma résolution de la déconnexion estivale, j’adopte un nouveau principe : la connexion au trottoir de l’école.

Et si je choisissais une troisième voie ? Ni victime, ni geek ? Celle de la responsabilité et de l’instant présent ?

Je relève les yeux et je décide de sourire.

Oui, je décide de sourire à des inconnues. Pour les féliciter de ce jour de rentrée, pour leur dire que les retrouvailles avec leurs enfants vont bien se passer, pour les encourager, les rassurer. Un regard rempli de « Tu vas y arriver ! ».

Leur donner, en un regard, en un sourire, ce dont j’aurais, à cet instant, tant besoin. Pas besoin de mendier de l’attention si je n’en donne pas. C’est la « loi de l’attraction » à l’échelle du trottoir de l’école : être dans l’état d’esprit propre à attirer, pour ce moment précis de ma journée, ce que j’aimerais y vivre. Personne ne va sourire à un visage rivé sur son écran ! Personne ne va adresser un sourire, même discret, à quelqu’un qui zyeute Instagram. Personne n’a envie de saluer une nana qui consulte frénétiquement Facebook jusqu’au portail de l’école…

Et, qui sait, peut-être que d’ici une dizaine de jours je recevrai un petit sourire en retour ? Peut-être que d’ici les vacances de la Toussaint j’aurai échangé avec une autre maman ? Ou pas. Au moins, j’aurai distribué des sourires gratuitement, et rien que pour cela, moi, maman-sans-copines-d’école je peux être fière de moi. Na !



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Cet article a été écrit par :
Anna Latron

Journaliste de formation, Anna Latron collabore à plusieurs magazines, sites et radios avant de devenir rédactrice en chef du site Fabuleuses au foyer et collaboratrice d’Hélène Bonhomme au sein du programme de formation continue Le Village. Mariée à son Fabuleux depuis 10 ans, elle est la maman de deux garçons dont Alexis, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

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